Célibataires consacrées


Etre disponible à l'image du Christ

La religion catholique regorge de laïcs engagés, certains faisant le vœu de célibat. Rencontre avec Revelene Romero et Flavienne Léon, laïques consacrées au sein de la Communauté du Chemin-Neuf.

Merci de vous présenter ?

Je suis Revelene Romero, 32 ans, originaire des Philippines. Je suis à Maurice depuis un mois. Je suis ingénieur industrielle de formation. J'ai vécu huit ans au sein de la Communauté du Chemin-Neuf en France.

Je suis Flavienne Léon, engagée dans la communauté du Chemin-Neuf depuis une dizaine d'années. Je suis une célibataire consacrée est à plein temps au service de la Communauté. Et je suis à Maurice depuis quatre ans, après un détour par la France et la Martinique.

Célibataire consacrée. Que devons-nous comprendre par ce terme ?

Flavienne Léon : Le célibat consacré se traduit par le fait de donner pleinement sa vie à Jésus. C'est un peu ce lien que le couple a en se mariant. Et pour faire simple, on peut dire que je me suis «mariée» ave le Christ.

Et comment est-ce qu'on arrive à ce choix de vie-là ?

Flavienne Léon : Ce n'est pas un choix qu'on fait comme ça, un beau jour. Il est une suite d'un long cheminement. J'ai eu le désir de me marier, de fonder une famille. Mais à la suite d'une retraite, j'ai entendu l'appel du Seigneur à me donner davantage dans le célibat. A ce moment-là, les choses étaient claires. C'était là que le Seigneur me voulait. C'était là que moi aussi je voulais être parce que j'avais une manière de voir les choses et le rêve de quelqu'un qui soit parfait et cela, seul le Christ l'est !

Quel type d'homme vouliez-vous à l'époque pour fonder cette famille ?

Flavienne Léon : Un homme qui soit un ami, un frère dans le sens le plus large du mot. Quelqu'un sur qui je pouvais vraiment compter, m'appuyer et qui nous porterait dans une relation qui allait vers la vie.

Est-ce difficile de trouver ce type d'homme ?

Flavienne Léon : Oui. Je ne trouvais pas chez les hommes les qualités que je recherchais.

Et à quel moment on se dit toute sûre de soi : «Oui, le célibat est ma voie» ?

Flavienne Léon : Comme je le disais précédemment, cette conviction forte découle d'un cheminement dans le temps. Avec le Seigneur, on dit au départ un petit «oui» et puis les choses se font dans le discernement. Et c'est un «oui» sans cesse renouvelé. Parce qu'au fond, on reste profondément humain, avec ses besoins, ses faiblesses

Ingénieur industrielle et aujourd'hui célibataire, laïque engagée à plein temps dans une communauté. Comment avez-vous fait le pas ?

Revelene Romero : C'est un appel à suivre le Christ, en attendant de voir clair dans mon désir du mariage. Mon choix n'est pas encore pleinement posé. La communauté m'aide à avancer dans mon cheminement et mon discernement. Cet appel à suivre le Christ, de donner mon temps à la mission m'aide à mûrir mon choix de vie.

Est-ce que les gens autour de vous comprennent votre choix de vie ?

Revelene Romero : Pas trop. Pas toujours. Pour beaucoup, ce n'est pas une «vie normale». J'ai fait des études supérieures ; pour certains, je devrais maintenant être en train de soigner ma carrière professionnelle. J'essaie de faire comprendre que c'est une vie normale, mais aussi différente de leur conception. Cela dit, ma vie est tout aussi normale que celle de n'importe quel autre être humain : on mange trois fois par jour, on dort autant que les autres C'est une vie normale, sauf qu'elle a pris un chemin différent.

Et de quoi est faite votre vie ?

Revelene Romero : De prière, de temps de partage fraternel, de temps de mission, de service.

Comment vivez-vous cette réalité d'une communauté composée de célibataires, de célibataires consacrés, d'hommes et de

femmes mariés ?

Flavienne Léon : Pour ma part, cela représente un pilier de la vie communautaire. Je m'explique : en étant avec des familles, des célibataires, nous nous complétons dans la vie de tous les jours.

Peut-on parler de vide affectif dans votre vie ?

Flavienne Léon : Il y en a certes, bien que je parlerais plutôt de solitude. Lors de tels moments, je choisis à nouveau de dire oui au Seigneur eu égard à mon choix initial. Pour être à sa suite et remplie de sa présence.

Revelene Romero : La solitude est aussi une réalité du couple ­ on en parle peut-être moins. Elle n'est pas que l'apanage du célibataire.

Flavienne Léon : J'en ai beaucoup parlé avec des couples qui m'ont ouvert leur cœur. Je crois aussi que cet échange franc m'a aidée à avancer. J'en déduis que l'on soit marié ou pas, on passe par cette étape à différents moments de sa vie. Tout simplement, dans le couple, par exemple, l'attente que l'on peut avoir à l'égard de son vis-à-vis n'est pas toujours présente et satisfaite. En conséquence, on vit des tranches de solitude. Ces tranches de solitude font partie de la vie et de chaque être humain.

Etre en communauté aide-t-il à mieux vivre son célibat ?

Flavienne Léon : La communauté est certainement importante. On ne se sent pas aussi seul. On sait qu'on a des frères et sœurs autour de soi, avec qui je peux partager mes moments difficiles, qui peuvent m'aider à voir clair et me donner une parole pour que je puisse avancer.

A combien de célibataires êtes-vous au sein de la Communauté du Chemin-Neuf de Maurice ?

Flavienne Léon : Nous sommes à quatre.

Comment expliquer ce nombre réduit ?

Flavienne Léon : Je ne crois pas que ce soit lié à une méconnaissance de la Communauté. A mon avis, parce que c'est difficile de dire oui ; on ne sait pas où on va, ce qui nous attend. Il est sûr qu'un tel engagement suppose qu'on meure à quelque chose. Et aujourd'hui, il devient de plus en plus difficile de faire ce pas. Ce que je dis là est aussi vrai pour la vie de couple, qui exige renoncement, si ce n'est mourir à soi-même.

Vous êtes très souvent entourées de jeunes, à travers la Fraternité 14/18.

Quel regard portent-ils sur votre choix de vie ?

Flavienne Léon : Au premier abord, ils sont surpris quand ils apprennent que nous sommes des célibataires consacrées. Ils s'attendent souvent à nous voir porter le voile. Cela leur fait tout drôle de nous voir habillées comme eux. Et cela amène des interrogations du genre : on peut être soi et s'engager aux cotés du Christ.

Comment vivez-vous l'absence de maternité ?

Flavienne Léon : D'une certaine manière, le fait de travailler avec les jeunes me fait quelque part goûter à cette maternité. Je ne donne certes pas la vie physiquement, mais certainement spirituellement. Et c'est, je le pense, tout aussi riche.

Et l'avenir ?

Flavienne Léon : Il est entre les mains du Seigneur ; Lui seul le dira !

Revelene Romero : Je dis oui au Seigneur, confiante qu'il s'occupera de moi, portée aussi par les frères et sœurs de la communauté.

Propos recueillis par
Danièle Babooram


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