p.5foto1

Un homme, un chemin, une rencontre


Sam : de la mort à la vie en abondance

Ne vous arrêtez pas seulement au passé de cet homme, interrogez plutôt sa vie, son courage, ses qualités, sa foi et vous découvrirez qui il est. Lui, c'est Ponsamy Poongavanon, plus connu comme Sam, 52 ans, libéré après plus de 21 ans d'emprisonnement. Cet homme s'est retrouvé, une licence en sociologie de l'université de Bruxelles en poche, pendant plus de cinq ans dans le couloir de la mort. Il aurait pu s'assombrir. Mais une seule rencontre a suffi pour transformer sa vie. La foi qu'il a mise dans le Seigneur l'a ressuscité. Rencontre.

Cette transformation de sa personnalité, Sam la dédie à Jésus-Christ. Celui qui l'a «façonné, pétri, pour [le] faire revenir à la vie». Aujourd'hui, il se dit fier d'être cet homme plein d'espérance et de foi pour affronter les situations les plus difficiles. «Je ne crains plus rien», précise-t-il. Pour devenir cet être rempli de paix et de liberté intérieure, Sam insiste beaucoup sur sa rencontre personnelle avec le Christ ressuscité. «Jésus s'est révélé à moi dans ma cellule de la mort qui s'est transformée en cellule de vie, cellule de paix», affirme-t-il avec beaucoup d'émotion.

Rencontre avec le Christ

Sa découverte avec le Christ a commencé dans la nuit du 12 au 13 octobre 1987 en lisant Sadhu Soondar Singh - un Sikh converti au christianisme. C'était deux jours après l'exécution d'Alexandre Nayeck, condamné à mort après Sam, mais exécuté avant lui. «J'étais seul. Dépressif. J'avais un dégoût pour Dieu et pour cette société, représentée pour moi par ce panel de jury voulant ma mort.» A partir de là, il se pose milles questions. «Je demandais à ce Dieu 'miracle' de me sauver aussi sans toutefois être convaincu.»

Habité par une rage de vivre, Sam décida de faire appel au Privy Council. «Cela coûtait très cher...plus de Rs 500 000. C'était quasiment impossible pour rassembler cette somme.» Mais, petit à petit, les zones d'ombre commencent à s'éclaircir. Etrangement, ses avocats ­ décédés maintenant et à qui il doit encore une immense gratitude ­ ne lui réclament aucun frais ­ ni même pour le billet d'avion. De même pour son avoué. De plus, il jouit d'une facilité gratuite pour les photocopies. «C'était comme de la manne qui tombait du ciel dans ma cellule, mais je n'étais pas en mesure de comprendre cela.»

Le déclic : cette petite voix qu'il entendait dans son cœur lui faisant réaliser que c'étaient des cadeaux de Jésus-Christ. A partir de là, il fait la démarche de chercher une Bible et sera frappé par l'amour débordant de Jésus dans l'évangile de saint Jean. Sam insiste beaucoup qu'il ne s'est pas laissé influencer par autrui. «Jésus lui-même s'est révélé à moi...Il s'est manifesté à moi.» Cependant, dans la prison, il dit connaître une autre prison ­ celle de la barrière de religion. Il fait la connaissance d'Anil Bikhari, pasteur du Christian Revival Centre, en décembre 1987 et fera un parcours avec lui.

Même en prison... libéré en esprit

En acceptant Jésus comme son sauveur, la mort ne lui faisait plus peur... Et cela, bien qu'il fût dans le couloir de la mort. «J'étais dans la certitude qu'une nouvelle vie était en moi. Et je voulais la vivre. Même en prison, j'étais libre par notre Seigneur Jésus-Christ, qui m'a libéré en esprit.» Mais pour continuer sa route avec le Seigneur, il fallait passer par le pardon. Ce que Sam arrivait difficilement à faire... surtout envers ceux qui l'ont blessé. «La prière est le seul chemin.» Il parvient à faire ce saut grâce à cette intimité personnelle quotidienne avec Jésus. Il apprend à prier pour ceux qu'il aime et ceux qu'il arrive difficilement à pardonner.

La persévérance dans la prière lui donnera un regard neuf, un regard nouveau. En Christ, la tristesse, la souffrance émotionnelle n'aura plus de place. «J'ai prié le Seigneur pour qu'Il me donne son esprit de paix, de bonheur et cette joie inexprimable que ce monde ne peut me donner.» Sam connaîtra la grâce du pardon, qui explique-t-il, est une puissance venue le libérer. «Moi seul, je suis impuissant. Ce n'est qu'en Jésus qu'on peut pardonner.» Est venue s'ajouter à cette liberté intérieure, une grande paix intérieure derrière les barreaux. Paix qui se doublera lorsqu'il reçoit un 29 avril 1992 la nouvelle qu'il est gracié par Veerasamy Ringadoo, président de la République d'alors. Sa sentence de mort communée en une peine de vingt ans sans rémission fait déborder son cœur de joie. La vie lui était offerte. Et Sam exprimait sa joie dans sa prière et ses actes quotidiens au sein de la prison.

Animé par une puissance divine

Sa vie prend une autre dimension. Il sera animé par une puissance divine. Le journalisme l'attire. Un métier qu'il qualifie de «noble», reconnaissant que ce métier a donné un grand sens à sa vie. Son père, aujourd'hui décédé, lui paie un cours de journalisme par correspondance de France de 1992 à 1994. «Je voulais faire de ma plume un outil afin de dénoncer les injustices et combattre en faveur des droits de l'homme... Aussi pour informer des souffrances et douleurs des gens.»

1995 : Chute libre, titre de sa nouvelle, sera primé lors du concours Arthur Martial organisé par le journal l'express. 1998 : sa nouvelle Enfance brisée sera primée par l'Académie francophone, en France. Il publiera Condamné amour en 2003 avant de sortir, en 2005, Enfance brisée et d'autres nouvelles. Ces autres nouvelles ajoutées à Enfance brisée veulent, selon leur auteur, sensibiliser la société mauricienne sur les réalités vécues à travers l'île.

La réhabilitation se passe également à travers une vie organisée. Travaillant comme tous les détenus, mais en faisant fructifier ses heures récréatives. «Ce temps est pour moi. Mon rôle de détenu étant terminé, je me mets dans la peau de l'étudiant. Mon défi : rehausser ma capacité de production.» Cela passe par quatre voies : exercices physiques, prière (temps personnel avec le Christ), travail mental à travers lectures et recherches (les livres : ses plus beaux cadeaux), social et émotionnel (visites familiales, lettres et appels téléphoniques).

Liberté et paix intérieures trouvées en Jésus

Cela se traduit encore aujourd'hui au sein de sa demeure familiale, à L'Escalier. Réveil à 3h00 du matin, douche, prière. Jogging et taïchi à 5h00. Une heure plus tard : sur le Net­communication que Sam découvre avec joie. «Une journée se prépare et je la confie au Seigneur.» Sa plus grande richesse est la liberté qu'il jouit pleinement depuis le mardi 27 mars à 7h00. «Ma nouvelle liberté physique est une suite de cette liberté intérieure trouvée en Jésus.» Sam collabore déjà à un hebdomadaire. Croyant fermement à la réhabilitation, il s'est joint à l'ONG Elan. «L'amour, la compassion et le pardon de la société peuvent être les éléments déclencheurs pouvant transformer la vie d'un détenu.»

Sam est venu prouver que les barreaux n'arrêtent pas la vie, pour développer le titre de cette très belle émission animée à la radio par le père Gérard Sullivan et sœur Maud Adam, Baro na pa aret lavi. Sam démontre aussi que Baro na pa aret talan.

Sandra Potié

retour