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Pas un homme comme les autres

De nombreux hommes ayant eu le privilège d'assister à la naissance de leur enfant avouent que c'est une expérience qui les a transformés à jamais. Et on peut s'imaginer ce que c'est pour une femme de porter un enfant pendant neuf mois et de donner la vie.

Il nous arrive d'entendre des mamans se lamenter d'avoir tant souffert pour mettre au monde un enfant qui, aujourd'hui, leur est ingrat. Là où elles se trompent : être mère, ce n'est pas uniquement passer par les douleurs de l'accouchement.

Nous vivons, hélas, dans une société où la femme est sacra-lisée de par sa capacité de procréer. Société qui prend pour acquis que toute femme devrait aspirer à la maternité. D'ailleurs, il est significatif que notre langue parle d'instinct «maternel» et non «paternel».

Dans de nombreuses sociétés asiatiques, la femme ne pouvant procréer est rejetée. Par contre, dans les sociétés occidentales, de plus en plus on s'aperçoit que réussir sa vie de femmes ne passe pas nécessairement par la maternité.

Qu'en est-il à Maurice ? Il existe toujours une curiosité malsaine autour du couple sans enfants ­ des questions demeurent sur le pourquoi de cette situation. Et l'on a souvent tendance à penser que la «faute» vient de la femme...

Ainsi, ajouté au désir d'enfant non-comblé, elle est également victime du regard des autres. Ce qui fait qu'une femme prend beaucoup de temps avant d'accepter le fait qu'elle ne pourra jamais enfanter. Et ce n'est qu'avec du recul qu'elle pourra discerner ce à quoi elle est appelée...

Ne sommes-nous pas témoins, autour de nous, d'un nombre important de femmes sans enfants beaucoup plus «mères» dans leur tête que d'autres ? Il y a celles qui adoptent et celles qui s'occupent d'enfants de proches (neveux

et nièces...). Il y a également celles qui, de par leur métier, sont en contact avec des enfants (puéricultrices, enseignantes...) ­ leur
«liberté» leur permettant de s'investir, de s'engager.

Il y a également ces religieuses, comme nous l'a montré notre article de la semaine dernière sur la crèche Cœur-Immaculé. De par leur choix, elles ont renoncé à être mamans. Mais ne le sont-elles pas pour ces nombreux enfants qui n'ont qu'elles au monde ?

En ce jour de la fête des Mères, notre pensée va à toutes ces femmes qui, par choix ou par la force des choses, sont célibataires. A toutes celles, mariées ou pas, sans enfants qui, d'un vide au départ, en ont fait une force. Ces femmes qui démontrent qu'il est possible d'être heureuses et de donner un sens à sa vie autrement qu'à travers une maternité biologique. Qui sont bien dans leur peau et qui ne vivent pas leur situation comme un échec.

La Fête des mères vient aussi nous rappeler que tout acte sexuel peut déboucher sur une vie. Aujourd'hui, non seulement la sexualité est banalisée, mais l'avortement est devenu la panacée à toute grossesse non-désirée. Et l'on occulte trop facilement le fait que nul ne sort indemne d'un avortement, tant sur le plan physique que psychologique. Ainsi, en ce jour de la Fête des mères, nos pensées vont également à ces femmes qui n'ont jamais fait le deuil d'un avortement.

Nous célébrons ce dimanche plus que la Fête des mères. Nous rendons hommage, aujourd'hui, à toutes ces femmes, mères ou non, sans lesquelles notre vie ne serait pas ce qu'elle est. Bonne fête à vous, mesdames ! Et qu'on se le dise : la femme n'est pas un homme comme les autres...

Erick Brelu-Brelu


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