La messe (3e partie)

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Pour cette dernière fois, j'arrive sans renfort... Mais l'esprit de ces trois prêtres cités reste présent dans ce qui suit. Je rappelle les points sur lesquels ils avaient mis l'accent : a) La liturgie se déroule sans un cadre trop fixe; d'où inventer, créer du neuf ; b) Maximum de participation, que tous ceux qui le souhaitent puissent donner leurs idées ; c) Silence... temps de silence ; d) L'assemblée qui célèbre, c'est elle qui chante ; d) Unité entre oraisons du jour, homélie, prières composées.

Assemblée

Je crois que la première chose à lui demander est de s'exprimer : qu'elle ose dire ce qu'elle ressent, ce qu'elle pense, ce qu'elle souhaite. Il n'y a pas qu'au synode que l'on puisse parler. Je sais que le silence, l'absence constituent une parole, mais il s'agit d'une parole muette. Je crois qu'il vaut mieux que la parole soit dite. Et je crois aussi que les prêtres ont assez d'humilité pour entendre ce que les laïcs ont à dire, et même qu'ils seront heureux de l'entendre. Si on a des idées et qu'on les garde, cela veut dire : «Je ne crois pas en toi, je me méfie de toi, si je parle c'est moi qui vais souffrir.» C'est parfois vrai, mais pas toujours.

En plus, même si c'était vrai, ne vaut-il pas mieux parler quand même ?

C'est comme cela que les choses avancent, Antoinette Prudence n'a jamais eu peur de parler. «C'était une grande chrétienne, l'exemple d'une laïque responsable, fidèle à l'Evangile et libre d'interpeler les responsables d'Eglise.» (Mgr Piat, à la célébration à St-Patrice, avant que son cercueil ne quitte Maurice). Elle était libre, Antoinette, elle était débout. Ce n'est pas suffisant de l'admirer comme une personne du passé; pour qu'elle reste vivante parmi nous, il est important que sa vie, que sa manière de vivre nous inspirent des actions concrètes.

Il est regrettable que les catholiques restent à genoux après la consécration. N'y a-t-il pas une contradiction à dire «Nous célébrons ta résurrection» alors qu'on est à genoux ?

Deux petites remarques :

Ne pas bloquer les entrées des bancs. Parfois, sur 10 rangées, une personne à chaque bout et personne entre elles. Cela n'incite pas à prendre place. Et quand quelqu'un arrive, je peux très bien glisser vers le centre et ne pas l'obliger à faire des efforts pour passer devant moi. Et derrière moi, il y a quelqu'un. Si je me balance d'une jambe sur l'autre, il voit l'autel quand je suis sur ma jambe gauche et plus l'autel quand je suis sur le droit....

Messe d'enfants

«Aller à la messe, c'est mon choix !» hurle cet enfant de 10 ans le dimanche matin. La mère : «Je voudrais qu'on tienne les 20 minutes précédant le départ pour la messe. Filmer l'ambiance, le stress, les cris, les gestes... Il faut dire qu'ils n'y comprennent rien...»

Si toutes les paroisses ne font pas un effort pour proposer au moins une messe adaptée aux petits, il ne faudra pas s'étonner qu'ils soient perdus pour l'Eglise. Sans doute pas pour Dieu, mais pour l'Eglise, oui.

Ce n'est pas suffisant de mimer l'évangile dans le même cadre fixe.

Parce que, si certains sont actifs, la majorité est au spectacle. Or c'est justement cela qu'il faut changer. La formule d'emmener les enfants en un autre lieu est nécessaire. Ils quittent l'église après la prière qui suit le Gloria et y reviennent juste avant l'offertoire ­ et pendant la quête, leur retour ne dérangerait pas. On dispose alors de vingt minutes pour commenter soit l'évangile, soit une autre lecture qui doit avoir été traduite en langage simple.

Un commentaire qui se fait dans le dialogue : les enfants sont invités à parler, à dire comment ils comprennent

telle parole, tel geste de Jésus ; pour dire en quoi cela les touche. C'est cette participation active qui est le meilleur moyen pour connaître le Christ, pour goûter la Parole. Pour comprendre ce qu'on croit et être heureux de croire.

Prières pénitentielles/universelles

Il existe plusieurs types de langage

- Le langage écrit, toujours un peu savant, des mots choisis, un peu difficiles; des phrases longues, bien balancées avec plusieurs conjonctions : afin que... en vue de... C'est le style des livres;

- Le langage parlé, plus simple, plus direct, facile, que l'on écoute sans effort parce qu'il accroche et qu'il retentit en nous. C'est ce style là que nous utilisons pour communiquer quotidiennement. Il vaut donc mieux que les prières pénitentielles et universelles soient du style parlé.

Des fiches pour animateurs de célébrations ont été publiées en France.

«Nous prions pour des personnes, non pour des idées.»

«Que de prières qui sont des leçons faites à l'Assemblée ! A travers une «intention», on fait de la morale : discours aux chrétiens sur ce qu'ils doivent faire Les intentions doivent être des propositions pour susciter la prière de tous : il faut donc qu'elles soient comprises.»

Pour chaque intention :

- des phrases courtes; des formules longues étouffent la prière

- des mots simples ;

- un langage concret et nerveux, sinon l'attention se relâche;

- varier les formules; la formule «pour que, afin que» est lassante et on n'écoute plus ;

- Il n'est pas nécessaire de toujours terminer par «Prions le Seigneur». C'est la manière de dire qui appelle la prière de l'assemblée.

«Ne pas présenter Dieu comme le réparateur des pots cassés ou le Père Noël distributeur de cadeaux. Le Dieu que nous prions est-il le Dieu de l'Evangile ?»

Pas de prière vagues : «Pardon pour notre manque d'attention» ­ A qui ? Quand ? Comment ? Et on n'a même pas le temps de réfléchir : le 2e intention est partie.

«En ce 13e dimanche du temps ordinaire (à qui sert cette précision ?), le Seigneur nous demande d'être fidèles et persévérants en attendant sa venue.» Qu'est-ce que ça veut dire ? Qui peut être touché ?

Il est souhaitable que ces prières s'inspirent des lectures. Sinon, l'attention de l'assemblée est sollicitée en différentes directions. Trop d'idées dispersent. Ce qui va donner à la liturgie son caractère d'unité, c'est justement que prières, lectures, homélie et chants vont dans la même direction, s'inspirent d'un même thème.

Trois prières (3 prières pénitentielles, 3 prières universelles) sont nettement suffisantes - quand il y en a trop, on n'en retient aucune. Il n'est pas nécessaire que chaque prière se termine par «Prions le Seigneur». En général, c'est le début du refrain. Celui-ci ne devrait pas être trop long.

Introductions

- en début de messe : courte, simple vivante, vibrante, et en langage simple

- aux lectures : même remarque pour celles-ci. Et si le texte est clair, on peut la supprimer, elles ne sont pas nécessaires. Eviter au maximum ce qui arrive de manière systématique pour garder les gens éveillés.

(A suivre)

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