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Les Sisyphe des temps modernes

Toute la planète semble être d'accord sur un point: l'argent est le Dieu du XXIe siècle. Nous vivons dans un monde de roder bout, un monde où l'engagement gratuit est en voie de disparition. D'où l'importance de ceux qui s'engagent bénévolement au service des autres.

Avouons-le : nous avons souvent le réflexe, quand nous voyons une personne s'engager au sein de collectifs en faveur d'enfants handicapés, malades mentaux ou autistes, de nous dire que cette personne a un enfant ou un proche touché.

Pourtant, force est de constater que, dans bien des cas, ces «engagés» au service des autres le font gratuitement ; certains au nom de leur foi, d'autres au nom d'un humanisme. Nous connaissons tous des cas de personnes animées par un engagement actif et désintéressé. De personnes qui décident de mettre leurs compétences et temps au service des autres, et cela sans la moindre rémunération ou autre avantage.

Cependant, de tels engagements, nous les considérons souvent comme acquis, sans réaliser l'ampleur ou le degré de «sacrifice» que cela demande à ces personnes pour être au service des autres. Nous tendons à oublier que ces «travailleurs sociaux» ont souvent une famille qui passe généralement au deuxième plan. Et si ces personnes engagées ont la chance d'avoir un conjoint animé de la même
flamme, cela devient encore plus difficile de trouver le juste équilibre s'ils ont des enfants.

Nous connaissons également des exemples où ces personnes auraient très bien pu mettre leurs compétences ailleurs et se faire beaucoup plus d'argent. Des cas où des personnes mettent en veilleuse leur ambition personnelle pour une cause collective.

Il ne faudrait tout de même pas oublier qu'ils demeurent des hommes et

des femmes, car, comme chez tout être humain, existe chez eux le désir de jouir des plaisirs de la vie et du confort matériel que l'argent peut procurer et d'assurer l'avenir de leurs enfants. Et ce désir n'est que légitime. Alors que nous sommes nombreux à ressentir cette fibre «humaniste», nous sommes peu à franchir le pas, à nous engager et à nous oublier.

Autour de nous existent trop d'exemples de personnes d'abord très engagées avant de tout renier et/ou de tenir un discours totalement décalé de leur vécu. Ainsi, ces anciens de l'extrême-gauche devenus gauche caviar ou ces tiers-mondistes aujourd'hui deux-tiers mondains...

Il nous faut reconnaître et rendre hommage à tous ces engagés qui arrivent à dépasser ce conflit intérieur et qui continuent à se mettre au service d'une cause et des autres gratuitement. Ces gens sont admirables, car ils persistent et signent en renouvelant chaque jour leur engagement.

Ils sont souvent perçus comme idéalistes, marginaux, voire illuminés. Dans leur grande majorité, ils œuvrent dans l'ombre, étant rarement sous les feux des projecteurs. Bravo à tous ces Sisyphe qui acceptent de nager à contre-courant et de faire rouler sur la pente d'une montagne un rocher qui retombe toujours avant d'avoir atteint le sommet. Et Abert Camus a raison quand il affirme que «la lutte vers le sommet suffit à remplir un cœur d'homme. Il faut s'imaginer Sisyphe heureux».

Plus que jamais, notre monde a besoin de ces enragés de l'espoir, car, comme l'a dit un militant d'action catholique spécialisée, «les phares du monde sont en panne : il faut les rallumer».

Erick Brelu-Brelu


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