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Des hommes d'honneur

C'est désormais un cliché : à chaque élection, rien de nouveau sous le soleil. Notre paysage politique ressemble aux telenovellas : alliances, mésalliances, trahisons, adultères, cocufiages, promesses rompues... Le folklore, quoi !

Qu'en est-il des acteurs de ce navet qu'on nous impose? D'abord, il y a ceux qu'on appelle les bêtes politiques. Si nous examinons leur parcours, nous constatons qu'ils étaient tous, au début, animés de convictions profondes. En politique, l'homme n'est pas comme le bon vin : avec l'âge, il ne ressemble à rien à ce qu'il était au départ. Nos compatriotes âgés de 40 à 50 ans revoient avec nostalgie l'émotion que suscitaient les grandes envolées idéologiques des années 70-80.

Nous sommes tellement habitués, voire résignés à l'omniprésence de ces bêtes politiques que leur discours ne nous surprend plus. Pragmatiques quand ils sont au pouvoir, partageant la douleur du peuple une fois dans l'opposition.

Conscients de ce désabusement, nos politiques nous offrent, à chaque élection, du sang neuf. Si certains ne sont que des clones de leurs leaders, il arrive que d'autres soient réellement porteurs d'espoir. Ce qui nous pousse à nous interroger : que font-ils dans cette galère ? Surtout quand on sait combien il est difficile de lutter contre l'appareil des partis, de ne pas se salir les mains.

Autre type d'hommes et de femmes politiques : les opportunistes, certains réellement compétents et qui ne ratent jamais une occasion, à travers les médias, de montrer comment ils sortent du lot et méritent un maroquin ministériel. Quitte à agir parfois en kamikaze.

Plus chanceux sont ces inconnus, sortis de nulle part, mais qui pour des raisons inavouables se voient confier de hautes responsabilités. Et aux

fidèles, vieux de la vieille, à se sacrifier pour faire de la place. Si ces nouveaux venus mordent la poussière aux élections, leur parti, vainqueur des urnes, les casera dans une ambassade d'une grande capitale ou à la présidence d'un important corps paraétatique. Pour être ainsi valorisés, il va sans dire que ces «jeunes» loups possèdent des qualités vraiment exceptionnelles

Ces hommes propulsés au pouvoir sont malgré tout à plaindre... Souvent pris à partie par leurs adversaires et ceux de leur propre bord politique. Par les backbenchers, la presse, les électeurs. La cause est entendue : ces derniers sont tous des jaloux qui n'arrivent pas à reconnaître leurs compétences hors du commun et leur esprit de sacrifice. Comment ne pas admettre qu'ils sont là pour servir ce peuple admirable ?

Et ces mal-aimés n'hésitent pas à se dévoiler. Leur présence lors des cérémonies religieuses, les valeurs familiales et humanistes qu'ils y prônent le confirment : l'homme privé est aussi transparent et limpide que ne l'est l'homme public. Comment peut-on alors mettre en doute leur engagement ?

Car leur prestation comme ministre parle d'elle-même : ce sont des hommes d'honneur, intègres, pour qui le bien commun passe avant toute autre considération. Et qui vivent au quotidien le serment qu'ils ont prêté de servir loyalement la République et son peuple.

Et le sort de ces nombreux chefs de famille licenciés et de ces compatriotes qui s'appauvrissent ne les empêche nullement de dormir sur leurs deux oreilles. Le sommeil des justes, quoi...

Erick Brelu-Brelu


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