Jubilé d'or de la LOAC


Favoriser la conscience ouvrière

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La Ligue ouvrière d'action catholique (LOAC) fête cette année son jubilé d'or. Un anniversaire dont le thème est : «Selebre nou lavi. Mars dan lesperans.»

Mouvement de couple «qui rassemble tous sans exclusion: célibataires, divorcés, veufs/veuves», la LOAC a eu pour promoteur le père Eugène Dethise et comme premiers engagés, entre autres, Eddy Topize, Louis Ramoo, Edmond Acky, Joseph Melidor, Joseph Paya et Ignace Derougeur...

«Quand les jocistes de la première heure avaient dépassé l'age de faire partie de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), le père Dethise les a encouragés à se regrouper en une association de jeunes mariés, raconte Mgr Amédée Nagapen. C'est ainsi qu'est née la LOAC, qui prend son héritage dans l'action catholique ouvrière. Il organisait des retraites, les poussait à relater la vie du monde ouvrier - ses souffrances, ses injustices vécues et ses joies - à travers des sketches en créole, à se prendre en charge et à s'engager dans l'action

Et c'est ainsi que, petit à petit, le mouvement d'Eglise allait s'ancrer dans la vie du pays. «La LOAC, rappelle ainsi Mario Jolicoeur, son président, est à la base de l'Action familiale, de l'Ecole du soir, des Ecoles ménagères, des syndicats des employés de maison.... Elle a apporté un plus à la vie de milliers d'hommes et de femmes attachés à la vie. D'où le thème jubilaire qui se veut aussi hommage à tous ceux qui ont porté le mouvement pendant ces cinquante années.»

Défis

Occasion de rendre grâce, mais aussi de poser une réflexion sur certains défis qui se posent au mouvement. Ici, Mario Jolicoeur en énumère plusieurs : d'abord, celle de susciter des équipes et de mettre les gens ensemble. «Cette difficulté, reconnaît notre interlocuteur, découle grandement de la qualité de société que nous avons présentement ; elle est le reflet, le miroir de notre

société et de notre Eglise

Autre difficulté : celle d'être pleinement homme dans notre monde, de faire le lien entre foi et vie. «La LOAC n'aurait pas dégringolé autant si elle avait été un mouvement spirituel. Cette insistance à s'incarner dans la vie en fait toute la difficulté, poursuit Mario Jolicoeur. Et puis, il y a aussi, d'une part, la grande difficulté à transmettre la spiritualité ; et, d'autre part, l'éloignement de notre méthode/spiritualité

Et Mario Jolicoeur de parler ici de la grande confusion entre partage de vie et révision de vie ­ un constat très fort lors des visites des équipes. «La révision de vie est une attention particulière à la vie, une écoute en profondeur, une revalorisation de la vie. Il s'agit de comprendre la vie. Et comprendre la vie passe obligatoirement par une relecture de la vie, une analyse qui fait que les aveugles voient, les boiteux marchent et les muets parlent. Dans cette optique, la révision de vie est aussi une manière d'évangélisation et débouche à terme sur l'action.»

Conscience ouvrière

Issu de la classe ouvrière, le president de la LOAC se dit imbu d'une conscience ouvrière. «J'ai fait le choix d'être de la LOAC ; ce n'est pas un choix idéologique, mais évangélique. J'ai eu la chance d'être né dans une famille pauvre, de comprendre le système économique et son fonctionnement et de voir les pas à entreprendre pour grimper l'échelle. Le drame du monde ouvrier - et aussi du monde créole - c'est que trop beaucoup désertent, quittent le navire et oublient les plus petits, ne peuvent plus les sentir.

«Je ne veux pas casser l'image de la LOAC comme un mouvement de tizouvrier, même s'il compte dans ses rangs des professionnels aguerris. Je crois profondément que cette Eglise nouvelle dont on parle retrouvera sa splendeur, son authenticité, sa source parmi ce monde des plus pauvres, de plus humbles. Je n'ai pas de honte à être de ce monde-là

Danièle Babooram

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