Elections législatives seychelloises


James Michel : «J'insisterai pour que
les règles de transparence et de bonne conduite
soient à l'honneur du pays»

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Les Seychellois s'apprêtent à participer aux élections législatives les 10 et 11 mai prochain. Après l'entretien du leader de l'opposition, Wavel Ramalawan, dans notre dernière édition, faisons maintenant connaissance avec le projet du Seychelles People's Progressive Front (SPPF), à travers James Michel, son leader et président de la République des Seychelles.

Quel est le bilan du gouvernement en exercice ?

J'ai formé ce gouvernement au lendemain de mon élection à la présidence de la République, il y a huit mois seulement, et je dresserai son bilan au terme de la mission que je lui ai confiée.

Ceci dit, je suis dans l'ensemble satisfait de son action.

Voyez-vous, je n'appartiens pas à cette catégorie d'hommes politiques qui réclament le changement à tout prix, le changement pour le changement afin d'entretenir une certaine surenchère électorale !

Je crois très sincèrement que la société seychelloise se transforme en profondeur dans un monde qui évolue rapidement et dans lequel les défis de toutes sortes se multiplient. Vous le remarquez, je préfère parler de transformation et d'évolution. C'est moins immédiat et moins spectaculaire, mais un homme d'Etat ne peut se contenter de considérer le court terme ; sans vision à moyen terme et à long terme, il n'est pas crédible.

Le rôle du gouvernement est d'accompagner cette transformation au mieux des intérêts du pays et de la population. De ce point de vue, le gouvernement en place fait son travail avec sérieux et détermination en veillant - pour moi, c'est essentiel - à ce que nous ne perdions pas les acquis de notre développement. Surtout à l'heure où nous nous battons pour être pris en compte sur la scène internationale, comme petit Etat insulaire et comme pays à revenus intermédiaires; à l'heure aussi où nous avons pris pour un an, avec enthousiasme et l'envie de bien faire, la présidence de la Commission de l'océan Indien (OI).

Et puis, il appartient aussi au gouvernement de défendre tout ce qui fait l'identité nationale, cette culture seychelloise au sens large du terme et qui recouvre nos traditions, notre sensibilité, notre style de vie, mais aussi notre mode de pensée et nos façons d'agir pour le bien de la communauté.

Il n'y a pas de mystère : nous vivons dans un monde de plus en plus égoïste. Prenons, par exemple, le chiffre de la solidarité mondiale : il est tombé, en un an, de 0,33% du PIB des pays donateurs à 0,30%. Que penser des promesses du Millénaire en 2000 aux Nations unies et des grandes déclarations du G8 à Gleneagles, en Ecosse, en 2005? Ne devait-on pas alors doubler les sommes consacrées à l'Afrique?

C'est dans ce contexte mondial difficile que nous devons nous protéger et éviter d'être marginalisés. Je dois ajouter, au crédit de mon gouvernement, que les chiffres du tourisme, de la pêche et des investissements étrangers sont positifs et encourageants. Mais il y a encore du travail devant nous pour que nous atteignions ce niveau de compétitivité et de productivité qui permettra aux Seychelles d'affirmer pleinement son potentiel humain et économique sur la scène régionale et internationale. C'est la tâche première du gouvernement dans les mois et les années à venir.

Et comment analysez-vous les chances du SPPF de rester aux affaires du gouvernement ?

Le SPPF remportera cette élection : je n'ai absolument aucun doute quant à l'issue du scrutin. Mon optimisme repose sur deux éléments décisifs. Tout d'abord, les électeurs seychellois mesurent parfaitement le sens et la portée de cette élection, dans la continuité du vote présidentiel qui a écarté le Chef de l'opposition, Wavel Ramkalawan, en juillet dernier.

Il est logique, pour appliquer le programme politique sur lequel j'ai été moi-même élu, que je puisse m'appuyer sur une équipe de députés qui soutiennent la décision de la majorité des Seychellois. Les électeurs ont bien compris que c'est cette logique-là qui me donnera les moyens de bien remplir mon mandat.

Et puis, il s'agit d'élire les représentants des districts qui siègeront à l'Assemblée nationale. Or, le SPPF est fondamentalement un parti de proximité connaissant bien les difficultés et les aspirations de la population. C'est le grand avantage de ce parti, qui s'est toujours impliqué dans la vie locale et a ainsi une solide notoriété : celle que donne l'action de terrain au service de tous et en faveur du logement, de l'emploi, de l'éducation, de la santé et des autres services publics. Ne l'oublions pas : la stratégie de développement des Seychelles est centrée sur l'homme et les électeurs ne s'y trompent pas ; ils savent reconnaître ceux qui font des promesses en l'air et ceux qui prêchent par l'exemple.

Quels seront les grands axes de la campagne électorale du SPPF ?

Après ma victoire aux élections présidentielles de juillet 2006 et compte tenu de l'agitation regrettable par laquelle, début octobre, l'opposition a cherché à mettre en danger notre stabilité et notre développement, mon parti se tourne à nouveau vers le peuple et lui demande de choisir quel avenir il veut pour les Seychelles.

Le SPPF entend conserver une majorité forte à l'Assemblée nationale. C'est un fait. Ceci dit, notre campagne vise aussi des gens qui ont des opinions différentes pour qu'ils comprennent qu'au niveau actuel de développement qui est le nôtre, les membres de l'opposition doivent être plus responsables, plus sérieux et se comporter comme de vrais patriotes prêts à défendre les intérêts de leur pays.

Mon gouvernement a rendu publique sa stratégie pour doubler en dix ans le produit national brut (PNB) des Seychelles, qui est aujourd'hui de US $

8 700 par tête. Afin d'atteindre un stade de développement plus élevé, je crois que nous devons amener notre Nation à travailler davantage et à rassembler son énergie dans une même direction.

Le SPPF veut des représentants plus actifs dans leur communauté. J'ai déjà dit ouvertement aux candidats SPPF qu'ils devront travailler plus dur encore, mieux défendre les intérêts des gens dans leur circonscription et organiser des réunions au moins deux fois par an pour savoir ce que la population autour d'eux pense et veut.

Parce que nous avons maintenant des perspectives et un programme de développement plus ambitieux, il nous faut le soutien d'une majorité forte à l' Assemblée nationale. Je suis persuadé que ce soutien ne nous fera pas défaut et, ainsi, nous pourrons atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés.

Quid du projet de société du SPPF pour les Seychelles dans les prochaines années ?

Ce qui différencie le SPPF des autres partis seychellois, c'est qu'il met en œuvre un projet de société et non pas une série de mesures opportunistes cherchant à passer pour un programme de gouvernement. C'est un projet de société qui s'articule autour de trois exigences : la sécurité, la confiance et l'espoir.

­ La sécurité, qu'il s'agisse de paix civile et d'harmonie sociale ou de lutte contre la précarité, d'aide aux plus démunis, d'égalité des chances et d'amélioration du niveau de vie. Je pense aussi à la sécurité offerte aux investisseurs comme aux petites et aux moyennes entreprises. Je pense enfin à cette sécurité qui relève d'une protection efficace de l'environnement et de la bonne gestion des ressources naturelles.

­ La confiance ensuite, dans les valeurs démocratiques qui fondent la République, dans le fonctionnement de ses institutions et des services publics, la santé et l'éducation notamment, mais aussi la confiance dans le système de bonne gouvernance mis en place, dans la conscience citoyenne des électeurs et dans la force de cette solidarité qui unit la communauté seychelloise.

­ Enfin, l'espoir dans le devenir collectif de notre société nationale et dans le mieux-être qui résulte de la contribution de chacun à l'économie et au développement du pays. Tous les Seychellois, sans exception, doivent se sentir acteurs à part entière de ce développement.

C'est donc un projet de société ouvert et tourné vers l'avenir, un projet qui garantit à chaque génération des conditions de vie meilleures que celles qu'ont connues les générations précédentes.

Comment travailler pour que ces élections se déroulent dans le calme, le fair-play
et le respect de la démocratie de part et d'autre ?

Après moins de quinze ans de multipartisme, les électeurs seychellois font preuve d'un niveau de maturité politique que beaucoup de vieilles démocraties ont mis de nombreuses décennies à atteindre. Les élections récentes aux Seychelles se sont déroulées de manière satisfaisante, à en croire les commentaires unanimes des missions d'observateurs internationaux.

Nous savons par expérience qu'aucune démocratie n'est à l'abri d'incidents, avant, pendant ou après un cycle d'élections. Ce risque concerne les Seychelles au même titre que les autres pays de la région.

Je crois qu'il en va d'abord de la responsabilité des hommes politiques car le fair-play, le respect des autres, l'acceptation des différences d'opinion sont des qualités individuelles avant de devenir des mots d'ordre.

J'accorde beaucoup d'importance à la valeur d'exemple des conseils que donnent les hommes politiques mais aussi les autres leaders d'opinion, les hommes d'Eglise, les journa-listes, les enseignants, les animateurs de la société civile, en particulier.

C'est une responsabilité partagée, mais je puis vous assurer, en tant que président de la République, que je me fais une idée très claire et très précise de ma responsabilité personnelle et que je n'accepte ni le désordre, ni la provocation, car dans un pays d'un peu plus de 80 000 habitants, le désordre et la provocation sont, plus encore qu'ailleurs, des armes de déstabilisation et de destruction. Les électeurs ne sont pas dupes.

Je crois de ce fait au dialogue et à l'écoute. Je crois qu'il est important aussi d'anticiper le type de réponse que les forces de l'ordre peuvent être amenées à apporter dans l'une ou l'autre de ces situations et de veiller à ce que cette réponse soit le plus possible en rapport avec la nature même du
danger.

Gouverner c'est apprendre, c'est tirer les leçons de l'expérience et ne pas renouveler les erreurs que l'on a pu commettre. Pour ma part, et en tant que président de tous les Seychellois, j'insisterai pour que les règles de transparence et de bonne conduite soient à l'honneur du pays et confortent cette image paisible et heureuse qui correspond à la réalité à ce que nous sommes et qui fait des Seychelles une destination touristique et un pôle d'investissement avec des avantages de tout premier plan.

Propos recuellis par


Danièle Babooram


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