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Le ballet d'ombres

On ne saura jamais exactement ce qui s'est «trafiqué», sous tapis, pour amener la fermeture de Desbro et son lot de travailleurs jetés sur le pavé, comme autant de déchets. Tout s'est passé à l'ombre des tractations. Là où seuls comptent la puissance de l'argent et le jeu des influences. Au détriment de tout le reste. Fût-il la misérable bouchée de pain des familles jetées sur le pavé.

On donnera beaucoup pour déchiffrer le ballet d'ombres derrière les financiers du charbon, partenaires en sous-main du CEB, à La Chaumière, pour générer l'électricité à la place de la bagasse, produit local. Le choix, entre le charbon, ce produit houiller, étranger, et la bagasse, produit cannier, mauricien, le choix devrait être on ne peut plus clair. Mais tout est théâtre d'ombres.

Le charbon est sud-africain. L'usine est malaisienne. Les nuisances à l'environnement seront elles, sans doute, mauriciennes, sans qu'on s'en émeuve ! C'est dans l'ombre que, paraît-il, pareille transaction est à son meilleur avantage. Quelle est la part du jeu de pouvoir et de l'influence de l'argent derrière ce méga projet, 5 milliards, dit-on ! Attend-on un désastre écologique pour que le public voie tout, enfin, jaillir à la lumière du jour ? Le ballet d'ombres derrière des projets de cette taille laisse le champ libre aux supputations diverses quand l'information vraie ne passe pas.

Coup-fourré

Saura-t-on un jour pourquoi, d'un coup, alors que le projet de fermeture des trois usines Riche-en-Eau, Mon Désert, Mon Loisir, arrive à son terme, l'Etat inclut et exige, comme coup fourré, subit et sorti de l'ombre, une réclamation régalienne de 2 000 arpents de terre? Cette exigence pour être à la lumière de grand jour ne devrait-elle pas venir avant ou en cours des discussions ? Venue après, elle a l'air issue d'un ballet d'ombres infamant.

Nous dira-t-on jamais un jour comment on fait pour couper 150 millions de roupies du budget du ministère du Tourisme, aprèsm dit-onm des consultations prébudgétaires ardues, pour payer les frais de SC et de HSC, sans que, dans les faits, cela semble avoir aucun effet sur la politique du tourisme encore florissante. Quelle sombre magie budgétaire a-t-on trouvée ? Dans les sombres ors et apparats de l'Etat, on exige des terres ici aux uns, mais là-bas, aux autres, comme à Richelieu, c'est 500 arpents du patrimoine foncier que l'on accorde à des seuls financiers chinois, pour cause de développement. Sans trop être sûr si c'est sur le pays que tomberont les effets de croissance où si c'est sur cette compagnie chinoise. Par ailleurs, combien d'autres portions du patrimoine foncier ont été des fois perverties en l'absence de lumière adéquate sur un véritable plan d'occupation du sol national et de ses possibilités d'exploitation ? On a bien vu lors du vote de la taxe sur la propriété foncière (National Property Tax), qu'il a été rendu compte, par ni plus ni moins que le Premier ministre lui-même, qu'il n'existe point de véritable plan cadastral national. Avec comme résultat, décision premier ministérielle, qu'un

comité nouveau va s'en occuper, préalable à l'application de cette taxe, proposée dans la totale obscurité des réalités du cadastre.

Absence de transparence

Saura-t-on un jour dans quel ballet d'ombres se jouent les jeux d'influence et de manigances derrière tous ces corps d'Etat qui n'ont pour «Independent» que leur appellation. L'Independent Boardcasting Authority en est un. C'est un corps «indépendent» que de nom sans pouvoir empêcher le jeu de l'ombre du pouvoir et des influences qui font que la Radio et la Télévision nationale fonctionnent comme une officine de la seule puissance d'Etat plutôt que comme un bien public, libre et ouvert, au service de la collectivité. La Commission indépendant contre la corruption est, depuis quelque temps, sortie d'une politique tonitruante d'arrestation et d'accaparement des pouvoirs de police, durement sanctionnée en Cour suprême, pour une pratique amorphe où, force est souvent, de parier qu'il y a plus de choses à enterrer que de choses à mettre en lumière. Se passent de commentaires bon nombre de ces corps d'Etat dits «Authority» qui n'ont «d'Authority» que par les jobs, faits à des pléthores de nominées et d'apparatchiks qui donnent un ballet d'ombrageuses influences, privant ces «Authority» d'une véritable capacité de bien fonctionner.

Nous vivons à l'ère d'une aveuglante absence de transparence dans la gestion des biens de la Nation. On nous cache plus que ce qu'on nous en montre. On dit moins et mal ce qui est. On qualifie le dossier du MAB sur Desbro, déposé au Parlement, de Draft comme hier on qualifiait de Draft un autre dossier du MAB sur l'éducation à propos du coût, du simple au double, d'un élève du secteur d'Etat et celui d'un autre du secteur privé. L'absence de transparence est érigée, ici comme là, en méthode officielle de gestion nationale. Des dettes politiques électorales sont ici biffées. Là, des petits, surendettés, ont besoin de recourir à des grèves de la faim et à des manifestations de rues pour arracher par la force du poignet le Borrower Protection Bill

Vivement plus de vérité dans ce que l'on dit et ce qu'on fait. Sinon, si le mandat de la présente législature est, pourquoi en douter, dans la durée, peut-être, l'heure est venue dans certains domaines de gestion publique d'un remaniement ministériel. Vivement du changement quelque part pour éviter que la part d'ombre qui voile des pans entiers de gestion publique ne s'étende et ne dégénère en un ballet mortifière pour tous.

Sergge Ng Tat Chung

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