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Gérard Mongelard :


Remettre l'homme debout

«Il faut au nom de sa foi remettre l'homme debout. Debout et en marche. Lorla, pena bare !» Propos du père Gérard Mongelard, curé de Saint-Vincent-de-Paul, Pailles, et de Saint-Sacrement, Cassis.

Remettre l'homme debout, il le fait surtout à travers trois axes pastoraux précis: la solidarité avec les Chagossiens, le combat contre la drogue et le sida, et la promotion des écoles ZEP.

Comme de nombreux Mauriciens, Gérard Mongelard a, lui aussi, eu une méconnaissance de la lutte chagossienne. Mais les liens tissés avec les Chagossiens installés sur sa paroisse vont peu à peu chan-ger sa perception des choses.

«Ce n'était plus des slogans tels que 'Ran-nou Diego', 'Donn-nou konpansasyion', mais une cause juste, humanitaire. Un combat pour restaurer la dignité bafouée et le respect des droits de l'homme.»

Yeux ouverts

Le pelerinaz dan zil lui ouvrira davantage les horizons. La proxi-mité sur le bateau, à la découverte de la terre natale/ancestrale d'une partie de notre population, va davantage resserrer les liens et enraciner ses convictions. Et d'avoir vécu l'émotion des Chagossiens sur leur terre natale/ancestrale fait de lui un «privilégié». Privilège qui se traduit désormais par un engagement «à faire comprendre aux Mauriciens - mais d'abord aux paroissiens - les dessous de cette lutte et l'importance vitale de s'intéresser à l'histoire».

Se donner à fond

Cassis décrété zone rouge en matière de la prévalence de la drogue et du sida, le père Mongelard s'est aussi engagé dans ce combat. «On ne peut pas être de tous les combats, mais il faut en choisir quelques-uns et s'y donner à fond.» D'autant plus qu'il enterre de plus en plus de jeunes, fauchés par ces fléaux. «Les gens ne comprennent pas toujours pourquoi l'Église intervient sur ces plans-là, constate-t-il. 'Pa rol legliz sa', disent-ils. Mais le prêtre n'est pas là que pour les rites. Jésus nous en donne l'exemple ; il a touché les lépreux, s'est associé aux prostituées. Matthieu (25) est des plus clairs à ce sujet. Idem, le prêtre ne peut rester enfermé dans sa cure ; il doit aller vers les autres, rejoindre la vie, le vécu des gens...»

Autre préoccupation du père Mongelard : les six écoles primaires de sa paroisse. Deux à Pailles et quatre à Cassis, dont trois sont des ZEP. Celle de Cité-Vallijee s'enfonce inexorablement. Le taux de réussite baisse d'année en année: 46% en 2003, 36% en 2004, 36,6% en 2005 et 32% l'an dernier...

«Nous avons de multiples problèmes et chaque école a son lot propre, déclare notre interlocuteur. Mauvaise réputation, infrastructure qui laisse beaucoup à désirer, manque de personnel : ce sont les parents qui font le travail du caretaker...»

Etre «passeur»

La source de joie du curé dans l'accomplissement de ces tâches émane des «personnes convaincues et en route» qui l'entourent. «Il ne s'agit pas de tout faire soi-même. Cela, mes paroissiens l'ont bien compris. Il nous faut être des 'passeurs', comme ces joueurs qui refilent le ballon aux autres pour scorer. Et ce, même si l'apathie gagne, qu'on sent le ressort cassé et que le courage n'y est pas toujours.»

Ce vaste territoire paroissial et les nombreux problèmes n'empêchent pas le père Gérard Mongelard de faire preuve de joie de vivre et d'être heureux.

«Je ne suis pas seul dans ces combats, affirme-t-il. Ma force, je la puise de l'Évangile et de Quelqu'un qui est venu pour donner la Vie en abondance.» Puis, lance-t-il dans un éclat de rire, «si je me plaignais, je découragerais certains. Et ça, c'est hors de question !»

Entre ces mille et un problèmes à gérer, le père Gérard Mongelard trouve le temps, chaque samedi, de faire du jogging en compagnie de ses paroissiens. Direction : au choix, la Montagne des Signaux ou Le Dauguet. De faire de la lecture. En ce moment, son livre de chevet s'intitule Ecoutez-nous; publication qui relate les difficultés des banlieues françaises. «C'est un livre passionnant qui me donne la forte impression que nos gouvernements ont perdu la capacité d'écouter.»

Famille soudée

«Adopté» par une tante institutrice, ayant grandi avec des enfants de la communauté chinoise et un cousin de souche musulmane, le jeune Gérard Mongelard a toujours baigné dans une chaude ambiance familiale. «Nous sommes encore aujourd'hui très famille au sens large du terme. Nous formons un clan au sens noble du terme. Je rends grâce pour cette famille soudée.»

Une famille dont les liens ont été sérieusement mis à l'épreuve avec le décès, en l'espace de treize mois, du frère et de la sœur de notre interlocuteur.

Donner et Redonner vie

Et quid du désir d'enfant ? Le père Gérard Mongelard ne joue pas à l'autruche : «Je crois profondément qu'il est inscrit au plus profond de chaque être humain. Je n'en fais pas exception. Mais il est surmonté par toutes ces personnes qu'on ramène à la vie : ce jeune à la tendance suicidaire qui retrouve goût à la vie, ce toxicomane qui choisit la voie de la réhabilitation... J'ai, comme le disait Denis Sonet, les bras ouverts à l'image du Christ et qui ne referment pas sur quelqu'un en particulier.» Les bras grands ouverts pour accueillir et vivre pleinement les béatitudes...

Daniele Babooram

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