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Dangereux amalgame

C'est un fait irréfutable : de nombreux médias, tant locaux qu'étrangers, connus pour leur attachement à la laïcité, voire pour certains leur anticléricalisme, ont répercuté dans le passé les propos de Jean-Paul II. Et ce dernier n'avait jamais hésité à se prononcer sur des sujets de brûlante actualité : inégalité sociale, corruption, mondialisation, guerre du Golfe, atteinte aux droits humains... Plus près de nous, dimanche dernier, la dénonciation en règle de presque l'ensemble des conflits de la planète par Benoît XVI a bénéficié d'un traitement important de la presse mondiale.

Cela fait longtemps qu'on ne peut plus accuser le christianisme d'être enfermé dans une tour d'ivoire. Et depuis longtemps, nul ne s'étonne des prises de position publiques de responsables d'Eglise sur des faits d'actualité. Au contraire, certains reprochent à l'Eglise de demeurer silencieuse sur certains enjeux de société !

Si les propos de ces hommes d'Eglise sont répertoriés à travers les médias, c'est à cause de la pertinence de leur regard, même s'il est parfois arrivé qu'ils ratent le coche.

Notre monde, où prévaut la loi du plus fort, accueille bienveillamment toute prise de parole publique dénonçant l'inacceptable. Mère Teresa, Desmond Tutu, Martin Luther King... Ces hommes et femmes, malgré leur appartenance à des institutions religieuses, n'ont jamais hésité à exprimer leur opinion sur des enjeux sociaux, politiques et économiques. Et jamais n'ont-ils été accusés d'avoir porté atteinte à la laïcité. Au contraire, ils ont reçu le prix Nobel de la paix.

Dans un pays pluriel comme le nôtre, l'Eglise est consciente qu'elle doit

exercer son «droit d'ingérence», son rôle prophétique avec responsabilité. Il est malheureux, voire burlesque, de parler d'ingérence de l'Eglise dans les affaires de l'Etat à propos de l'homélie de Mgr Maurice Piat à la messe chrismale. Homélie où l'évêque de Port-Louis se contentait de rappeler, de manière succincte, une réalité économique et sociale maintes et maintes fois reprise dans la rue et dans les médias.

Nous serons les derniers à nier qu'il y a des combats à mener dans le domaine de la laïcité de l'Etat : liens occultes entre politiques et organisations dites religieuses, nominations politiques sur des critères autres qu'objectifs...

Et, comme l'a démontré la récente polémique suite au jugement dans l'affaire de l'appel à la prière par haut-parleurs : le danger ne vient pas de l'Eglise. Il est malheureux que de dangereux amalgames ont été faits par certains médias. N'est-ce pas agir en pyromane que de rechercher, dans l'urgence, une déclaration d'un homme d'Eglise pour son avis sur ce jugement ? Si dérapage il y a, il vient de certaines soi-disant «stars» des médias qui confondent les genres et n'arrivent pas à rendre à César ce qui est à César...

D'où l'importance de la prise de position du Conseil des religions, qui se range du côté de la loi. Cela rejoint l'affirmation de Khal Torabully, lors d'un débat sur la laïcité: «Se référer à la loi est une condition pour préserver la paix civile.» Et l'Etat laïque est la seule à pouvoir assurer la coexistence de toutes les religions. Point barre.

Erick Brelu-Brelu


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