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Benoît Augustin


Le fer forgé : sa passion

Pas de place pour l'à-peu-près à l'Atelier Frère André Ltée (AFAL), sis à chemin Hospice Père-Laval, Port-Louis. Ici, tout se joue au centième de millimètre près. Benoît Augustin, le directeur, exige un travail de haute précision. Le sigle de son entreprise, fondée il y a 13 années : Assurer un service de qualité ; Fabrication des pièces spécifiques ; Assistance au montage des pièces ; L'assurance d'un service rapide. «Il faut toujours innover et être compétitif pour pouvoir rester dans la course. Au cas contraire, on meurt.»

Chaque jour est un défi pour Benoit. A 6h55, il est déjà à son travail. L'œil rivé sur son planning, il motive ses ouvriers, contrôle le travail et corrige les éventuelles erreurs. Sa principale préoccupation : la qualité du travail. Pas question de décevoir ses clients. Perfectionniste jusqu'au bout des ongles, il mobilise toute son ingéniosité et sa débrouillardise pour essayer de trouver, à chaque fois, la meilleure solution. Croyant fermement dans le travail d'équipe, Benoît a choisi comme devise pour l'an 2007: Travaillons ensemble pour le progrès de notre entreprise. Sa rigueur et son sens de communication l'aident à mener à bien son équipe composée de neuf techniciens; d'une secrétaire, Colette, qui s'avère être également sa femme ; et d'un aide à la direction, Olivier K/Jean.

Créations

Fin observateur, Benoît passe son temps à bouquiner et à feuilleter les catalogues. Il crée lui-même les divers modèles de produits en fer forgé fabriqués par son atelier : chaise et sofa peints en noir mat ; table basse rectangulaire avec verre teinté dessus ; fauteuil de repos ; étagères ; escalier en spirale ; lit baldaquin ; bougeoir (grand et petit) ; et antivol, entre autres. De plus, soucieux de l'environnement, il a fait installer une fontaine en fer forgé à l'entrée du chemin donnant aussi sur la route Nicolay pour les pèlerins de Maha Shivaratree, du Cavadee, du Père-Laval et pour tous ceux qui veulent se rafraîchir en cours de route.

Sa passion pour le fer forgé remonte à son enfance. Son père, Philippe, était ajusteur à la sucrerie de Rose-Belle. Sa mère, Ivy, femme au foyer. Benoît est le 5e enfant d'une famille de six (4 frères et une sœur). Il est né et a grandi à Rose-Belle. Un de ses deux frères travaillant à la sucrerie de Rose-Belle lui fait part, en 1975, que le collège technique Saint-Gabriel, Sainte-Croix, recrutait des jeunes pour des études techniques. Emballé par la nouvelle, Benoît abandonne ses études académiques au collège Eden, Curepipe, au bout de la Form III.

Après un examen d'entrée, Benoît y est admis. Il fut sponsorisé par la sucrerie de Rose-Belle. Au collège technique Saint-Gabriel, il apprend l'ajustage, seul sujet de l'époque qui s'avère être aussi le métier de son père. Trois ans plus tard, Benoît se classe premier de sa classe. La formation reçue au collège Saint-Gabriel, «à la française», l'a marqué à vie. En plus d'être technique, elle était aussi humaine. «Les frères nous ont modelés.» Formation qui, reconnaît-il, lui a permis de devenir responsable et sérieux.

A 17 ans, il fait son entrée à la sucrerie de Rose-Belle comme ajusteur. «Je connaissais la théorie...Il me manquait la pratique.» Ayant déjà exprimé son intérêt, au Fr Gilbert Ardon, d'être un jour enseignant au collège Saint-Gabriel, le religieux lui propose, trois ans après son départ de l'institution, un poste d'enseignant. Comme la théorie et la pratique lui convenaient le mieux, il accepte. En 1981, Benoît fait ses débuts au collège comme assistant-chef des travaux (assistant du Fr André Cougnaud). En raison de son état de santé, ce

dernier regagne, deux ans plus tard, la France. Et, à 22 ans, Benoît devient le chef des travaux au collège. De plus, vu les kilomètres séparant Rose-Belle de Sainte-Croix, Benoît loge chez les frères de 1981 à 1987. Les relations se tissent davantage.

Vocation

Et les responsabilités s'alourdissent. Le collège évolue et l'ajustage sera transformé en un atelier de tournage/fraisage. S'ajouteront trois autres ateliers : mécanique/auto, électronique et tôlerie/soudure. Il avait quatre sections sous sa responsabilité. «L'enseignement est ma vocation.» Il trouve une grande satisfaction à transmettre son savoir-faire aux jeunes avec qui il adore travailler. «C'était une joie pour moi de leur transmettre le métier... Je les formais.» Aujourd'hui, il se dit fier de ses nombreux anciens élèves occupant des postes clés dans les grandes organisations. Benoît donnera aussi des cours à temps partiel à la Smido. Aujourd'hui, il est aussi reconnu comme formateur par l'IVTB.

Benoît travaillait très dur. Son rêve était d'avoir une maison... non loin de son travail. Il s'achète un terrain à l'entrée de l'ancien hospice Père Laval en 1987 ­ terrain appartenant aux sœurs du Bon et perpétuel secours (BPS). La maison qu'il fait construire sera baptisé Mon rêve. Il se marie en 1988 et sera l'heureux père de deux enfants : Christelle ­ 17 ans, en Form IV au collège Lorette de Rose-Hill ­ et Yannick, 14 ans, en Form III au collège Père Laval.

Naissance d'AFAL

En 1993, il quitte le collège pour un poste de Production Manager dans une entreprise de fabrication mécanique. Une année plus tard, l'idée de créer un atelier lui vient en tête. Il trouve des partenaires et cherche un local chez les frères Saint-Gabriel, dans le chemin de l'hospice Père-Laval. Pour le nom, Benoît pense tout de suite au Fr André Cougnaud, qui a passé plus de dix ans au service de la jeunesse mauricienne au collège Saint-Gabriel. Contacté en France, l'idée enchante ce dernier. Le nouvel atelier voit le jour le 15 mars 1994 et sera baptisé Atelier Frère André Ltée (AFAL).

L'atelier démarre avec sept actionnaires. «Notre défi étant de permettre à nos clients de trouver chez AFAL ce qu'ils ne trouvent pas ailleurs», explique Benoît. Ce qui devient la règle d'or de l'entreprise. En cours de route, certains se sont retirés. Actuellement, il n'en reste que trois. L'atelier s'installera dans la cour de Benoît quelques années plus tard. Alliant gestion rigoureuse et service d'extrême qualité, AFAL va vite se développer.

Le travail est sacré pour Benoît. Il passe avant tout. «Grâce à mon métier, je peux bien gagner ma vie.» De plus son métier lui a permis de visiter plusieurs pays : France ; Grande-Bretagne ; Afrique du Sud et Madagascar. Il dit adorer voyager... aller à la rencontre d'autres peuples... découvrir d'autres saveurs culinaires.

AFAL est ouvert de 7 à 17h00 du lundi au vendredi. Mais Benoît est toujours présent cinq minutes avant et cinq minutes après les heures de travail.

Sandra Potié

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