Vijay Ramanjooloo, psychologue clinicien


«Il y a encore trop de stigmates autour du VIH/sida»

Pour nous aider à mieux comprendre les conséquences du VIH/sida sur les enfants, Vijay Ramanjooloo, psychologue clinicien qui accompagne les séropositifs, répond à nos questions.

Quand quelqu'un est séropositif, il vit une logique de mort. Les parents doivent-ils annoncer à leur enfant si l'un ou l'autre est atteint du VIH/sida? Comment doivent-ils s'y prendre?

Dire sa séropositivité à son enfant a forcément une portée négative sur lui. Mais, dans le même temps, cela lui permet de ne pas se sentir responsable des moments de fatigue ou de déprime de ses parents. Il est donc important, avant de se lancer, d'en mesurer les risques et bénéfices potentiels. De nombreux paramètres doivent être pris en considération : le parent est-il malade? Suit-il un traitement ? Comment assume-t-il sa séropositivité ? Quelles répercussions cela a-t-il sur le couple parental ? Le conjoint potentiel est-il lui-même averti ou encore les enfants sont-ils nés avant ou après la contamination ? C'est en réfléchissant à tous ces aspects qu'une décision pourra être prise et ce en fonction du besoin (et de l'envie) de savoir de l'enfant et de ce que les parents peuvent assumer. Il est important de garder en tête que l'enfant, en fonction de son âge, ne peut assimiler les nouvelles qu'on lui donne que par petites tranches successives.

Quand on se sait condamné à cause de sa séropositivité, qu'en est-il de son désir de vivre?

Quand on apprend sa séropositivité, le changement de statut sérologique a un impact psychologique fort : ce n'est pas comme si on vous annonçait une grippe ou une appendicite. Le diagnostic est de l'ordre du traumatisme, parce qu'il change radicalement l'idée que la personne se faisait de son devenir. C'est un événement qui révèle des choses, des angoisses jusqu'alors sous-jacentes. Le diagnostic vient rappeler à chacun que nous sommes mortels.

C'est une grande question existentielle. Ce moment de déstabilisation totale où le ciel vous tombe sur la tête s'appelle la «sidération». Sidéré, on s'immobilise. Le rôle du psychologue, c'est d'évaluer l'angoisse et de déterminer s'il y a une situation dépressive. Quand on déprime, c'est le vide, l'atonie, il n'y a plus de mouvement. Or, le moteur de la vie, c'est le désir. Le psychologue va donc aider le patient à rester vivant et l'amener à s'approprier au mieux l'histoire et la relation qu'il entretient avec l'infection au VIH/sida. Ainsi, il comprend qu'être séropositif n'est pas une «condamnation» - car depuis l'arrivée des

trithérapies, la science semble reprendre le dessus et la maladie n'est plus mortelle, mais chronique ­ et il va être amené à développer d'autres productions psychiques que l'évocation de la mort.

Dans une société où les enfants sont ostracisés pour différentes raisons, quel accompagnement offrir à un enfant séropositif s'il doit être scolarisé? Ses amis d'école doivent-ils être informés de son état de santé?

Accompagner un enfant séropositif, c'est lui permettre de traverser les différentes stades du processus qui vont l'amener à s'approprier au mieux l'histoire de la relation qu'il entretient avec l'infection au VIH/sida et ses traitements. Il s'agit de lui offrir le cadre nécessaire pour pouvoir procéder aux ajustements psychologiques, sociaux, existentiels qui lui permettent de continuer son développement personnel ­ d'où l'importancet que l'enfant puisse être accueilli dans un lieu où il pourra en parler.

Il aurait été souhaitable qu'il puisse en parler à ses amis, car c'est une maladie comme les autres. Mais, malheureusement, il existe de nos jours une vision de contagion si fantasmatique qu'elle résiste à toutes les explications scientifiques.

On la croit sans limites, semblable en cela au mal lui-même : le diable, c'est bien connu, est susceptible d'entrer dans le corps par chacun de ses pores. Donc, compte tenu des frayeurs irraisonnables qui continuent à sévir, l'enfant risque d'être exposé à des attitudes d'exclusion et de rejet.

Mourir du sida est encore tabou à Maurice. Comment cela se passe-t-il chez les enfants?

Actuellement à Maurice, nous n'avons pas de pédiatre spécialisé sur le VIH/sida pour les accompagner. Il serait souhaitable d'en avoir un. Il manque aussi une structure de soins palliatifs pour accueillir les patients en fin de vie. Mourir du VIH/sida quand on est adulte ou enfant, c'est la même chose. Suivant la même logique, il y aura autant de tabous autour des causes du décès. On n'ose pas le dire, car il y a encore trop de stigmates autour du VIH/sida - et cela en dépit de toutes les campagnes d'information sur le sujet. Les gens refusent de comprendre que le VIH/sida est une maladie transmissible et non contagieuse.

Il faut savoir aussi que la majorité des séropositifs ne meurent pas forcément des suites de leur maladie ou de complications dues aux infections, mais par d'autres causes non liées à la pandémie.

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