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CEDOI 2007


Mgr Alain Harel : «Etre fidèle à la vie, c'est être fidèle à l'évangile»

A la Conférence épiscopale de l'océan Indien (CEDOI), qui s'est réunie cette année à l'île de La Réunion, Mgr Alain Harel y a dirigé la délégation rodriguaise, qui comprenait également Sr Roselyne Larcher et Marylaine Remy, qui ont participé à l'avant-CEDOI. C'était l'occasion d'approfondir le lien entre la mission et la liturgie. Mgr Harel nous livre ses impressions après cette conférence annuelle et nous donne quelques pistes de réflexion et d'action pour la vie de l'Eglise à Rodrigues.

Qu'est-ce au juste que l'Avant-CEDOI ?

La première partie, connue comme l'Avant-CEDOI, regroupe des délégués de différentes îles de l'océan Indien. Nos deux déléguées ont eu l'occasion de présenter l'évaluation faite à Rodrigues concernant la liturgie dominicale et de voir quels sont les acquis et les efforts à faire pour être davantage missionnaire. Au cours de cette rencontre, nous avons aussi beaucoup fait mémoire d'Antoinette Prudence, qui était membre de la Commission théologie et pastorale de la CEDOI. Nous avons fait mémoire de sa personne et de toute sa réflexion qui nous ont tellement aidés dans notre Eglise à Rodrigues, mais aussi au niveau de la région océan Indien.

Parlez-nous de l'intervention rodriguaise au cours de cette conférence.

L'intervention rodriguaise a été très appréciée dans la mesure où elle était l'expression de toute une recherche. Je voudrais rappeler qu'une des priorités du Synode à Rodrigues a été l'inculturation et la présence active des chrétiens dans la société. Depuis le Synode de 2000, ces deux éléments guident nos réflexions et nos actions. La réflexion de nos deux déléguées a été de mettre à jour tout ce qui est vécu comme présence active des chrétiens à Rodrigues et comme expérience d'inculturation. Ceci s'exprime d'une manière particulière dans la liturgie. Cela a également été l'occasion de voir comment aller plus loin pour que nos liturgies, spécialement les messes du dimanche, soient nourries de cet élan missionnaire.

Une liturgie qui tient compte de la présence active des chrétiens au cœur du monde a été un point fort de l'intervention rodriguaise...

Effectivement, sans idéaliser et tout en sachant qu'il y a beaucoup de chemin à faire, il faut dire qu'il y a des expériences fortes que nous vivons a Rodrigues. Je pense, par exemple, tout dernièrement à l'occasion de la fête du Travail. Mais ceci étant dit, il ne faut surtout pas s'enorgueillir. Un chemin a été parcouru, nous sommes sur une route, mais il y a encore beaucoup de conversion à vivre, beaucoup de créativité à opérer pour que vraiment nos liturgies deviennent un temps de resourcement où la communauté se renouvelle pour être sel de la terre et lumière du monde dans la pâte rodriguaise.

Quelles sont les retombées de cette conférence pour l'Eglise de Rodrigues ?

Les retombées pour nous à Rodrigues seront en lien avec la Commission de l'inculturation. Il y a tout un travail qui a été initié. Cette commission sera appelée à aller à la rencontre des paroisses, des comités liturgiques, des équipes d'animation pastorale et d'autres acteurs de la liturgie pour approfondir ce que nous avons vécu au

cours du CEDOI. Il faut voir comment faire pour que nos messes soient davantage missionnaires.

Concrètement, comment cela va-t-il se passer ?

La conférence épiscopale nous invite à réfléchir sur deux questions :

a) Etre attentif à ce qui se vit déjà dans nos Eglises et nos sociétés concernant les actions missionnaires. Il faudra réfléchir sur le sens profond d'une action missionnaire. Comment un engagement au nom de l'Evangile nous aide-t-il à nous transformer ? A partir de cette réflexion, il faut être attentif à toutes les actions menées par les mouvements, les services et par des chrétiens immergés dans la société. Un comité liturgique, une Equipe d'animation pastorale (EAP) devraient avoir des antennes pour détecter et accueillir toutes ces actions missionnaires.

b) La Conférence épiscopale nous invite à continuer et à approfondir ce lien entre ces engagements pour transformer le monde au nom de l'évangile et l'eucharistie. Il faut dire que dans l'eucharistie, l'acteur principal est le Christ, qui vit et qui actualise son mystère pascal. Le but de l'eucharistie est de faire ce lien entre le Christ et notre vie, pour que nous puissions nous laisser transformer par le Christ pour mieux, à notre tour, être don pour nos frères. D'où l'importance de recueillir les actions missionnaires pour reconnaître la présence du Christ, mais aussi pour nous laisser transfigurer par le Christ. C'est l'occasion pour nous d'être nourris par le Christ afin de mieux repartir dans la vie en étant conscients de notre mission, qui consiste à vivre les valeurs de l'évangile au cœur de nos responsabilités dans les différents secteurs de notre vie humaine

Cela signifie donc qu'il ne faut pas de séparation entre la vie de tous les jours et la célébration du dimanche...

Tout à fait. Nous touchons ici à l'essentiel même de la foi chrétienne. Le Christ est venu épouser la condition des hommes pour faire de nous des Fils et des Filles de Dieu. Etre fidèle à la vie pour se laisser ressourcer et renouveler par le Christ, c'est être fidèle à l'Evangile.

La Commission de l'inculturation aura donc un travail spécifique à faire dans ce contexte...

Je pense que la Commission de l'inculturation, sous la présidence d'Antoinette Prudence, a donné vraiment un élan. Ce travail nous aide à mieux comprendre, d'abord, le sens du mot culture, qui n'est pas simplement l'aspect folklorique. La culture touche tout ce qui fait la vie - notre rapport au monde, à la sexualité, aux autres, à l'argent... Nous avons beaucoup réfléchi sur comment toute cette vie se laisse imprégner par l'évangile pour valoriser ce qui est positif dans notre culture, mais aussi pour transformer ce qui dans notre culture peut être aliénant. Il s'agit maintenant d'approfondir tout cela et d'aller plus loin. La messe est le lieu par excellence où se fait ce lien, cette interaction entre la vie et la foi en Jésus.

Propos recueillis par Benoît Jolicœur


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