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Homa Mungapen (Conseil des religions) :

«Revoir les lois, mais pas au détriment de nos valeurs»

Les propositions gouvernementales pour la légalisation de la sodomie font des vagues. Homa Mungapen, du Conseil des religions, répond aux questions de «La Vie Catholique» sur le «Sexual Offences Bill».

Le Conseil des religions s'est réuni lundi pour discuter de la situation dans le pays. Quelles sont les grandes lignes de vos délibérations ?

On a discuté d'une proposition faite au gouvernement pour l'institution d'une plateforme qui pourrait aider à faire face à la situation que le pays a connue avec «l'affaire des haut-parleurs». Nous vivons dans une société où, à chaque fois qu'il y a un problème, nous sommes appelés à faire preuve de tolérance parce que nous devons cohabiter. Il faut analyser des événements sujets de divergence totale et nécessitant plus de compréhension, de tolérance et de patience de la part de chacun quant à nos pratiques religieuses.

Cette plateforme comprendrait des personnes de corps religieux, hommes de loi, militants des droits humains et sociologues. Ils verront ensemble, au niveau de la loi, de la morale et de la religion, comment trouver un accord. La proposition a été faite au gouvernement et maintenant, nous attendons.

Pourquoi créer une plateforme alors que vous existez déjà ?

La plateforme n'était pas là - c'est cet événement qui nous a fait réfléchir sur le sujet. Aujourd'hui, c'est le problème des haut-parleurs des mosquées ; demain, ce sera un autre problème. A chaque fois qu'il y a un problème, il y a révolte. Cela alors même qu'on parle de la laïcité de l'Etat mauricien. Nous sommes appelés à vivre ensemble, à coopérer, à comprendre notre prochain. Il y a donc quelque chose d'assez concret à faire au sein de cette plateforme, mais pas seulement par rapport à ce problème, mais pour voir la situation dans son ensemble.

Cette plateforme serait comme une commission élargie et spécialisée du Conseil et invitera ce dernier à se pencher sur les questions en lien avec les lois du pays, nos religions et certains sujets de société. Le Conseil se pencherait alors sur la mission interreligieuse pour le bien-être de notre société.

Que pense le Conseil du «Sexual Offences Bill» ?

Nous n'avons pas discuté de l'ensemble du projet de loi, mais il est évident qu'augmenter les peines en cas d'agression sexuelle est une bonne chose. Cependant, la sévérité d'une loi ne va pas changer le caractère des gens.

Et la légalisation de la pratique de la sodomie?

L'ensemble de nos religions est contre cette pratique. C'est bien de vouloir rendre Maurice «moderne», mais pas au détriment de nos valeurs. Car demain, face à des problèmes, il ne faudrait pas se plaindre d'avoir perdu nos valeurs, les acquis et richesses de notre pays. En proposant de tels amendements, nous les mettons en péril. Ce n'est pas parce que les gens le font qu'il faut le légaliser. Il y a des tas de choses que les gens font : vols, viols... Faudrait-il les légaliser ?

L'Attorney General parle d'hypocrisie de la société.

Qu'en pense le Conseil des religions ?

Doit-on rendre légal tout ce que font certains ? C'est vrai que l'on vit dans une société où nous sommes en proie à beaucoup d'hypocrisie, mais il faudrait plutôt réfléchir sur nos mesures. Légaliser ne veut pas dire que l'on a trouvé la solution. Il faut revoir les lois : nous sommes tous d'accord dessus. Mais pas au détriment de nos valeurs et de nos richesses. On souhaite que l'Attorney General donne un temps et un espace au public et à chaque Mauricien de prendre position et de s'exprimer sur cette question.

Qu'a décidé le Conseil suite à sa réunion ?

Nous le dirons haut et fort et partout : nous sommes contre la légalisation de la sodomie. Nous n'allons pas manifester, mais nous continuerons à faire passer notre message à travers les médias. Si le Parlement adopte le projet de loi, nous mettrons nos fidèles devant leurs responsabilités.

Les débats au Parlement ont été renvoyés et le gouvernement propose l'institution d'un Comité d'élite de la Chambre. Qu'en pensez-vous ?

Il va de soi que nous accueillons favorablement cette initiative et que nous déposerons devant cette instance pour faire valoir notre point de vue et nos convictions.

Propos recueillis par


Jean-Marie St-Cyr


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