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Les nouveaux célibataires : un choix de vie

On constate une montée du célibat chez les jeunes professionnels dans un monde d'occasions de rencontres démultipliées. Paradoxe ? Rejet du mariage ? Conception différente de la vie ? Quelques éléments de réponse.

Le célibat autrefois et aujourd'hui n'est plus le même : il y a quelques années, le célibat était mal vu, perçu comme un échec à trouver quelqu'un/e avec qui partager sa vie. Avec pour conséquence des clichés rattachés à la personne célibataire : «Enn vie amani, enn vie anmerdan», un être difficile à vivre, avec une vie des plus rangées et des frustrations à la pelle et logeant souvent chez les parents.

Mais aujourd'hui, le ou la célibataire est souvent un/e professionnel/le, avec dans son bagage des études supérieures. Il ou elle a, assez souvent, son propre appartement ou fait tout pour réaliser pleinement cette indépendance, une vie des plus prenantes, une bande de potes...

Se réaliser autrement

«Etre célibataire n'est plus une tare de nos jours», lance Sandesh, 39 ans, Manager dans une usine de textile. «On ne se réalise plus uniquement que par le mariage.» Analyse que reprennent d'autres observateurs, qui estiment que de nos jours, d'une part, c'est «la vie professionnelle qui confère statut et identité». Et que, d'autre part, «les valeurs traditionnellement attachées au célibat ­ par exemple, l'individualisme et la liberté ­ ne sont plus aujourd'hui autant méprisées. Au contraire, elles sont aussi revendiquées par les couples où chacun a sa voiture, sa bande d'amis et fait des sorties avec sans être obligatoirement accompagné de son conjoint(e)...»

Mais encore que les facilités de la vie moderne - matériel électronique, fast-food à chaque coin de rue - aient grandement allégé la vie du célibataire homme. «Le célibat n'est plus subi ; il peut être vécu sereinement avec de telles facilités», confie Sandesh.

Choix de vie

Michael avoue être «célibataire par choix». Cet enseignant d'une école spécialisée ne se sent toujours pas prêt à prendre la responsabilité d'une femme et des enfants. «J'aimerais tant que tout soit nickel et marche sur des roulettes. J'ai peur de ne pas réussir, d'autant plus que j'ai dans mon entourage beaucoup de couples qui ont échoué leur vie conjugale.» Cet interlocuteur, qui a longtemps cherché sa vocation, est arrivé à une conclusion claire : «Vaut mieux être heureux seul que mal marié et malheureux à deux.»

Il ne subit pas de pressions familiales pour se caser et mène une vie trépidante : «Je fais plein de choses et je n'ai pas le temps de penser que je suis seul. Les autres me voient épanoui et dans ma tête, je me sens quelqu'un de libre ; tout cela me conforte dans mon choix de vie.»

Des propos que nuance Roselyne, professionnelle de la publicité. Des années de célibat «bien vécues» lui font dire aujourd'hui, à l'âge de 45 ans, que «l'homme et la femme ne sont pas faits pour vivre seuls. Même si on a fait un choix libre, on aurait tant voulu avoir de temps en temps un vis-à-vis. Le vide affectif, on le ressent à n'importe quel âge, mais on le gère en se donnant à fond socialement, professionnellement... Au point où je me demande si des fois le rayonnement professionnel ne fait pas écran au vide affectif». Un vide affectif qui fait que depuis quelque temps, un certain nombre de célibataires femmes de son entourage s'installent à deux autour de 47 ans.

Du célibat, elles sont nombreuses les personnes de l'extérieur à en voir qu'un aspect. Ainsi, explique Roselyne, on parle très peu du coût financier du célibat. «Si t'es pas financièrement solide, impossible de vivre un célibat pleinement assumé : il faut se loger, manger, boire, établir une vie sociale... Je connais des célibataires qui ont essayé de vivre pleinement leur indépendance, mais qui, après quelques mois, ont dû plier bagage et retourner chez les parents.»

S'assumer pleinement

Autre chose, surtout pour la célibataire : assumer sa sécurité. Roselyne se dit d'ailleurs très souvent «angoissée» à ce sujet. «Dans un monde de plus en plus violent, les gens te voient entrer et sortir de ton appartement seule. Même si tu es équipée en matière de gadgets sécuritaires, le subconscient ne peut s'empêcher de travailler.» Et de raconter l'anec

dote qui a eu lieu récemment lors de la livraison d'un ameublement chez elle : «Quand les ouvriers m'ont demandé si j'étais seule et si je pouvais trouver quelqu'un pour tout monter, j'ai dû répondre 'Oui' et que 'Mon mari le ferait'. Pas question de leur laisser comprendre que je vivais seule !» Et puis, il y a le subconscient qui ramène de temps à autre d'autres préoccupations : en cas de maladie, comment les choses se passeront-elles ? De quoi sera fait l'avenir ?... «On a beau être professionnelle, être financièrement stable, il y a des questions récurrentes qui amènent des coups de blues, reconnaît Roselyne. Quand tu regardes les neveux et nièces qui ont grandi, tu prends, par exemple, la mesure des choses et tu te dis : 'Tiens, moi, que suis-je devenue?'»

Tolérance à géométrie variable

Quid du regard des autres sur les célibataires ? «Je côtoie jeunes, vieux, célibataires, couples,
raconte Michael. A priori, je ne vis pas de problème d'intégration.» Et ce, en insistant que ce constat est valable «à ce jour».

«A Maurice, on t'éloigne quand tu es une célibataire d'un certain âge, constate pour sa part Roselyne. Les hommes ont moins ce problème. On est plus tolérant envers une divorcée. D'ailleurs, je constate que pour régler ce problème de regard, de tolérance, certaines femmes célibataires ont accepté d'avoir un enfant. Etre mère célibataire et professionnelle fait monter dans le statut social.» Ce qui donne à réfléchir.

Norah, 41 ans, attribue son célibat aux priorités qu'elle s'était données dès son jeune âge. «Réussir ma vie en tant que professionnelle m'a toujours accompagnée comme principe de vie. Pour ce faire, il fallait miser sur l'éducation et avoir mon chez-moi. Il était par conséquent hors de question de mélanger flirt et études.» Son parcours secondaire terminé, Norah a investi son énergie dans son travail. Par la suite, elle l'a canalisée vers des études supérieures sur le tard, et à nouveau dans sa profession et ses nombreuses responsabilités sociales.

Prince charmant ?

A-t-elle l'impression d'avoir raté quelque chose? «Il m'arrive de le penser, lance-t-elle. Mais la vie reprend vite ses droits. Je fais la part de belles choses: la satisfaction du chemin parcouru, de l'éducation acquise, de la profession qui m'épanouit et me valorise...» Et d'ajouter, dans un grand éclat de rire: «Je ne sais pas si mon célibat est pour la vie, mais cela ne veut pas pour autant dire que je rêve d'un prince charmant.» Un prince charmant que d'aucuns lui prédisent difficile à trouver. «Je reconnais que ma forte personnalité et mon caractère bien trempé font peur. Ils sont nombreux à me dire : 'Mo pa trou twa marie. Bann zom morisien tro kontan bann fem soumiz.'» Un prince charmant que Norah aussi bien que Roselyne conçoivent d'abord comme un «ami dans le sens le plus large du terme».

Cheminement vers l'acceptation

Norah a vécu sa part de pression familiale. De la part d'un papa qui conjugue mariage avec sécurité. D'une sœur qui lui a déclaré un jour sa «honte» à avouer à ses amies qu'elle avait une sœur célibataire. «Mais quand elle s'est retrouvée encore célibataire au même âge, elle a compris et les choses ont pris une meilleure tournure.»

Fort heureusement, le respect de sa mère à l'égard de son choix de vie a toujours réconforté Norah. De plus, les amies du collège et de l'université ne posent plus aujourd'hui la question : «Quand allons-nous goûter ton gâteau de mariage ?»«Elles ne me font pas sentir mon statut de célibataire. Je me sens à l'aise avec elles et avec leurs maris. Aujourd'hui, la traditionnelle question s'est transformée en la boutade suivante : 'T'es heureuse comme tu es : no problem!'» Mais le regard de certaines personnes issues surtout de communauté asiatique interpelle toujours Norah. «Elles me demandent : 'Ki fer to pa rant maser ?'» Une interrogation que Norah attribue à ses engagements professionnels et sociaux ainsi qu'à la vie saine qu'elle mène.

Danièle Babooram

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