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Femme à libérer

«Nous vivons une époque formidable !», dit la chanson. Epoque que beaucoup considèrent important de montrer qu'ils vivent avec le progrès. Et notre lénifiante station de radiotélévision nous passera en boucle l'image de l'homme public devant son ordinateur. Cela ne s'arrêtera malheureusement pas à la technologie de pointe...

Certains de nos compatriotes pensent qu'il est valorisant de prendre systématiquement comme modèles l'Occident et ses valeurs. Et cet état d'esprit se retrouve encore quand on lit dans la presse tout se qui se rapporte à certains faits de société, plus particulièrement à la sexualité.

L'acquittement des trois stripteaseuses cette semaine vient nous rappeler comment plusieurs personnalités s'étaient étonnées du remous autour de cette activité. Ces compatriotes présentaient ce métier comme n'importe quel autre, avançant que dans certains pays «avancés», les boîtes de striptease sont monnaie courante. Et quelques journaux s'étaient même livrés à du voyeurisme, avec photos de ces malheureuses, présentées comme des pionnières et briseuses de tabous.

En oubliant une évidence : et si c'était votre sœur, votre mère ou votre épouse qui était impliquée dans cette pratique assimilée, à tort ou à raison, à la prostitution ? Chose frappante à l'époque : nul n'avait dénoncé l'image dégradante de la femme dans cette activité, la véritable victime considérée comme pur produit de consommation.

Dans le même souffle, nous ne pouvons que condamner la précipitation gouvernementale à vouloir présenter son Sexual Offences Bill avec une absence de concertation et de réflexion sur des aspects controversés de ce projet de loi.

L'affirmation d'Ashok Jugnauth à l'effet que les femmes du monde rural ne

savent pas ce qu'est la sodomie pousse à la réflexion. Que cette déclaration soit exagérée ou non, il demeure que cet aspect du projet de loi a causé une perte de repères chez de nombreux couples. Nous savons bien qu'en termes de sexualité plus qu'autre chose, il est difficile de définir exactement ce qu'est la norme. Pour beaucoup, ce qui était certitude est aujourd'hui remis en cause.

Avec les dispositions du projet de loi pre-Select Committee, ce qui était du domaine du fantasme devient accessible et réalisable. Pour certains hommes qui n'en ont cure de consentement et pour qui la loi s'arrête à l'entrée de la chambre à coucher, l'interdit et la non-transgression pourraient désormais faire partie du devoir conjugal. Epée de Damoclès sur la femme.

Et dans ce débat amorcé autour de la dépénalisation de la sodomie, peu d'intervenants ont abordé les dangers au niveau médical ou psychologique de cette pratique. Les temps ont changé : fini, nous assure-t-on, les mâles faisant pression par rapport au sexe ; désormais, ce sont les femmes qui prennent l'initiative. Foutaises ! Quand on regarde de plus près la situation de la femme, même si elle a acquis une certaine liberté, elle demeure toujours vulnérable en ce qu'il s'agit de violence conjugale et de viol.

Nous vivons toujours dans un monde de machos. Et même pour certains hommes s'affirmant «ouverts», le «NON» de la femme signifie souvent «OUI». Partenaires, oui ; mais pas égaux. Et notre législation doit veiller à protéger les plus vulnérables. Pour que notre autre moitié du ciel ne vive pas l'enfer.

Erick Brelu-Brelu


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