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L. Berthelot et A. Nagapen
racontent la catholicité vacoassienne

Pour nous remettre de l'indignation indescriptible causée par le scandaleux assassinat spectaculaire et manipulé de Saddam Hussein, rien de mieux que l'édifiante lecture de l'histoire des paroisses de Notre-Dame-de-la-Visitation et de Saint-Paul que Lilian Berthelot et Mgr Amédée Nagapen (à qui va la plénitude de notre gratitude) prennent la peine de nous raconter, dans un fort beau livre, bien illustré, qu'imprime Alfran Co Ltd, de Françoise et Allan Driver. Il existe aussi un tiré à part concernant la seule paroisse de Saint-Paul. Un livre à lire et à méditer parce qu'il peut nous faire réfléchir sur des aspects historiques importants de notre catholicité.

En avant-propos, le cardinal Jean Margéot rappelle que Vacoas est son premier poste (vicaire du père Arthur Canning) en 1939, alors qu'il est âgé de seulement 23 ans. Il y crée la JOC. Il aide aussi Edel Quinn à fonder, à Maurice, la Légion de Marie. Il dote la paroisse d'un mouvement de Cœurs-vaillants et d'une troupe de Scouts, avec Marc Gillette comme chef. Avec l'aide d'Alix Harel et de Germaine Langlois, il crée une crèche à Bonne-Terre. La sœur de celle-ci, Simone Leclézio, offre sa propriété aux Filles de Marie, où s'installent ensuite les Carmélites. Il incite le père Canning à construire une salle d'œuvres que le père Moriarty baptisera Canon Canning Memorial Hall. Il boucle la boucle en résidant à Bonne-Terre depuis son entrée en retraite spirituelle.

Naissance d'une paroisse

Le cardinal Margéot symbolise la nouvelle jeunesse de la paroisse de La Visitation, aujourd'hui animée par les abbés Roger Cerveaux et Jean-Claude Alleaume, qu'entoure une équipe de laïcs très engagés et très militants, à la tête de laquelle se trouve d'ailleurs Allan Driver. Ce dernier, président du Conseil de fabrique, rend hommage à tous les marguilliers qui l'ont précédé dans la responsabilité d'assurer le bon fonctionnement matériel et administratif de la paroisse et l'entretien adéquat de ses nombreux bâtiments. Parmi ceux-ci figurent, bien sûr, la chapelle Saint-Joseph et de la Sainte-Famille, à Henrietta, et celle du Sacré-Cœur, à Glen-Park.

Il appartient toutefois à la romancière et historienne Lilian Berthelot de rappeler les principales étapes de la naissance et du développement de La Visitation, la fille aînée de la paroisse-mère des Plaines-Wilhems, celle de Saint-Jean, créée, en 1847, par l'abbé John Cornelius Hogan. Dès cette année, à l'instigation du Père Laval, une petite chapelle, dédiée à Notre-Dame-de-la-Visitation, voit le jour aux Vacoas, en octobre 1847. Un disciple du Père Laval, le cordonnier Georges Lapierre, donne un petit terrain à cet effet.

Madeleine Cayron, une Juive convertie au catholicisme par le Père Laval, propriétaire de la propriété sucrière de Solférino, aide le successeur de l'abbé Hogan, l'abbé Mac Donald, à construire une chapelle de palissade, couverte de paille, remplacée, après le cyclone de 1861, par une chapelle en bois, couverte de bardeaux.

Chemin de fer

Mi-septembre 1864, Mgr Hankinson crée la paroisse de La Visitation, précédant d'un lustre celle de Sainte-Thérèse à Curepipe. C'est aussi l'époque de la création de la ligne de chemin de fer Port-Louis/Mahébourg, appelée à jouer un rôle décisif dans le surpeuplement (par rapport aux autres districts) du district des Plaines-Wilhems et de la forte implantation de la catholicité dans ce futur corridor urbain continu. Les ingénieurs ferroviaires anglais auraient choisi, plus judicieusement, le tracé moins accidenté du vieux chemin français que l'histoire de Maurice et de sa chrétienté s'écrirait différemment. Autour des nouvelles gares, se créeront des noyaux de familles bourgeoises et aisées (reconnaissables aujourd'hui encore par le reliquat d'une ceinture de maisons couvertes de bardeaux), point de départ du développement urbain et des principales paroisses des Plaines-Wilhems. Cela dit, sans minimiser aucunement le facteur de la malaria, premier responsable du dépeuplement de nos villages côtiers au profit des hauts plateaux plus salubre. On doit la première église en pierres aux Vacoas (devenu village en 1887) à l'abbé Emilien Harel.

Mgr Nagapen prend ensuite le relais pour rappeler comment la future paroisse Saint-Paul hérite de la chapelle en bois de Vacoas que l'abbé Harel démolit après l'avoir remplacée par une église en pierres. Le 2 mars 1879, elle est bénie et est dédiée à l'Apôtre des Nations. L'abbé Harel, en voyage en Europe, la dote d'un autel en marbre avec tabernacle incorporé. Le terrible cyclone du 29 avril 1892 l'anéantit. L'incendie du 26 janvier 1895 fait de même avec la nouvelle chapelle en bois, remplaçant celle héritée de Vacoas et renversée par le cyclone. On décide alors de construire la présente église en pierres. Mgr O'Neill l'inaugure en 1904. Deux ans après, Saint-Paul devient une paroisse indépendante de La Visitation. L'abbé Henri van Kesteren, ancien curé de Vacoas, dote Saint-Paul d'une salle d'œuvres, pendant son pastorat, de 1959 à 1966.

Crimes atroces

La paroisse connaît deux crimes atroces, sans oublier le récent drame de l'allée Béchard. Le 15 avril 1926, la petite Madeleine Blancard, 11 ans, est violée et assassinée presque vis-à-vis de l'église paroissiale. Dans la nuit du 24 au 25 mars 1939, des inconnus viennent chercher le curé de Saint-Paul, le chanoine Fitzpatrick, pour le conduire au chevet d'une mourante. En cours de route, ils lui réclament de l'argent. Il refuse. Ils l'agressent avec des armes tranchantes. Il parvient cependant à s'enfuir malgré ses graves blessures. Il meurt après une hospitalisation de plusieurs semaines. Les agresseurs du chanoine Fitz-patrick ne seront pas condamnés à mort, mais à 10 ans de travaux forcés.

Yvan Martial

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