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L'insoutenable légèreté de l'être

Pour chacun de nous, si nous sommes ce que nous sommes aujourd'hui, c'est le résultat de toutes nos rencontres et expériences, positives ou négatives, passées. Il en est de même pour un pays. Notre diversité culturelle est le produit de notre histoire, melting pot de descendants de colons français, de travailleurs engagés indiens, de petits commerçants chinois et d'esclaves.

Bien que le gros capital mauricien soit, dans sa majorité, entre les mains de descendants de colons européens, de nombreuses success stories viennent démontrer que le secteur privé se compose de Mauriciens de toutes les communautés.

Le gouvernement tente, depuis quelque temps, de diaboliser les Blancs, assimilés au secteur privé. Force est de constater que quelle que soit la communauté des entrepreneurs, le secteur privé fait un sur l'essentiel : c'est un monde où l'on ne se fait pas de cadeaux ; un monde pour qui le profit seul est souvent le but ultime ; avec, dans bien des cas, des salaires de famine pour une majorité et des conditions princières pour une minorité... Notre histoire ressemble bien souvent à beaucoup d'autres : opprimés et oppresseurs. D'un côté, ceux qui détiennent les outils de création de richesse ; de l'autre, les bêtes de somme.

Malgré tout, le secteur privé mauricien est irremplaçable. C'est lui le producteur de richesse, le moteur du développement, l'initiateur d'entreprises et le créateur d'emplois. Et, depuis l'indépendance, grâce aux risques pris par ces entrepreneurs du privé, la richesse nationale a pu être créée et améliorée. Ainsi, malgré des conditions d'emploi souvent difficiles, les usines de la zone franche ont assuré à de nombreux compatriotes un salaire et leur ont permis d'améliorer le sort de leurs familles.

Samedi, les ténors du Parti travailliste s'en sont pris au secteur privé tradi

tionnel. Mais, si notre secteur privé lev pake ale, nous sera-t-il aisé d'avoir des investisseurs étrangers ?

Même si elle n'est pas généralisée, il existe une culture de travail certaine dans le secteur privé. Et, en face, les exemples abondent où des entreprises, voire des secteurs, où l'Etat prend le contrôle vont tout droit à la faillite, devenant des repaires de petits copains ayant comme seules compétences la carte castéiste ou partisane.

Ce n'est évidemment pas l'angélisme dans le privé ! Mais, redevables envers leurs actionnaires, les entreprises du privé optant pour le copinage ou le népotisme risquent gros. Et, quand «incompétents» il y a, ils sont souvent bien encadrés...

Pas besoin d'être Fulbright Fellow pour comprendre que sans initiative privée, point de développement. Certes, le secteur privé a des lacunes, mais si l'on veut y introduire une certaine morale, il faut d'abord que nos politiques cessent de quémander des contributions du privé pour financer leurs campagnes électorales. Comment empêcher sinon à l'entrepreneur ayant financé un parti de ne pas s'attendre à des retours sur son «investissement» quand celui qu'il a soutenu arrive au pouvoir?

Nos décideurs politiques devraient se rappeler ce qui se passe à moins de quatre heures d'avion de chez nous : à force de démagogie et de coups d'éclat, le Zimbabwe enregistre une inflation à plus de 2 000%.

Nous sommes arrivés à un tournant et l'émotionnel n'est plus de mise. Sa place dans l'histoire, on la mérite par ses actions - et non en se contentant de slogans creux et d'anecdotes. Que l'on bosse jusqu'à quatre heures du mat ou non !

Erick Brelu-Brelu


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