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CEDOI 2007 : «Une liturgie missionnaire se vit plus facilement dans une communauté missionnaire»

Comment avez-vous vécu la CEDOI?

Robert Jauffret : C'est toujours un moment bien fort de savoir que nous ne sommes pas seuls. Vivre dans une île, cela aurait pu faire chacun se replier sur soi. Avec la CEDOI, la foi dépasse les frontières. Ma foi a aussi été ravivée. Je suis sorti personnellement de la CEDOI très riche.

Thierry Goder :Je dirais que j'ai vécu une rencontre très intense et intéressante. Les délégations se connaissaient déjà, ce qui a permis aux travaux d'être très intéressants et les évêques nous ont écoutés avec beaucoup d'intérêt au cours de ces trois jours. Mon regard sur la liturgie missionnaire a définitivement changé.

Quelles sont les grandes idées qui ont émané quant à une liturgie dominicale missionnaire ?

Robert Jauffret : On ne peut pas célébrer une liturgie dans un monde de souffrances et dire que cela ne nous regarde pas. La liturgie doit permettre à une communauté d'être missionnaire. Ayant participé à l'eucharistie, ayant été nourri de sa Parole et son Pain de vie, la communauté est appelée à partir en mission. Ce que nous demande le Christ. La mission dans les plus petites choses : témoigner de l'Evangile dans sa famille, son quartier et son pays tout en connaissant leurs réalités. Ou le vieux qui porte la communion à un malade ou une visite dans un quartier qui souffre de la misère. Etre témoin de l'Evangile, c'est faire reculer l'injustice. Travailler pour un monde où la justice soit plus forte que tout. Une liturgie missionnaire se vit plus facilement dans une communauté missionnaire. Une liturgie missionnaire, ce n'est pas une liturgie passe-partout.

Thierry Goder : Une liturgie dominicale n'est pas un exercice isolé. Elle s'inscrit dans une pastorale constante de redécouverte du baptême et d'un projet de pastorale missionnaire concret de la paroisse. Une liturgie dominicale missionnaire est une liturgie où le Christ ressuscité est reconnu comme l'acteur principal. C'est lui qui convoque son peuple, le transforme et l'envoie.

Vous parlez de connaître d'abord certaines réalités humaines des pays pour pouvoir vivre cette liturgie dominicale missionnaire. Quelles sont les différentes réalités que vous avez découvertes ?

Robert Jauffret : Des problèmes dans le monde des jeunes et de la famille : famille monoparentale, grossesse précoce, jeunes livrés à eux-mêmes dans un monde très permissif, sans aucune balise ; l'injustice sociale alors qu'on parle de mondialisation : grand écart entre riches et pauvres ; chômage et licenciement, indépendance du judiciaire, entre autres.

Thierry Goder : Les réalités dont nous faisons allusion sont les vécus de chaque personne/pays qui diffère, car nos réalités ne sont pas les mêmes. Nous constatons que le problème de chômage et le coût de la vie qui augmente est commun dans les îles, de même que les différents fléaux sociaux et le désir de justice sociale.

Vous faites aussi mention d'une liturgie dominicale inculturée pour mieux exprimer ce souffle

missionnaire. De quoi s'agit-il au juste ?

Robert Jauffret : Une liturgie inculturée est de sortir de sa routine, de ses habitudes en tenant compte de tout ce qui fait la vie des gens : joies, peines, soucis et angoisses et cela pour les différents âges et différentes cultures. Il ne doit pas y avoir de coupure entre la messe et la vie. La messe ne peut pas être une parenthèse dans la vie du chrétien. En célébrant la messe, le prêtre doit être au courant de la liturgie de la communauté. Chaque communauté doit avoir sa propre liturgie. Célébrer n'est pas un rite. La liturgie du 1er mai au collège Saint-Mary's est un bel exemple de liturgie inculturée. Cela parle des problèmes concernant le pays et la vie des gens.

Thierry Goder : L'inculturation ne fait pas seulement référence à la langue, mais elle doit s'adapter aux fidèles. Pour miser plus large, je dirais que les problèmes de société que fait fasse un quartier doivent pouvoir ressortir dans la célébration de l'eucharistie et le prêtre doit aussi en parler pendant son homélie en faisant référence à l'évangile. La messe du 1er mai est un exemple de l'inculturation. Cependant, je ne parle pas d'une revue de presse.

Qu'est-ce que cela représente concrètement pour un fidèle qui part à la messe ?

Robert Jauffret : Il y a encore chez de nombreux fidèles cette mentalité d'avoir bonne conscience quand on va à la messe chaque dimanche. Il y a un long travail à faire dans ce sens. La messe n'est pas simplement se donner bonne conscience, mais elle est la source et le sommet de toute vie chrétienne. Le chrétien doit apporter sa vie à la messe pour repartir avec plus de dynamisme, plus de force afin de pouvoir témoigner du Christ ressuscité autour de lui.

Thierry Goder : C'est de pouvoir se retrouver dans la messe, se sentir interpellés par les réalités et la parole du Christ. L'eucharistie doit nous amener à nous transformer pour être missionnaire dans notre vie de tous les jours à travers des actions simples.

Avez-vous pris un engagement pour diffuser cela dans le concret ?

Robert Jauffret : Chaque paroisse, chaque mouvement est invité à faire un inventaire de toutes les actions, petites et grandes, qui sont des signes de leur vitalité missionnaire. Et en reconnaissant ainsi le Christ ressuscité déjà à l'œuvre au cœur de ces réalités.

Thierry Goder : Nous attendons le rapport de la réunion des évêques, mais je peux déjà préciser que nous aurons une session de travail avec notre évêque, Mgr Piat, pour mettre en chantier ce que nous avons décidé, car nous ne voulons pas que cela reste dans un tiroir. Je tiens aussi à préciser que nous attacherons une importance capitale dans cette justice en faveur des plus pauvres comme nous l'avons discuté au cours de notre rencontre.

Propos recueillis par Sandra Potié


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