Santé et sécurité au travail


Travailleurs sous contrat et ceux du
secteur informel : les plus touchés

Le droit à la vie est le droit le plus fondamental. Pourtant, année après année, des hommes et des femmes de par le monde sont privés de ce droit par des accidents et des maladies liés au travail. Et Maurice n'est pas en reste.

Le récent drame en mer de 16 pêcheurs des King Fish II et V ainsi que le décès d'un jeune homme ayant fait une chute sur un chantier de construction à Centre-de-Flacq nous interpellent quant à la question de sécurité et de santé au travail. Les secteurs de la construction et de l'agro-industrie figurent parmi les domaines d'activité où les dangers sont plus grands.

A Maurice, les statistiques de décès suite à des accidents de travail et celles des accidents considérés comme graves sont en constante augmentation. «Les chiffres ayant trait au nombre de décès et de blessés (rapportés en page 25) concernent ceux qui ont passé au moins 24 heures dans un hôpital ou une clinque privée. Le nombre des victimes est trois fois plus élevé et il faut également multiplier par trois pour connaître le nombre de blessés. Il faut également tenir compte que de nombreux cas ne sont pas rapportés, et sont donc absents des statistiques officielles», avance le syndicaliste Reeaz Chuttoo, responsable du volet santé et sécurité à la Construction, Metal & Furniture Employees Union, au sein de la FPU.

Droit à la sécurité

Quels sont les droits d'un employé quant à la sécurité et à la santé au travail à Maurice? Les réponses à cette question sont dans une panoplie d'alinéas du Occupational Safety Health and Welfare Act (OSHWA) de 1988 et promulgué en mai 1989. Les entreprises ou firmes les mettent-elles en pratique ? «Il nous manque une éducation et une formation renforcées et améliorées sur la santé et la sécurité au travail tant pour les employeurs que pour les travailleurs. Il faut une loi adaptée au monde du travail et des moyens pour la faire respecter», précise Reeaz Chuttoo.

La General Constrution Company (GCC) - la plus grosse firme de construction, avec un effectif de plus de 3 800 personnes et plusieurs chantiers à travers l'île - souscrit totalement aux dispositions du OSHWA et dit veiller à ce que les normes de sécurité soient applicables à tous ses employés, sans exception. «Règle N° 1 : le respect des normes de sécurité par l'ensemble de notre personnel, qu'ils soient sur les chantiers, aux ateliers, dans nos bureaux ou dans nos véhicules. Il est primordial pour nous que chaque employé de l'entreprise rentre chez lui, après le travail, dans le même état qu'il était venu au travail», rappelle William Treppie, responsable des relations publiques (PRO) de GCC. Notre interlocuteur affirme que les instructions de son entreprise sur la question de santé et sécurité au travail sont très strictes et précises. «Sur tous les lieux de travail, il faut protéger les employés en leur fournissant des équipements de protection et éliminer les sources de danger.»

Safetty first

Le département Health & Safety (H&S) de la GCC est sous la supervision de Vinod Bhujoo, encadré de Whesley Renolds et de Raj Jugroo, alors que chacun des chantiers est sous la responsabilité d'un officiel H&S et d'une équipe d'employés ayant suivi des cours de secourisme avec la St-John Ambulance et la Mauritius Red Cross Society. L'équipe de H&S de la GCC fait des visites régulières sur tous les chantiers où opère leur entreprise. «Ces travailleurs formés ont pour mission d'intervenir en cas d'urgence sur les chantiers. Ils ont été également formés à la lutte contre des incendies», a souligné Kannee Samba H&S Officer, que La Vie Catholique a rencon

tré sur un site de GCC. Selon la nature de son travail, le travailleur a droit à un casque de sécurité, à des chassures de protection, à des gants et à d'autres équipements nécessaires. «Et il y a également une trousse de premiers soins dans plusieurs points d'une zone du travail. Nous avons un budget important pour la section des équipements de protection personnelle.»

Reeaz Chuttoo explique qu'une des conséquences de la mondialisation est d'optimiser la réduction des coûts de production, ce qui entraîne, estime-t-il, le remplacement des salariés par des machines ; l'obligation d'une production supérieure et de plus longues heures de travail de la part de l'employé ; un stress permanent et moins d'heures de sommeil et de détente...

Certaines firmes ont un budget dérisoire pour la sécurité et la santé des travailleurs. «Pour pouvoir être compétitifs, ces firmes coupent sur le budget de la protection et de la sécurité. Je rappelle que chaque travailleur a droit à un travail décent. Nous n'avons jamais accepté que les accidents et les maladies soient considérés comme des risques du métier. La FPU a, depuis sa création en 1981, revendiqué un environnement de travail sain, avec le moins de risques possibles», explique le syndicaliste Reeaz Chuttoo.

Absence de statistiques officielles

Le syndicaliste Chuttoo cite également une autre absence de statistiques officielles : «Les travailleurs sous contrat et ceux du secteur informel ne sont souvent pas considérés comme victimes d'accidents de travail.» Selon notre interlocuteur, dans certaines entreprises, l'employé est souvent intimidé, voire menacé : «Si to koz safety, pena travay pou twa.» Et l'employé se voit contraint de travailler dans des conditions violant les normes de sécurité. «Chez nous, il n'y a pas que le travailleur GCC à devoir respecter les consignes. Les compagnies sous­traitantes qui sont sur nos chantiers doivent également s'assurer à ce que leurs employés travaillent sans le moindre risque. Ils doivent souscrire totalement aux normes de sécurité de la GCC.»

Dans l'agro-industrie, les spraymen sont les personnes le plus exposées aux effets nocifs découlant de l'usage de pesticides, d'herbicides, de fertilisants et autres produits chimiques. «Il y a aussi ceux qui travaillent chez le petit planteur de cannes et de légumes et qui ne prennent pas les précautions d'usage. Il est très difficile de faire des visites surprises pour ces catégories de travailleurs», a souligné un officiel du Occupational Health & Safety Inpectectorate du ministère du Travail. Notre interlocuteur précise que des campagnes d'information et de sensibilisation sont régulièrement organisées par les autorités. Il rappelle également le manquement tant chez l'employeur que chez l'employé : «La santé et la sécurité sont de la responsabilité de tous les concernés. À quoi servent les lois si elles ne sont pas respectées ? Et si personne ne veille à ce qu'elles ne le soient ?» Tous les interlocuteurs sont unanimes : les normes de la santé et de la sécurité doivent être respectées et appliquées sur chaque lieu de travail pour ces milliers d'hommes et de femmes qui participent à l'économie du pays. Ils résument la santé et la sécurité au travail en cinq mots : information, instruction, formation, supervision et protection.

Sylvio Sundanum

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