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Rosemay Abraham


La force tranquille au service des Guides

Après avoir consacré 60 ans de sa vie au guidisme, Rosemay Abraham sent qu'elle a encore à donner au mouvement. Aujourd'hui présidente de la Mauritius Girl Guides Association, elle fait partie des décorés de la République avec le President Distinguised Service Medal (PDSM) pour service volontaire. Heureuse de tout ce qu'elle a accompli jusqu'ici, elle dit puiser sa force de Dieu, sans qui elle n'aurait rien pu accomplir.

Elève à l'école Henri Buswell, c'est tout naturellement que Rosemay intègre la Diocesan Girl Guides and Scout Association, mouvement nouvellement formé. Elle a alors sept ans. Heureuse de pouvoir servir les autres et de s'épanouir dans le mouvement, elle s'y consacre pleinement. Le groupe compte alors des garçons et des filles anglicans et catholiques ainsi que des autrement croyants. «Le guidisme a été mon dada. Petit à petit, j'ai gravi les échelons, après avoir été Guide, j'ai été Ranger, cheftaine, commissaire de district, commissaire nationale, commissaire internationale...» Elle occupe les fonctions de présidente du mouvement depuis l'année dernière.

Riche expérience

C'est grâce à son engagement qu'elle a été choisie à plusieurs reprises pour représenter Maurice à diverses conférences internationales et sessions de formation. Une des expériences qui l'a plus marquée : sa rencontre avec la famille royale britannique et d'avoir pu loger dans les appartements de lady et lord Baden Powell, fondateurs du scoutisme et du guidisme. «J'étais alors commissaire nationale du mouvement. Avec Olga Yerriah, nous avons été en Grande-Bretagne pour une session de formation. C'était pour nous un très grand privilège de pouvoir être logées au Buckingham Palace et de rencontrer des membres de la famille royale : la reine mère, la princesse Anne et sa cousine Alexandra.»

Désignée par le Bureau mondial des Guides comme responsable de la région Afrique, elle se retrouve à visiter les compagnies de guides dans divers pays d'Afrique et aide à relancer le mouvement des guides dans les pays francophones comme le Burundi, le Rwanda et le Sénégal. C'était de 1978 à 1980.

«Cela a été une riche expérience de passer ces deux ans en Afrique, à vivre sous la tente, à manger et à boire des choses que je n'aurais pas consommé à Maurice. Au Sénégal, j'ai mangé des feuilles de manioc écrasées et cuites comme des brèdes avec du riz et du poisson. C'était succulent ! J'ai aussi fait l'expérience de la vie communautaire, où tout le monde s'assied en cercle et puise de la nourriture dans le même grand plat.»

S'adapter

A l'aise dans tout ce qu'elle a vécu, Rosemay Abraham dit n'avoir éprouvé aucune difficulté à s'adapter aux différentes situations qui se sont présentées à elle. «Par la façon dont j'ai été élevée par mes parents et les outils que m'a donnés le guidisme, cela n'a pas été trop dur. De toute évidence, avec les autres guides, nous sommes comme dans une famille et il n'y a pas de barrières entre nous. Le fait d'appartenir au mouvement ouvre les portes et on est accueilli n'importe où, on s'adapte facilement et on se fait des amies partout.»

Le fait d'avoir fait partie du Model Girls Club, un groupe de théâtre, a également contribué à ce qu'elle soit

extrovertie. Son aisance est d'ailleurs à la base de sa double consécration pour le prix de Best actress en 1964 et 1965. Elle a aussi fait partie de la chorale œcuménique Pro Musica du temps d'Yves Cundasamy et a présenté des opérettes.

Le guidisme a contribué à l'épanouissement de Rosemay Abraham et lui a beaucoup apporté comme la confiance, à être ponctuelle, à être disciplinée et à être une personne digne de confiance. «L'amour pour le mouvement m'a permis de tenir pendant tout ce temps. Je me sens bien dans ce que je fais et être guide m'a permis d'affirmer ma personnalité et me faire beaucoup d'amies.»

Institutrice, ses plus belles années à faire ce métier ont été celles où elle a travaillé à l'Association de parents d'enfants inadaptés de l'île Maurice (Apeim). «J'ai travaillé pendant 10 ans avec les handicapés et cela a été une riche expérience. Je me suis sentie bien dans ce que je faisais. Cela a été l'apogée de ma fin de carrière.»

A la retraite depuis 1999, Rosemay Abraham ne reste pour autant pas les bras croisés. Membres de deux clubs de service, Soroptimist International et Women Corona Service Club, elle est aussi secrétaire à la Sacim, association qui s'occupe d'envoyer à l'étranger les enfants inopérables à Maurice. Dans ses temps libres, elle aime jouer aux mots croisés et mots fléchés, faire de la lecture, regarder des émissions de jeu françaises (Questions pour un champion, Un contre 100, Des chiffres et des lettres...) qui sont pour elle source d'enrichissement, étant des jeux éducatifs. «Cela m'aide à améliorer mes connaissances générales.»

Repas en famille

Discrète, Rosemay Abraham n'est pas du genre à faire état de sa réussite sociale. Dans sa maison, l'on retrouve des portraits des membres de sa famille qui ont réussi sur le plan académique et sur d'autres plans. Mais elle ne souhaite pas trop en parler. Invitée à parler de son enfance, les yeux pétillants, elle raconte ce temps où elle vivait avec ses huit frères et sœurs. «C'est formidable d'avoir une famille nombreuse. Je revois l'époque où on jouait ensemble au boul kas kot, La mok devire, Sapsiwaï et au cerf-volant qu'on s'amusait à fabriquer nous mêmes. Il n'y avait pas autant de maisons autour de nous et on profitait aussi de la grande cour familiale.»

Elle regrette que les enfants d'aujourd'hui ne connaissent pas de tels plaisirs et que les parents ne soient plus aussi présents auprès de leurs enfants à cause du travail. C'est une des raisons pour laquelle la société a changé, selon elle. «Nous étions bien encadrés par nos parents. Mon papa était sévère et la pratique de la religion était importante pour lui. Les repas se prenaient tout le temps en famille. Cela est un manque dans les familles d'aujourd'hui.»

Rosemay Abraham se dit heureuse de tout ce qu'elle a pu accomplir jusqu'à présent, grâce à la force divine et à sa formation dans le guidisme qui lui permettent de faire sa BA (Bonne action) quotidienne. Pour elle, son but sur terre, c'est d'être au service des autres car, dit-elle, «je me suis souvent retrouvée à m'occuper d'un membre de la famille qui était malade». Le dernier qu'elle a accompagné, c'est son frère aîné, décédé il y a un mois.

Jean-Marie St-Cyr

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