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Père Pedro ou quand l'amour fait des miracles

Outré par l'extrême pauvreté qu'il a croisée sur son chemin sur la décharge publique d'Antananarivo en mai 1989, le père Pedro, prêtre lazariste, ne pouvait demeurer insensible devant tant de détresse humaine. Face à la misère et la souffrance, il n'a trouvé qu'une seule solution: agir. C'est ainsi qu'il a créé l'œuvre humanitaire Akamasoa ­ «les bons amis» en malgache. A côté de la décharge est né un village où les habitants ont retrouvé la joie de vivre, cela grâce à la persévérance, à l'amour, à l'attention et au bon vouloir de nombreux volontaires, bienfaiteurs et membres de la congrégation des lazaristes.

Après plusieurs années passées dans le sud de Madagascar, le père Pedro est envoyé à Antananarivo pour la formation de séminaristes. Du haut d'une des collines surplombant la capitale malgache, il a découvert l'horreur. «La scène sous mes yeux, presque à mes pieds, ressemblait à une scène de l'apocalypse: les mouches s'agglutinaient par milliers autour de cet amas démesuré de déchets en putréfaction, tandis que femmes, hommes et enfants le fouillaient minutieusement», écrit-il dans son livre autobiographique Combattant de
l'espérance, avec courage, il a pris la décision de retirer de la décharge publique tous ceux qui en avaient fait leur territoire pour y habiter et gagner leur vie.

C'est après plus d'une demi-heure de route, vers une destination qui nous était jusque-là lors inconnue, que nous arrivons à la décharge publique d'Antananarivo. Lieu où quelques années plus tôt on pouvait voir des hommes, des femmes et des enfants fouiller les déchets à la recherche de nourriture ou de petites bricoles (conserves, piles usagées, chiffons, morceaux de métal, bouts de charbon...) qui, mis en vente, pourraient leur rapporter un peu d'argent. Rien n'est perdu à Madagascar. Il suffit de circuler dans les rues de la capitale pour s'en rendre compte.

Le chauffeur du taxi dans lequel nous avons pris place, bien qu'ayant pris des renseignements d'un de ses confrères pour nous y conduire, ne semble pas bien connaître les lieux. Pour cause : qui oserait visiter une décharge publique ? Nous y parviendrons quand même.

Ayant obtenu rendez-vous avec le père Pedro que peu de temps avant la visite, c'est au bout de longues minutes d'attente que la rencontre avec celui qui a changé la destinée de nombreuses familles malgaches a pu se faire. Cela nous a permis de faire la connaissance de la jeune Onja, «vague» en malgache, qui nous explique en grandes lignes ce qu'est l'œuvre humanitaire Akamasoa. Elle nous montre des livres retraçant le parcours du père Pedro et de la mission qu'il a commencée à Antananarivo.

Dignité

Elle nous présente par la suite les enfants de l'établissement préscolaire qui se trouve juste à côté. Heureux de cette visite et surtout attirés et intrigués par l'objectif de notre camera, les enfants s'approchent tout sourire dans le but de se faire prendre en photo. Dans le souci de respecter l'éthique, nous demandons à notre «guide» si cela était possible. «Oui» fut sa réponse, pour le grand bonheur des enfants qui auraient bien aimé qu'on continue à les prendre en photo si la cloche pour le rassemblement n'avait pas sonné. 9 062 enfants sont scolarisés. Ils ont été arrachés de la rue et de la décharge afin qu'ils retrouvent leur dignité. Les salles de classe sont aménagées de façon rudimentaire, mais ici, l'important est de disposer au moins d'un lieu pour pouvoir dispenser des cours aux enfants.

Arrive le père Pedro, pris dans un rendez-vous avec un des bienfaiteurs de l'œuvre. Les présentations faites, c'est à bord de son véhicule tout-terrain qu'il nous emmène de l'autre côté de la colline, là où un village a été construit avec toutes les infrastructures nécessaires. En cours de route, le prêtre nous explique comment tout a commencé et nous notons tout de suite qu'il est une personne adulée par ceux qu'il a tirés de la décharge pour leur redonner leur dignité.

Grande amitié

Partout où il passe, les gens le saluent et, au village, c'est avec grand enthousiasme que petits et grands accourent pour le saluer, pour lui serrer la main ou simplement pour lui dire manahoana - bonjour. Lui, homme affable, accueille humblement ces marques d'affection à son égard. «Quand on sème l'amour, on récolte l'amour. C'est pareil comme le respect», lâche-t-il simplement. On peut sentir qu'une grande amitié s'est installée entre le religieux et ces gens. «C'est le cœur qui parle et agit. Avec les pauvres, il faut savoir les apprivoiser. Tout se fait avec le cœur et pas avec de l'argent. Ils ont compris cela.»

Il remercie Jésus de l'avoir pris comme instrument de sa grâce. C'est d'ailleurs cette foi qui le soutient jour après jour, surtout quand le découragement se fait sentir. Le village est lui placé sous la protection de saint Vincent de Paul, patron des Lazaristes.

Tout en écoutant ses explications, on a du mal à imaginer qu'il y a quelques années seulement, les lieux n'étaient pas habitables, seulement fréquentés par les gens de la décharge en quête d'un moyen de subsistance ou d'un reste de nourriture pour apaiser leur faim.

Espérance

«Quand j'ai vu tant de misère, je ne pouvais rester insensible à cette situation inhumaine. Il fallait agir.» Grâce aux travaux de pacification entrepris dans la région, les habitations

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