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Bastion catholique réunionnais

Le hasard fait parfois bien les choses, notamment en suscitant notre réflexion commune. Hier encore, notre évêque, Mgr Maurice Piat, C.S.Sp., n'hésitait pas, dans sa Lettre pastorale pour le carême 2007, d'attirer notre attention sur les nuages s'amoncelant à l'horizon de notre diocèse, notamment en raison d'une régression du nombre de prêtres. La conférence des évêques des îles de l'océan Indien se réunira du 20 au 27 avril à La Réunion et examinera peut-être ce problème. Il se trouve que L'Express de France (No 2909 du 5 au 11 avril 2007) consacre un dossier de 8 pages sur le dynamisme des religions pratiquées à La Réunion, sous le titre parlant de «l'exception réunionnaise».

Ce titre indique bien que l'objectif de cet hebdomadaire est de situer celle-ci dans le contexte de l'élection présidentielle en France et dans les DOM-TOM, élection, entre autres, dominée par le poids nouveau d'une population hétérogène, issue d'une immigration qui inquiète certains milieux hexagonaux. L'Express de France se plaît donc de consacrer sa couverture au «modèle religieux réunionnais», qu'illustre une photo également très parlante, montrant l'évêque de La Réunion, Mgr Gilbert Aubry, participant à une marche dans les rues de Saint-Denis, accompagné de chefs religieux, entre autres hindous et musulmans. Ce dossier tient à souligner le dialogue interreligieux réunionnais qu'il qualifie d'exemplaire, mais aussi le renouveau de l'hindouisme réunionnais, l'unité de l'islam et un «catholicisme triomphant» qui tranche quelque peu avec la crise qui inquiète la catholicité mauricienne, plus particulièrement ses dirigeants.

Le lectorat de «L'Express»

Attardons-nous plus particulièrement sur ce dernier volet du dossier de L'Express de France. Une réserve s'impose toutefois d'emblée. Rien ne nous oblige de le considérer comme parole d'évangile. Nous devons toutefois tenir compte qu'il sera lu par des centaines de milliers de lecteurs et pas seulement hexagonaux. Cela lui donne une portée internationale appréciable et une audience pouvant être bénéfique auprès d'un lectorat pas particulièrement perméable aux réalités religieuses et même catholiques.

Le volet catholique de ce dossier est intitulé : «Un vrai bastion du catholisme». Une autre remarque s'impose ici. L'Express de France a tendance à comparer favorablement la catholicité réunionnaise par rapport à la pratique religieuse en France. Nous autres, nous avons tendance à comparer la présente pratique religieuse dans le diocèse de Port Louis à celle qui avait cours dans les années fastes 1950 et 1960, soit celles du vicariat général de Mgr Jean Margéot et de la première génération dominante de prêtres mauriciens. Le ciel paraissait alors la limite tant l'aspect innovateur et réformateur l'emportait sur toute autre

considération. Depuis, la quantité à tendance à céder le pas à la qualité, ce qui n'est pas sans nous inquiéter à juste titre, car le Christ nous laisse un ordre de mission universelle («Allez évangéliser toutes les nations») et non élitiste. De ce fait, tout baptisé non pratiquant nous perturbe et à bon escient.

L'article de Marianne Payot fait état des 71 paroisses du diocèse de Saint-Denis, des 185 églises et chapelles, des 120 prêtres dont 50% de Réunionnais. Un bilan de santé que Mgr Gilbert Aubry qualifie de «miraculeux». Il se réjouit plus particulièrement des années de son épiscopat comptant jusqu'à quatre ordinations sacerdotales. Elle souligne ses 31 ans d'épiscopat qu'elle qualifie de «plus long en France». Il est dit dans ce dossier que les séminaristes «reflètent bien l'arc-en-ciel réunionnais et montrent que l'Evangile de Jésus Christ passe bien dans toutes les cultures».

Réunion v/s France

Marianne Payot a beau jeu de comparer les 80% de Réunionnais qui sont catholiques contre seulement 51% de Français se déclarant baptisés et les 10 à 40% de pratique religieuse, «selon les lieux», précise Mgr Aubry, contre les 8% de Français allant à la messe plus ou moins régulièrement. Elle parle des grandes fêtes liturgiques et des grands pèlerinages rassemblant des foules par milliers et même par dizaines de milliers. Le père Arnaud, dominicain, curé de la cathédrale, ose même dire que «s'il y avait plus de pratiquants réguliers, le clergé ne saurait où les mettre, car les lieux de culte sont déjà pleins».

Cette présentation du catholicisme réunionnais s'achève sur les appréhensions que suscite la double pratique religieuse. Si celle-ci comporte un risque de syncrétisme religieux, on peut aussi parler de double, sinon de multiple, affinité religieuse qui, bien comprise et bien assumée, peut devenir une source d'enrichissement spirituel et susciter une nouvelle génération de fidèles, davantage ouverts aux autrement croyants, facilitant d'autant leur perméabilité au message évangélique de Notre Sauveur Jésus-Christ.

Les voies de Dieu sont impénétrables et il n'est pas toujours aisé de distinguer sa grâce de nos pesanteurs quand nous réfléchissons au devenir de la chrétienté à Maurice comme dans le reste des Mascareignes. La foi, la confiance, l'espérance et l'amour fraternel, transcendant nos barrières religieuses et culturelles, restent plus que jamais de mise.

Yvan Martial

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