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Les frères de Jésus

Jésus a-t-il eu des frères ? -- Sans aucun doute, nous sommes frères et sœurs de Jésus. Il le dit lui-même expressément : «Quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère et une sœur et une mère.» (Mat. 12,50). Mais ce n'est pas de cette fraternité-là que nous parlons ici. Précisons donc la question : Jésus a-t-il eu des frères au sens propre du mot, des frères de sang ? Autrement dit, Marie, après avoir mis Jésus au monde, a-t-elle eu d'autres enfants ?

S'appuyant sur quelques passages du Nouveau Testament, et donnant au mot «frère» le sens précis qu'il a dans nos langues modernes, certains auteurs concluent que Marie a eu d'autres enfants et a donné à Jésus de vrais frères de sang. Mais en réalité, comme nous allons le voir, dans le parler courant des Juifs, à cette époque, le mot «frère» avait un sens beaucoup plus large et pouvait désigner aussi bien un frère au sens propre qu'un neveu, un oncle, un cousin... bref, un parent plus ou moins proche.

L'Église primitive n'a jamais douté que Jésus fût l'unique enfant de Marie

Le christianisme est né dans le giron du judaïsme. Même si les évangiles ont été écrits en grec, et même si le message et les valeurs évangéliques ont une destination universelle, cela ne les empêche pas d'être fortement marqués par les modes d'expression en usage dans ce milieu culturel particulier. Ce qui explique que, dans les trois premiers siècles de l'Église, historiquement plus proches des événements fondateurs et du berceau culturel du christianisme, la question des «frères de Jésus» ne troublait personne dans l'Église. Pas même les évangélistes, puisqu'ils ont employé, sans se gêner, l'équivalent grec de «frère», adelphos, dans le sens général que ce mot avait dans leur milieu.

De fait, l'Église primitive n'a jamais douté que Jésus fût l'unique enfant que Marie ait mis au monde. Au concile d'Éphèse, en 431, la virginité perpétuelle de Marie est clairement exprimée en même temps que son titre de Theotokos, Mère de Dieu. Dans la liturgie, elle est alors célébrée comme l'Aeiparthenos, la Toujours Vierge. Mais rien ne vaut l'examen des textes bibliques pour les laisser parler eux-mêmes. Commençons par ceux de l'Ancien Testament, qui nous permettront d'établir l'usage que les Hébreux et les Juifs faisaient du mot «frère».

«Frère» dans l'Ancien Testament

Contrairement au grec et à nos langues modernes, l'hébreu est une langue pauvre. De

plus, dans ce milieu culturel, on attachait beaucoup d'importance à établir l'origine israélite des ancêtres pour bien marquer l'appartenance de telle ou telle personne au Peuple de l'Alliance. Aussi bien, si les mots «âb» (père) et «bar» (fils) avaient un sens précis, le mot «ah», lui, qui signifie frère, était utilisé dans un sens très large et pouvait désigner divers degrés de parenté. Les exemples ne manquent pas.

Ainsi, avant d'aborder l'histoire d'Abraham, le livre de la Genèse prend soin de la faire précéder d'une généalogie qui part de Noé et aboutit à Térah -- toujours ce souci d'établir rigoureusement la filiation des personnes. Térah eut trois fils: Abram (Abraham), Nahor et Harân (Gen 11, 25-26). Au verset suivant, nous rencontrons Lot, dont il nous est dit qu'il est le fils de Harân. Lot est donc le neveu d'Abram.

Or voici ce que nous lisons, deux chapitres plus loin : «Abram dit à Lot 'Qu'il n'y ait pas de querelle entre moi et toi, entre mes bergers et les tiens, car nous sommes des frères'» (Gen 13, 8). Ici, le mot «frère» désigne respectivement l'oncle et le neveu. L'usage est confirmé au chapitre suivant : «Abram reprit tous ses biens, et aussi son frère Lot et ses biens, ainsi que les femmes et les gens.» (Gen 14, 16). De même, Laban appelle Jacob «frère» (Gen 29, 15), bien que celui-ci soit son neveu, puisque la mère de Jacob, Rébecca, est la sœur de Laban (Gen 28, 1-2).

Mais, voici un passage décidément incompréhensible si nous devions donner au mot «frère» le sens précis qu'il a dans nos langues modernes : «Éléazar mourut sans avoir de fils, mais seulement des filles, qu'enlevèrent les fils de Qish, leurs frères.» (1 Chroniques, 23, 22). Si Éléazar mourut sans avoir de fils, il est évident que ses filles n'eurent pas de frères. Mais le verset précédent nous a appris que Qish est le frère d'Éléazar. Si bien que «frères» a ici le sens de cousins germains.

Les «frères de Jésus» dans le Nouveau Testament

On rencontre dans le Nouveau Testament plusieurs passages où il est question des «frères de Jésus». Le plus explicite est celui où est rapporté le mauvais accueil que Jésus reçut à Nazareth. Ses compatriotes étaient «choqués à son sujet, écrit saint Matthieu, et se dirent les uns aux autres : 'Celui-là n'est-il pas le fils du charpentier ? N'a-t-il pas pour mère la nommée Marie, et pour frères Jacques, Joseph, Simon et Jude ? Et ses sœurs ne sont-elles pas toutes chez nous ? D'où lui vient donc tout cela ?'» (Mat 13, 55-56). Dans ce passage, des noms sont cités : Jacques, Joseph -- que saint Marc appelle José --, Simon et Jude. Nous allons donc pouvoir vérifier s'ils sont les

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