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Parte...nerfs

Tous les partenaires économiques et sociaux sont aujourd'hui à bout de nerfs. Il n'y a pas de grand dessin à faire pour comprendre que l'économie du pays et sa stabilité sociale, deux piliers clefs du pays, tiennent à peu de choses. L'Etat et ses partenaires du monde du travail et des affaires s'embourbent. Le corporatisme syndical, l'électoralisme démagogique, l'affairisme sectoriel s'acharnent à enfoncer l'avenir du pays davantage dans ce bourbier. Vivement que vienne le bon sens chez tous nos gens d'en haut.

La tournure que prend de plus en plus le mo-dèle économique que l'on veut imprimer au pays a de quoi nous inquiéter. Les négociations au sein du National Pay Council se fait par no-minés individuels interposés, au lieu des légitimes représentants syndicaux. C'est la guerre des nerfs. D'une part, l'enchaînement de boycott des diverses instances de discussion, de type National Pay Forum, de la part des représentants syndicaux. D'autre part, la multiplication de propos ministériels suffisants, relayés par les nominés complaisants. Les discussions salariales se déroulent donc, cette année, avec pour partenaires travailleurs ceux que le ministre veut bien. C'est de l'Etat au total.

Autocensure

Bis repetita pour les légitimes représentants du Joint Economic Council (JEC), à qui le gouvernement veut faire un sort : rabattre le caquet de ses principales figures, traitées plus en menteurs qu'en partenaires, en les condamnant à l'avenir à la pratique d'autocensure. Seront donc désignés, a-t-on appris, des représentants des affaires avec qui le gouvernement voudra bien traiter. Au lieu de partenaires attitrés, légitimement désignés, seront appelés ceux dont l'abattage convient le mieux aux princes qui nous gouvernent. On ne sait, en définitive, qui honorerait qui dans ce type de partenariat.

Les partenaires véritables ne le sont que si d'abord il leur est laissé le loisir de rester eux-mêmes. L'Etat ne peut vouloir entendre que la musique syndicale ou économique, bonne à entendre pour ses seules oreilles. Pareil jeu ne peut que mettre dangereusement à vif les nerfs de tous les partenaires essentiels à l'économie du pays donné pour moribond, en matière de croissance, pour que l'on ne vienne pas ajouter de la tension mortifère à forte dose.

Locaux brimés

Mais, plus au fond, le choix des partenaires se fait aussi de plus en plus au détriment des entrepreneurs locaux. Partenaires, en principe, préférentiels obligés. La première loyauté d'Etat devrait être à l'égard des siens. C'est plutôt des étrangers qui sont aujourd'hui mieux appâtés que les partenaires locaux. Les locaux sont souvent brimés, voire virés de la place ! Qu'importe l'option.

On élimine des Mauriciens producteurs. Desbro. A la place, on opte pour les distributeurs de fer

étrangers sud-africains : Roberts and Murray. De même, pour l'énergie électrique, en remplacement de l'huile lourde, c'est le précaire et l'écologiquement incertain charbon étranger importé qui l'emporte sur les producteurs locaux de la bagasse. L'importation étrangère est préférée, dans l'un et l'autre cas, à la production locale.

Si ce n'était que cela. Nos importateurs locaux sont eux livrés à la vindicte populaire, tels IBL, pour faire de la place à d'autres dont on ne connaît plus assez les prête-noms locaux et leurs sombres ramifications internationales. Drôle d'époque. L'adage autrefois honni à savoir production locale beze sa, revient par une pratique d'encouragement étranger insidieux en remplacement de la production locale.

Démocratisation ?

Le premier budget, plus que sur des thèmes fondamentaux et fondateurs de société, tels que
l'éducation, a mis l'accent plutôt sur l'apport du gros fric étranger. Mais on voit aujourd'hui que cela se fait au détriment des initiatives locales, des producteurs mauriciens pur-sang. Au profit tantôt des Malais, des Chinois, des Sud-Africains. Au détriment, dit-on, de pans entiers de notre patrimoine foncier à grands coup d'arpents de terre, par centaines, quitte à virer des compatriotes pour en faire des piteuses sans-terres.

La démocratisation de l'économie, dont on parle tant, n'a pas encore dit la raison qui la motive. Mais la chasse aux sorcières économiques locales se fait par appel à des pousse-diables internationaux, parés, par ceux qui nous gouvernent, des meilleurs atours. Pas ceux qu'ils ont nécessairement. Mais ceux qu'on leur donne sans qu'ils n'aient encore prouvé leur mérite.

Nous avons bien connu des mercenaires pousse-diables, ces HongKongais, qui, la première bise économique venue, n'ont pas hésité à fermer, en catimini, leurs usines pour ensuite se défiler en douce. Laissant nos travailleurs sur le pavé. Gare à ce fric étranger que l'on considère tombé trop vite en pâmoison devant les charmes que leur étalent nos ministres, si prompts à leur faire labous dou.

Espérons que la démocratisation de l'économie reste une affaire d'accès et de consolidation d'un modèle économique mauricien pur-teint. Espérons encore qu'elle ne fera pas, parce que, ici, on se croit de plus en plus électoralement faible, et donc, là, on vient soulever les Mauriciens les uns contre les autres. Espérons enfin, qu'elle ne soit pas occasion de livrer le pays en otage aux griffes acérées des multinationales, d'où qu'elles viennent. Souhaitons que tous les partenaires reviennent à de meilleurs sentiments. Eux qui, avec raison, ont les nerfs à vif. Sinon, conseillons leur les remèdes de nos grand-mères : «Prenez de la sensitive...» L'avenir du pays est peut-être à ce prix.

Serge Ng Tat Chung

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