Extraits des témoignages

James, ex-employé de Desbro

«J'ai 46 ans et cela fait 28 ans que je travaille chez Desbro. Aujourd'hui, après tant de labeur durant toutes ces années au sein de cette compagnie, je suis bien peiné. J'ai sacrifié ma vie au profit de mon travail. Zordi kouma enn vie sifon finn met mwa deor ansam avec 180 travayer. Je n'ai jamais connu le chômage. J'avais tellement confiance en mon entreprise, je voyais mon avenir tellement prometteur : construire ma maison, envoyer les enfants à l'école... J'ai contracté un emprunt bancaire et je dois poursuivre le remboursement. Kouma pou fer...

«Nous déplorons l'attitude du gouvernement, qui n'ait pas bougé le petit doigt pour protéger l'intérêt des travailleurs. Nous ne sommes pas stupides. Nous savons qu'il y a eu des magouilles dans cette affaire. Selman kan lelefan lager, lerbe ki gagn kraze... L'injustice, c'est cela. Je demande à tous les travailleurs ­ de toutes les communautés, de divers horizons ­ de s'unir. Nou linite, samem rampart kont linzistiss ek dominer.»

Nathalie, épouse d'un marin disparu

«Mon mari fait partie des seize marins disparus à bord du King Fish II et V. C'est vraiment une situation bien difficile à vivre parce qu'il était le seul gagne-pain de la famille et nos trois enfants sont encore petits; l'aîné a 10 ans et le dernier 10 mois. Tracy, la cadette, réclameaprès son père. Chaque fois que je l'entends appeler son père, mo leker fer mal. Les gens me disent que Lincoln est décédé. Mais, mo leker na pa ankor aksepte sa. Les gens ne réalisent pas le mal qu'ils nous font.

«Depuis le drame, je n'arrive pas à dormir convenablement. C'est bien chagrinant de constater la disparition d'une personne partie gagner sa vie pour faire vivre sa famille. Nous allons continuer à vivre, mais les choses ne seront plus jamais pareilles. Tu seras toujours dans notre cœur.»

Joanna, fille d'un marin disparu

«Papa, même si je ne te vois pas, tu es toujours dans mon cœur. Tu étais une bonne personne. Tu mettais la joie dans la maison et savais nous faire rire, maman et moi. Ce drame survient alors que je suis en train de faire ma Form V. Je m'arme de courage pour persévérer dans mes études. Aujourd'hui, à l'occasion de la fête du Travail, nous avons une pensée pour toi. Tu seras toujours dans nos pensées. Si maman et moi pleurons, c'est parce que tu nous manques. Il m'arrive parfois de ne pas savoir comment consoler maman... Comment nous consoler ? Papa mo ti kontan toi, mo kontan toi et mo pou touzour kontan toi.»

Wenda, paroissienne de Roche-Bois

«Cinq des marins disparus habitent Roche-Bois. A la suite de cette catastrophe, nous nous sommes réunis pour soutenir les familles. Ziska ler dan kartier nou ankor viv sa soufrans-la. A travers la prière et notre présence, nous soutenons aujourd'hui encore ces familles. Nous te prions, Seigneur, afin que tu continues à nous donner la force de soutenir ces familles et que tu donnes aux familles des victimes la force et le courage de pouvoir surmonter cette souffrance.»

Susie, femme entrepreneur au sein de Nouvelle-Vision

«Nous, les femmes de Nouvelle-Vision, sommes issues des quatre coins de l'île. L'association a été créée à la suite de la Semaine créole de l'année dernière. Nous nous sommes rendu compte de l'importance de se mettre ensemble. Dans la situation économique actuelle, beaucoup de femmes qui ont dans les quarante ans se retrouvent sans travail. Leurs maris aussi. Nou kroir ki pena okenn sitiasyon ki desesperan. Nou kroir ki dans tou sitiasyon bizin gard lespri pozitif.»

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