Hommage


Mères célibataires
et heureuses d'être mères

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Aucune n'a choisi sa grossesse. Et elles sont nombreuses, jeunes adolescentes, à découvrir leur grossesse à un stade très avancé. Situation qui se transforme subitement en une source de stress, en un grand bouleversement. Cependant, beaucoup de ces mères célibataires choisissent de braver insultes, rejet par leurs proches et étiquettes de la société pour choisir de mener à terme leur grossesse. Aujourd'hui, elles sont mères et se disent heureuses. Heureuses surtout d'avoir choisi la vie.

De plus en plus courant à Maurice, la réa-lité de grossesses prématurées touche des jeunes adolescentes à peine sorties de l'enfance, âgées de 12-13 ans. Les statistiques du Mouvement d'aide à la maternité (MAM) révèlent que sur les quinze filles accueillies au Centre depuis le début de l'année, trois sont âgées de 13 ans, une de 14 ans, trois de 15 ans et une de 17. En grande majorité : des collégiennes, des ouvrières ou alors des drop-out du système éducatif. Dans leur quasi-totalité, elles ont été abandonnées par leur petit ami. Résultat: une grossesse précoce à gérer souvent seule. Et un bébé sur les bras d'une adolescente qui voit sa vie basculer tout d'un coup.

Certaines ont la chance d'être recueillies par des associations, qui leur fournissent un toit, un repas pour elles et leur bébé. La plus connue : le Foyer La Clairière, de Bonne-Terre, qui a accueilli entre 7 000 et 8 000 mères célibataires de toutes couches sociales, communautés et milieux en 57 ans d'existence. De plus, ces filles sont suivies, conseillées et soutenues à travers plusieurs cours de formation, précise Sr Marie Damien, de la congrégation des Fille-de-Marie, qui gère ce Foyer pouvant accueillir quatorze mères célibataires. Actuellement, treize y résident. Grâce à Sr Damien, leur souffrance a été transformée en grande joie. Pour elles, Sr Damien représente «une mère», une «véritable», précise l'une d'elles, «qui est la première à nous tendre la main et à nous considérer comme des êtres humains. Sans nous juger».

Test positif

Yola, 18 ans, et Linda, 23 ans, sont toutes deux des résidentes du Foyer. Elles sont mères de Vincent, un an, et Denzel, deux ans, respectivement. Elles affichent un air heureux. Pourtant, se souvient Yola, les choses étaient compliquées au début. A 17 ans, son monde a semblé s'écrouler lorsque son test de grossesse se révèle positif. Elève en School Certificate (SC) dans un collège de renom, elle s'est sentie déboussolée. Son copain, trois années de plus qu'elle et agent de sécurité, a voulu, au début, lui payer un avortement. Cependant, il est parti quelques semaines plus tard sans donner signe de vie. Et fera plus tard comprendre à Yola que ce n'était plus son problème et que cela ne le concernait plus. «J'étais complètement à plat, abattue.»

Comme presque toutes les mères célibataires, Linda a aussi été délaissée par son petit ami peu de temps après la découverte de sa grossesse. Pourtant, toutes deux envisageaient de se marier. Mais le petit copain ne trouvait pas d'autre solution que d'obliger sa copine à se faire avorter. Prétexte : il n'était pas prêt pour le mariage. Petit à petit, sa présence devenait rare jusqu'à ce qu'il prenne ses distances complètement. Comme Yola, Linda se sent désemparée. Plus tard, pour s'isoler de leur environnement et des yeux de leurs proches, elles se sont retrouvées au Foyer La Clairière. Petit à petit, leur souffrance s'est transformée en joie. Lorsque Yola a été échographiée par le gynécologue, elle sera folle de joie d'entendre le cœur de son enfant battre pour la première fois. «J'ai ressenti une grande joie, mêlée cependant à un sentiment de culpabilité, car j'aurais pu, malheureusement, avoir avorté.»

Garder son enfant

Sa joie se multiplie quand, encouragée par Sr Damien, du Foyer, elle poursuit ses cours de français, anglais et General Paper en privé. C'était l'an dernier, avant et après son accouchement. Yola a dû interrompre ses études pendant une année. A partir de janvier 2007, elle a repris le chemin de l'école. Elle est en Lower VI. Son bébé, «sponsorisé», grâce aux religieuses, par une famille, est en garderie, non loin du Foyer. L'après-midi, Yola se dit heureuse de le revoir. Lorsqu'elle est submergée de devoirs, elle se fait gentiment aider par ses amies du Foyer. Yola reconnaît aussi que son bébé l'a fait devenir une femme responsable. Son appel à toutes celles qui sont dans la même situation qu'elle : garder son enfant. «Même si vous n'avez pas les moyens, il y a toujours un chemin.»

Sentiment de bonheur aussi qu'a connu Linda. Petit à petit, elle s'est rendu compte que son instinct maternel dépassait tout. Et que c'était le bonheur qui prenait place dans tout son cœur. Déclinant l'idée de se faire avorter, elle a été admise au Foyer. Peu après, elle s'est vu offrir un emploi dans la maison de pensionnaires qu'occupent les religieuses. Aujourd'hui, Linda a une sérénité d'esprit. Elle se dit très satisfaite et trouve de la joie pour grandir son petit cœur. Son fils, Denzel, est sa seule fierté.

Cas spécifique

Chaque fille est un cas spécifique, précise Sr Damien. Elles habitent le Foyer pour un maximum de deux ans. Souvent, le temps de se réconcilier avec les parents. De plus, elles ont appris à se gérer matériellement, psychiquement, physiquement et spirituellement par l'Union des mères, un groupe de prière. «La prière est essentielle dans toute vie humaine. Ainsi, on leur laisse une grande liberté de vivre leur religion.» Divers cours leur sont promulgués: couture, broderie, l'anatomie féminine, entre autres. De plus, Sr Damien leur apprend comment gérer leurs finances et comment épargner.

Plusieurs mères célibataires frappent également chaque jour à la porte de MAM. Paniquées, désespérées, ces filles ne savent plus à quel saint se vouer. L'acceptation de leur enfant par la société se révèle très dure. Leur première réaction : se faire avorter. Monique Dinan, membre de MAM, se consacre à aider ces jeunes mères, souvent seules, à développer en elles le sentiment maternel qui les habite. Son organisation les aide à rétablir les liens avec les parents tout en suscitant l'amour dans le cœur du grand-père et grand-mère (souvent très jeunes aussi). Cet exercice permet à cette grande souffrance de se transformer en joie immense. Pour les familles ne voulant plus accepter leur fille enceinte, MAM les réfère au Foyer La Clairière, à Bonne-Terre.

Du côté du Service d'écoute et de développement (Seed) de la paroisse de Sainte-Hélène, les chiffres sont aussi alarmants - une à deux filles, en grande majorité âgées de treize ans, fait ressortir Jocelyne Buckland, la responsable. La plupart d'entre elles analphabètes et sans aucune notion d'éducation sexuelle. Pour y remédier «dans une faible mesure», le Seed a consacré une partie de son budget à des allocations aux mères célibataires des milieux les plus défavorisés. Il sensibilise aussi un paroissien pour prendre en charge un bébé. Pour ces mères célibataires, leur souffrance est transformée en joie grâce à Sr Solange, qui les accompagne de près.

Sandra Potié

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