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Informations insuffisantes
en cas de catastrophes

Au début de mars, La Vie Catholique soulignait déjà l'insuffisance d'informations concernant la détresse dans laquelle peuvent être plongées plusieurs familles, en cas de catastrophes naturelles, les accablant soudainement. Nous sommes malheureusement au même point ou presque après le raz-de-marée ayant sinistré une grande partie des habitants de Rivière-des-Galets, localité connue, hélas, pour être une des poches de pauvreté dans une île Maurice parfois si opulente, jusqu'à permettre à certains nantis de circuler en Aston Martin.

Nos radios ont immédiatement averti l'île Maurice, dimanche matin, de la catastrophe survenue pendant la nuit précédente sur les côtes sud de l'île ­ plus particulièrement à Rivière-des-Galets, localité pieds dans l'eau et ayant subi, à plusieurs reprises déjà dans le passé, des dégâts dus à des raz-de-marée plus puissants que d'habitude et à de grosses vagues envahissantes.

Cécité de la MBC

Le journal télévisé de dimanche midi de la MBC a été incapable de nous apprendre davantage sur ce sinistre, se contentant d'une information, débitée sur le ton monotone habituel, par la speakerine de service. Pas la moindre image, pas le moindre témoignage d'un sinistré ou d'un témoin oculaire. A croire que pour la rédaction de notre journal télévisé de dimanche midi, Rivière-des-Galets est plus loin que l'île Plate, visitée par un ministre. A la même heure, les chaînes réunionnaises de télévision offraient une demi-heure d'images, d'informations, de témoignages sur la houle géante ayant dévasté le sud-ouest de l'île sœur. Curieux monde où l'on peut apprendre tant de choses sur nos voisins et demeurer dans l'ignorance la plus totale sur nos propres frères et sœurs sinistrés.

Nos journaux des jours suivants nous ont appris beaucoup de choses sur le nombre incertain de nos disparus en mer, sur les dégâts causés à nos plages publiques, sur l'imprudence de certains baigneurs. Mais pas la moindre information concernant la question, hantant l'esprit de bon nombre de Mauriciens, depuis l'annonce de ce raz-de-marée catastrophique : Comment survivront, dans les jours à venir, les familles de Rivière-des-Galets, ayant perdu, dans la nuit de samedi à dimanche, leurs provisions du mois, leurs vêtements, leurs ustensiles de cuisine, leur literie et tous les appareils électriques apportant un peu de confort à leur vie quotidienne ?

Devions-nous nous poser cette question ? Tant mieux pour notre île Maurice si elle ne se la pose pas, car cela voudrait dire que toutes les poches de pauvreté y ont disparu. Si elle continue, en revanche, à nous torturer l'esprit, c'est que nous savons que trop, de familles mauriciennes continuent à tirer le diable par la queue, ont tout juste de quoi subsister semaine après semaine, jour après jour, et ne peuvent se permettre le moindre gaspillage alimentaire, perdre le moindre grain de riz, le moindre quignon de pain. Que dire alors quand une mère de famille se rend compte, à mi-mois, que la mer dite nourricière lui a dérobé toutes ses provisions jusqu'au prochain salaire mais encore les ustensiles de cuisine, vêtements de la maisonnée, les manuels et le matériel sco

laires des enfants ?

Mission prioritaire

Une telle détresse ne justifie-t-elle pas un traitement prioritaire dans la mission sacrée d'information de nos journaux ? En cas de nécessité et même d'urgence, un appel immédiat à la générosité publique ne s'impose-t-il pas ? Nos journaux ne se rendent-ils pas compte qu'ils ont aussi le devoir sacré, sinon de signaler des besoins immédiats, du moins d'ouvrir leurs colonnes hospitalières à ceux et celles se préoccupant déjà de secourir les familles les plus sinistrées ? Combien de catastrophes faudra-t-il à nos journaux avant de retrouver les réflexes secouristes et de Saint-Bernard de notre presse à papa si décriée de nos jours ?

A l'heure où nous rédigeons ces lignes (mardi 15 midi), nous savons seulement que le Centre
d'écoute de la paroisse Notre-Dame-du-Mont- Carmel, dont dépend Rivière-des-Galets, attendait la visite d'officiels du ministère de la Sécurité sociale pour un constat des dégâts à dédommager. La Croix-Rouge a déjà distribué, à sa requête, vivres, matelas, couvertures et vêtements, aux plus sinistrés. D'autres organismes caritatifs attendent curieusement ce premier constat officiel et quasi- administratif pour savoir s'ils doivent ou non se mettre en branle. Espérons seulement que le geste aussi beau que rapide de la Croix-Rouge suffira pour parer au plus pressé.

Agir

Ce Centre d'écoute de la paroisse de Chemin- Grenier (Tel 522 0462) demeure à la disposition des lecteurs de La Vie Catholique qui voudraient faire un don en espèces. Un simple chèque barré, à l'ordre de la Fabrique de la Paroisse de Notre-Dame du-Mont-Carmel, Chemin-Grenier, avec l'indication «en faveur des sinistrés de Rivières-des-Galets» suffira.

Les habitants de Rivière-des-Galets sont contraints de vivre pieds dans l'eau pour la bonne raison qu'un de nos gouvernements a décidé de construire leur cité ouvrière pratiquement sur le battant de la lame à haute marée alors que tout Mauricien sait de longue date que Rivière-des-Galets, tout comme Pomponnette, la Pointe-du-Cimetière, Souillac, Gris-Gris, Pointe-des-Roches sont des bords de mer continuellement exposés à des raz-de-marée les uns plus violents que les autres. La place fait défaut pour parler, ici, des graves dégâts sanitaires causés aux cimetières voisins. Le gouvernement en place doit désormais prouver qu'il est plus compétent et plus performant que ceux qui l'ont précédé, notamment en trouvant et en appliquant le moyen adéquat de protéger efficacement les habitants de Rivière-des-Galets contre tout raz-de-marée aussi dévastateur que celui de cette semaine. Dieu fasse qu'il ne nous déçoive pas.

Yvan Martial

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