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Fête du Travail


1er-Mai : folklore et critiques

Cette année encore, le 1er-Mai a été marqué par les traditionnels rassemblements politiques et dépôts de gerbes en mémoire d'anciens militants des droits des travailleurs. Pour la majorité de Mauriciens, faute de débats et de réflexions sur le sens profond de la Fête du travail ­ hormis la messe organisée par la Commission diocésaine du monde ouvrier ­, le 1er-Mai a été un jour de congé comme les autres. Enfin, pas tout à fait...

Que ce soit à Vacoas, à Rose-Hill ou à Curepipe, c'est le même refrain que l'an dernier : critiques incessantes contre l'adversaire d'aujourd'hui, allié d'hier et partenaire potentiel de demain. Et, comme chaque année, le hijacking de la fête du Travail et des travailleurs s'est poursuivi, les responsables des trois principaux acteurs de notre paysage politique ne considérant cette journée que sous son aspect de baromètre de popularité ­ en oubliant que si les trois principales manifestations n'ont réuni ensemble que 10 000 personnes, il ne faut pas être devin pour décoder les raisons de l'absence de foules...

A l'exception de ceux ayant eu, de par la nature de leur métier, à être de service mardi dernier et de ceux ayant assisté aux meetings, l'immense majorité des Mauriciens a choisi de bouder la Bonne Nouvelle proclamée par Navin, Paul, Pravind et consorts. «Il est malheureux que les politiciens profitent de ce jour-là, déclare sans ambages Zaïna, enseignante dans le secondaire. Pour moi, c'est un jour de congé où bien souvent je reste chez moi pour éviter les différents rassemblements dans les villes.» Notre interlocutrice considère aussi qu'on aurait dû rendre hommage à ceux et celles qui travaillent en ce jour de congé. Pour elle, «le 1er mai est trop politisé».

Johanne, secrétaire-comptable, abonde dans le même sens. «Le congé étant un mardi, ce fut une occasion pour moi de faire le pont et d'avoir un long week-end à passer à la maison. Je ne vais surtout pas aux rassemblements des partis politiques. C'est juste un jour de repos bien mérité, un jour de congé comme les autres.»

Pour Jennifer, employée dans le privé, «l'esclavagisme n'est pas uniquement avoir les mains enchaînées». Selon elle, dans un pays où règne la corruption, le patronat devrait réaliser qu'une entreprise ne marche qu'avec la collaboration de tous et qu'il faut reconnaître le potentiel et la contribution de chaque salarié dans la réussite de l'entreprise. «Le 1er-Mai devrait être un jour spécial pour tous ceux qui se donnent corps et âme afin de subvenir aux besoins de leur famille. Il faut leur donner une vraie dignité et un bon salaire pour le dur travail qu'ils font.»

Le 1er-Mai, estime-t-elle, ne devrait pas être un jour pour faire de la politique, mais plutôt pour rendre hommage à ceux qui contribuent, à la sueur de leur front, au succès de l'économie mauricienne. «C'est la fête des travailleurs, mais bien souvent on passe à côté de tout cela et on ne rend pas grâce assez à cette population active qui fait prospérer le pays sans qui tout s'écroule.» Et, Jennifer est sagement demeurée chez elle mardi dernier.

Indifférence

Benoît n'est engagé dans aucune instance d'Eglise. Ce chauffeur dans une firme privée a participé à la messe marquant cette journée et s'est rendu à son travail par la suite. «Si pour
certains il est primordial d'aller au meeting de leur parti, tel n'est pas le cas pour moi. Je ne me sens pas concerné par cela. Le 1er-Mai est une journée pour les syndicalistes et les travailleurs et non pour écouter les politiciens qui ne font que manipuler les gens.»

Pour lui, ce 1er-Mai a été une journée comme les autres. Il a eu une pensée pour ceux qui, comme lui, ont dû

travailler ce jour-là. Il est aussi d'avis que des réflexions sur les droits des travailleurs devraient être organisées pour marquer cette journée. «Parfois c'est dur de travailler ce jour-là», affirme-t-il. C'est le cas pour Irlande, secrétaire-médicale, qui, contrairement aux années précédentes, à dû travailler ce 1er-Mai. Autrement, elle serait restée chez elle pour s'occuper de sa petite famille. «On dit que c'est la fête du travail, cela aurait dû être un jour où l'on ne travaille pas.» Hormis les services essentiels.

Scandale

Autre critique du 1er-Mai devenu politique : les inconvénients rencontrés par les usagers du transport en commun. «C'est un véritable scandale : les bus sont quasiment inexistants sur certaines routes. Comme chaque année, il a fallu faire preuve de beaucoup de patience sur les arrêts de bus et contrôler sa colère de voir des bus presque vides décorés de drapeaux rouges, bleus, verts, mauves ou orange se rendant aux différents meetings. J'ai ainsi eu à patienter plus de 30 minutes pour attendre le bus pour le trajet Belle-Rose/Quatre-Bornes», relate Cindy. Critique qui revient chez nombre de personnes ayant eu à prendre leur mal en patience sur les arrêts d'autobus.

L'ensemble de la classe politique est également fustigé pour «son hypocrisie» dans la location des autobus. «Combien de dettes la Compagnie nationale de transport (CNT) a-t-elle eu à write off suite à des impayés des partis politiques pour des 1er-Mai ? Pourquoi n'a-t-on jamais eu connaissance de ces chiffres ? Comment se fait-il que les partis politiques puissent louer des bus à crédit ? Comment se fait-il qu'ils ne soient pas poursuivis pour dettes non honorées ? Comment se fait-il qu'ils puissent,, année après année, louer des autobus alors qu'ils ont déjà une ardoise ?», résume Ashvin, un ancien employé du département comptabilité de la CNT.

Et quid des «appâts» des partis politiques pour attirer les participants à leurs rassemblements ? «L'an dernier, avec un groupe d'amis, nous avons accepté d'aller, un dimanche, à un congrès politique organisé à l'auditorium Octave-Wiehe. Le transport était gratuit à partir de notre village. Nous avons été gâtés : bière à gogo durant le trajet, briyani, enveloppe avec un billet de Rs 500 et pique-nique offert à Flic-en-Flac après le congrès. Cette année, nous avons voulu voir comment cela se passait le 1er mai et avons été chez l'adversaire. Ici également, la bière coulait à flot dans le bus et le briyani et le pique-nique ont suivi le meeting. L'an prochain, nous irons, pour rire, chez un autre parti», relate avec plein de malice, Christian, 32 ans, d'un village de l'Est.

«Le transport offert avec le briyani, mine frit ou riz cantonnais et la bière avec la demi-journée à la mer sont devenus la norme», constate Deven, militant mauve de longue date. Et, affirme-t-il, «tous les partis en font de même pour attirer la foule, plus particulièrement durant les années de vache maigre : quand le parti est dans l'opposition ou quand les élections ne sont pas proches».Vous avez dit folklore ?

Jean-Marie St-Cyr

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