Sing Fat Chu


Loin des yeux, près du cœur

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«On n'oublie ni sa patrie, ni ses racines.» Sing Fat Chu, qui enseigne les modèles mathématiques des affaires à l'université Nationale de Singapour depuis quinze ans, ne fait pas mentir cette affirmation de Bernard Lavilliers. Observateur attentif de tout ce qui se passe dans son île, notre invité a déboursé Rs 790 000 pour la rénovation d'une aile de l'école primaire qu'il avait fréquentée. Portrait.

«Ce que je suis devenu aujourd'hui est au-delà de mes espérances.» Au sommet de sa carrière professionnelle, Sing Fat Chu dit vouloir partager sa joie et ce qu'il récolte à tout son entourage. En décembre dernier, les bénéficiaires de cette générosité concrète ont été les élèves des Std I et II de l'école primaire Notre-Dame-de-La-Visitation, où il a lui-même fait ses études primaires. Le maître d'école, Sydney Dasse, se souvient encore de ce fameux 9 décembre quand il rencontre Sing Fat Chu en short et chemise à fleurs à l'école. Ce dernier lui demande les projets d'avenir de l'établissement et apprend que le toit de l'école est à risque. «La tôle coulait dans plusieurs endroits et, avec la période cyclonique, cela représentait encore plus de danger pour les élèves.»

Sans hésitation, Sing Fat Chu prend le projet en main. Les travaux débutent deux jours plus tard. Le coût du financement des travaux de la toiture d'une aile de l'établissement, comprenant huit salles de classe, s'élève à Rs 790 000. De nouvelles tôles et neuf cents pieds de poteaux ont remplacé les vieilles tôles et bois pourris. «C'est une façon pour Sing Fat Chu de dire merci à tous ceux qui l'ont aidé à grandir dans cet établissement scolaire.» Le père Henri Souchon, responsable des infrastructures de l'école, a procédé à la bénédiction du bâtiment le 26 décembre dernier.

Une grandeur d'âme

La simplicité de Sing Fat Chu étonne plus d'un. Sydney Dasse accueille la générosité de ce dernier comme un cadeau de Noël. «C'est un grand soulagement pour moi, car mon premier souci était le confort des enfants.» Laval Grenade, son assistant, admire aussi la simplicité et la générosité de l'homme. «Je n'ai jamais vu un tel homme en trente ans de carrière. Très tôt chaque matin, il est présent à l'école : depuis le premier jusqu'au dernier jour des travaux. Il était avec les travailleurs et les aidait quand il fallait. Il rangeait les feuilles de tôle chaque après-midi après les heures de travail.» Ces gestes nous prouvent qu'il a une grandeur d'âme, précise Laval Grenade.

Cette générosité et cette simplicité, il les a «eues» dès son enfance. Sing Fat Chu est issu d'une famille modeste, son père tenait «enn lotel mine» connu comme Colorado à Vacoas, où il est né en 1960. Très jeune, il commence à «travailler». A l'âge de cinq ans, il sait déjà compter, car il est avec son père dans son restaurant. Quelques années plus tard débutent les travaux physiques : laver le restaurant et aider son père à préparer la pâte des mines. De son père, il dira que c'est un homme qui a bossé dur toute sa vie : de 6 à 22h00 tous les jours. De plus, sa générosité à l'égard de ses neveux et nièces orphelins ont beaucoup frappé Sing Fat Chu, cadet de trois enfants : Jean-Claude, son frère, et Thérèse, sa sœur.

Kwai Chew, mère dévouée et attentionnée

L'école représentait l'espoir pour la famille. Kwai Chew, la mère de Sing Fat Chu, prenait à cœur l'éducation de ses enfants. Après dix minutes de marche, elle les déposait chaque matin à l'école. Attentionnée, elle ne manquait jamais de venir quitter un goûter et un thé chaud après l'école ­

juste avant les leçons particulières. Après les heures de classe, Sing Fat Chu faisait ses devoirs dans le restaurant de Vacoas. De plus, sa mère se remémore que son fils «ti touzour ed moi depi ki li tipti». Comme récompense de son travail assidu, il est l'un des douze boursiers de l'école Notre-Dame-de-La-Visitation en 1971. Il gardera une grande reconnaissance pour «Miss» Céline Anime, son enseignante de Std IV et VI. «Elle avait la passion et la dévotion pour nous encourager.» Sing Fat Chu ne manque jamais de la visiter quand il est à Maurice. D'ailleurs, Céline Anime garde de lui l'image d'un élève très attentif et studieux à la fois. «Il était très curieux et voulait toujours tout savoir dans les moindres détails.»

Après avoir fréquenté le collège Royal de Curepipe, il s'envolera par la suite à la Queen's University, Canada, pour une Bsc First Class Honours en mathématiques, puis à l'université de Colombie-Britannique, pour son Phd in Business Statistics. De ces dix années d'études au Canada, il ne gardera que des «good memories». «C'était la découverte d'un grand pays, d'une nouvelle culture, d'une nouvelle expérience.»

Arrivée de Lynn dans sa vie

La «chance sourit» à Sing Fat Chu en 1991 : il prend de l'emploi comme chargé de cours à l'université Nationale de Singapour. Ce qui répond à son désir de se rapprocher de sa famille tout en travaillant à l'étranger après le décès de son père en 1987. «J'ai eu la malchance de perdre mon père et je n'ai même pas pu le voir.» D'ailleurs, un de ses regrets : l'absence de son père lorsqu'il décroche son Phd. Depuis qu'il est à Singapour, pays où il s'est acclimaté très vite, Sing Fat Chu se fait un devoir de visiter chaque année parents et amis de son île natale. Peu après son arrivée dans l'île-Etat, il rencontre Lynn, une Singapourienne analyste financière. Cette dernière va devenir sa femme en 1995. De cette union, sont nés deux enfants : Lynnette, 7 ans, et Francis, 5 ans.

Vie famililale sacrée

«Travaillons dur. Vivons simple» : telle est la devise de Sing Fat Chu, qui vit très simplement à Singapour. Il ne trouve pas la nécessité d'avoir de voiture, de portable ou de bonne. «There is no need», affirme-t-il tout simplement. Sing Fat Chu insiste beaucoup sur l'effort pour réussir. Sa journée au travail débute à 8h00 pour prendre fin à 17h00. De temps en temps, il prodigue des cours du soir de 18h30 à 21h30. «La vie familiale est sacrée.» Il consacre le samedi à sa petite famille. Il accompagne ses enfants à leurs activités extrascolaires : dessin et cours de mandarin, entre autres. D'autre part, Sing Fat Chu aide aussi Lynn à l'entretien de la maison. Les dimanches, il ne manque jamais sa sieste après le déjeuner. L'après-midi, c'est le dîner familial chez sa belle-mère. «Mon épouse est la benjamine de neuf enfants. Donc, c'est la grande famille qui se réunit.»

Après avoir fêté la Noël en famille, Sing Fat Chu est rentré à Singapour pour célébrer le Nouvel An avec ses beaux-parents.

Sandra Potié

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