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Jane Ragoo, syndicaliste :

«Les autorités doivent revenir au tripartisme»

La compensation salariale 2007 continue à opposer les syndicats, regroupés en plate-forme, et le gouvernement ; les premiers rejetant le forum proposé par le second, à savoir le National Pay Council (NPC). Jane Ragoo, de la Federation of Progressive Unions et animatrice Fron Travayer Sekter Prive, fait le point.

C'est quoi le National Pay Council ?

Pendant plus de trente ans, la compensation salariale a été décidée par un Comité tripartite (État, représentants des employés et des employeurs). Etaient considérés le taux d'inflation et la perte du pouvoir d'achat. C'est une structure ayant fait ses preuves et garantissant une certaine stabilité sociale. Le NPC vient tout remettre en question. C'est un changement radical qui n'a jamais fait l'objet de quelque dialogue démocratique.

Fallait-il une autre structure pour discuter de la compensation salariale ?

Non. D'ailleurs, le gouvernement n'a jamais été mandaté pour procéder à de tels changements. Le Budget 2006/07 annonce la création d'un National Wage Council. Et voilà qu'en mai dernier, on nous impose un National Pay Council, avec pour mission de déterminer la compensation salariale annuelle sur des critères autres que le seul taux d'inflation. C'est une rupture du contrat de confiance liant l'Etat et les salariés.

Pourquoi les syndicats sont-ils si opposés au NPC ?

C'est simple : le NPC remet en question l'existence même du National Remuneration Board (NRB) et du Pay Research Bureau (PRB), deux organismes chargés de traiter des grilles salariales et conditions de travail des secteurs privé, public et parapublic, soit près de 500 000 employés. C'est un habile moyen pour le gouvernement de se débarrasser du tripartisme.

En cela, il respecte fidèlement le rapport d'un Singapourien, le Pr Lim, qui avait trouvé «encombrants» le NRB et le PRB, le patronat devant, selon lui, être autorisé à rabaisser les salaires des employés s'il estime qu'une entreprise traverse une situation difficile. Dorénavant, le NPC a trois critères pour calculer la compensation : a) la capacité du secteur à payer ; b) la productivité de l'employé ; et, c) le taux d'inflation. Nous estimons que le gouvernement se moque de nous et veut la disparition des syndicats. Les salariés n'ont rien à attendre du NPC. De son côté, le patronat pourra modifier les salaires et autres conditions d'emploi. Nul ne peut accepter cela!

Quelle est la proposition syndicale ?

La compensation salariale doit être liée uniquement au taux d'inflation, estimé, pour l'année financière 2006/07, à 10,7%. Nous réclamons donc une compensation uniforme de Rs 800. Notre demande n'est nullement exagérée, car elle compense la hausse du coût de la vie et la perte du pouvoir d'achat. Si le gouvernement vient de l'avant avec la formule de compensation salariale proposée par ce professeur singapourien, il y aura de la désobéissance civile. Les autorités doivent revenir au tripartisme.

Propos recueillis par
Sylvio Sundanum


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