Femmes laboureurs touchées par le VRS


«Reconnaître notre contribution dans l'économie»

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Elles sont des milliers des femmes laboureurs de l'industrie sucrière à avoir participé activement au développement économique du pays. Aujourd'hui, suite à l'entrée en vigueur des mesures prévues sous le «Multi Annual Adaptation Strategy Action Plan 20006-2015» de l'industrie sucrière, ces femmes laboureurs sont confrontées à un dilemme : la retraite prématurée et volontaire ou demeurer en poste sans savoir ce que
leur réserve l'avenir.

La Vie Catholique a rencontré un certain nombre de femmes laboureurs de l'industrie sucrière. Ce qui frappe d'emblée chez elles : le flou dans lequel elles se trouvent en ce qui concerne l'application des mesures prévues par les autorités. Et la confusion perdure du fait qu'il existe plusieurs catégories de femmes laboureurs : celles affectées aux champs, celles faisant un travail léger, celles qui sont affectées dans les potagers et serres et celles se retrouvant dans les champs durant l'entre-coupe. «Nou pa ankor kone dan ki kategori nou ete», nous explique Devi Chemben.

«Nous n'avons eu droit à aucune information complète. Nous n'avons que des bribes de mesures que nous entendons à la radio ou venant de certaines collègues», déplore Mauree, employée de Constance La Gaïeté. Et de rappeler que les choses sont plus claires du côté des employés masculins : il n'y a que deux catégories d'employés, les artisans et les laboureurs, ces derniers se retrouvant dans leur grande majorité affectés aux champs.

Dégraissage

L'adoption du Sugar Industry Efficiency Act a eu pour principale conséquence l'accélération des procédures de dégraissage du secteur, avec quelque 7 500 postes devant être abolis avec une nouvelle version du

Voluntary Retirement Scheme (VRS) ou encore l'introduction du Early Retirement Scheme (ERS). Et sont concernées une majorité de femmes laboureurs : entre 4 000 et 5 000.

Et nos interlocutrices de se plaindre de n'avoir pas eu leur mot à dire dans cette phase cruciale de l'avenir de l'industrie sucrière du pays. «Tout nous a été imposé. Les syndicats ne nous ont pas été d'une grande aide. Les autorités nous ont oubliées. Tous ont oublié notre contribution dans l'économie. Nous avons joué un grand rôle dans le boom sucrier», se lamentent plusieurs de nos interlocutrices. Et parmi, plusieurs ont plus de 30 années dans le métier. «Nous avons sollicité une rencontre avec le ministre de l'Agro-industrie et de la Pêche, Arvin Boolell, pour des éclaircissements. Nous attendons toujours sa réponse», se plaint Lushmee, affectée au potager.

Précarité extrême

Une bonne partie des femmes laboureurs va opter pour les VRS et ERS. «Arriv seki arriv : nou ava gete apre.» Surtout que plusieurs ne se sentent plus le courage de poursuivre dans le métier, poids de l'âge et fatigue accumulée obligent. «La formule de retraite anticipée va être une bonne chose pour moi : je serai propriétaire d'un second lopin de terre et aurai une somme d'argent», explique Goindama Gobin, laboureur depuis plus de 25 ans à Constance La Gaïeté. L'âge de la retraite désormais portée à 65 ans contribue également à les pousser au départ.

Et avec la centralisation en cours dans l'industrie sucrière, ces femmes laboureurs se retrouvent en situation de précarité extrême. Vu leur secteur d'activité et vu leur âge, leur avenir s'annonce assez sombre, la possibilité pour elles de trouver un emploi étant bien mince.

Sylvio Sundanum

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