La féminisation du Sida à Maurice

Phénomène inquiétant si l'on croit les statistiques du ministère de la Santé, la féminisation du sida prend de l'ampleur à Maurice. La réalité transgresse le mythe. Le sida sévit chez la population féminine à Maurice. Il défie les valeurs d'une société qui se veut protectrice de la famille.

Parmi les 2 587 personnes recensées officiellement positives, 17%, soit près de 450 femmes, sont infectées par le virus du Sida. Si 31% d'entre elles exercent le plus vieux métier du monde, 43% sont d'honnêtes femmes au foyer et mères de famille. Nombreuses d'entre elles sont victimes de déboires sexuels de leurs conjoints. Ces derniers, friands d'aventures extraconjugales, imposent à leurs compagnes des rapports «non-protégés». Là où le bât blesse, c'est le rejet et l'abandon auxquels font souvent face ces femmes, et cela dès que leur séropositivité est confirmée. Abandonnées, elles sont pointées du doigt par une société qui se croit bien pensante. L'exclusion et la stigmatisation priment. Pour s'en protéger, on se tait. Il n'est pas question d'aller au dépistage ! Le virus, lui, profite de cette situation. Il gagne du terrain et le nombre de ses victimes augmente - exponentiellement !

Entre 15 et 39 ans

La couche sociale dite vulnérable est plus propice à la contamination par ce fléau. Les femmes atteintes sont jeunes, entre 15 et 39 ans. L'âge où elles sont les plus actives sexuellement et où elles font des bébés. La précocité des rapports sexuels chez la femme y est pour quelque chose. Pour la même tranche d'âge de 15 à 19 ans, la femme compte un plus haut pourcentage de contamination que les hommes.

L'usage de drogues injectables est l'autre facteur déterminant de la propagation du virus auprès des femmes. Elles sont nombreuses, celles qui s'adonnent à la prostitution afin de financer les besoins en drogues de leurs con

joints. Elles s'immergent dans un cercle sans fin et infernal. La directrice de La Chrysalide, centre de réhabilitation pour les femmes, nous confie que 80% de ses patientes sont séropositives.

Linda, 25 ans, droguée et prostituée, est un exemple type. Elle a commencé à se prostituer pour acheter du brown à son bien-aimé. Elle voulait lui démontrer son amour. Aujourd'hui, séropositive, toxicomane et porteuse de l'hépatite C, elle est en réhabilitation. Il y a également celles qui sont en proie à l'influence des copines. Marjorie, habitante d'une banlieue portlouisienne, est ce qu'on appelle une school drop-out. Echec scolaire après le CPE, elle passe son temps à errer dans le quartier. Elle prend goût au gandia. Cependant, elle ne sait pas «coller» ses joints et demande de l'aide. Ses copains lui proposent du brown sugar à la place. Elle devient vite accro à l'héroïne. Cette denrée, malgré sa mauvaise qualité, coûte cher et pour se la payer, elle se prostitue. Le Sida, elle l'a contracté lors des échanges de seringues contaminées, nous confie-t-elle. Elle propose désormais systématiquement à ses clients le port du préservatif. «Il y a un peu plus de la moitié qui acceptent, mais les autres refusent», nous dit-elle. Pas moyen de «négocier», elle passe à l'acte et exerce sa profession sans protection, selon les exigences de ses clients.

Les ONG (PILS, La Chrysalide, Kinouété....) tirent la sonnette d'alarme et mènent leur combat pour lutter contre ce fléau grandissant chez la Mauricienne. La Chrysalide, centre de réhabilitation des femmes, accomplit un travail remarquable de réinsertion de ces femmes dans la société mauricienne. Une tâche que Marlène Ladine accomplit chaque matin avec la même rigueur afin que ses petites chrysalides puissent se débarrasser de leur cocon et s'envoler de leurs propres ailes, avec une autre bataille devant elles...

Séphora Lafayette

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