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L'enjeu sécuritaire

Des mois durant, Nicolas Sarkozy a fait de la lutte contre l'insécurité un de ses principaux chevaux de bataille. Bien que ce ne soit pas le seul facteur expliquant sa victoire, les politicologues estiment que grâce à cet enjeu, il a su séduire une grande marge de l'électorat.

Il est significatif que la France, pays ayant la liberté dans sa devise, ait opté, en toute connaissance, de confier sa destinée à quelqu'un ayant brandi l'arme sécuritaire à ses
compatriotes ­ et même si cela risque d'être au détriment des libertés individuelles.

Pourrait-on se retrouver avec une telle situation à Maurice ? Déjà, dès qu'ils sont dans l'opposition, nos politiques font du Law & Order un enjeu crucial. En bons opportunistes,
ils jouent sur la perception/le sentiment d'insécurité de nos compatriotes. Car, en effet, il y a de quoi s'inquiéter de la situation de l'ordre et de la paix publiques dans le pays.

Même si nous nous en doutions toujours, la déclaration de l'ancien président de la République Cassam Uteem à l'effet que des campagnes électorales sont financées par l'argent de la drogue nous donne froid au dos. Surtout qu'au niveau du financement des partis politiques, c'est l'opacité totale.

Nous connaissons tous la destinée de ces pays financés par l'argent de la drogue et où la corruption règne en maître au plus haut échelon de l'Etat (Colombie, Russie, Afghanistan...). Existe également, malgré notre législation, la possibilité de «blanchir» de l'argent dans notre secteur offshore.

Comment ne pas s'en inquiéter ? Surtout que l'insécurité est devenue notre quotidien : dans la rue, nous pouvons nous faire agresser pour une modique somme, un portable ou une chaîne en or. Au volant, c'est la loi du plus fort. Même si nous avons raison, devant l'agressivité de certains, le silence est de

mise. Le piéton doit réfléchir à deux fois avant de traverser le passage clouté au vert. Ce n'est plus la cigarette qui attire aujourd'hui nos adolescents à l'école ­ mais le gandia ! Et quid des maisons de jeux et autres casinos qui croissent comme des champignons ? Et les histoires de mœurs sont légion. Bienvenue à El Paso, ville sans loi, ni foi !

Conséquence : nous vivons de plus en plus terrés chez nous, comme des prisonniers, avec systèmes d'alarme et barreaux comme compagnons. Et nous avons, d'un côté, des bidonvilles ; et de l'autre, ces nombreux morcellements avec agents de sécurité. D'un côté, ceux qui survivent/luttent pour leur survie. De l'autre, ceux qui se protègent. Signe d'une société malade ?

Les Mauriciens ayant visité Singapour sont souvent émerveillés de la sécurité régnant dans l'île-Etat. Sommes-nous prêts pour cela ? L'exemple singapourien, est-ce la seule possibilité pour notre Nation ?

Autre solution ? S'attaquer aux racines du mal qui nous gangrène, car cette dégradation sociale, n'est-elle pas le reflet de nos institutions - impunité, manque d'éthique, justice à deux vitesses ? Et quid de ces richesses mal acquises ?

Déjà à Maurice, une certaine psychose s'est développée devant l'insécurité et, désarmées, certaines personnes érigent en sauveur certains flics adeptes de l'arme sécuritaire. D'où la popularité de notre Clint Eastwood national ­ à la fois le bon, la brute et le truand.

Et, tous, nous devons être conscients de l'épée de Damoclès sur nos têtes. Ceux en qui nous avons confié le pouvoir doivent agir maintenant. Avant que nous nous réveillons un jour sous le bruit des bottes.

Erick Brelu-Brelu

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