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Ecologie


L'île Plate : désastre écologique en vue...

L'Ile Plate est menacée par l'afflux de touristes qui se pressent sur ses côtes vierges, à une heure des plages saturées de Péreybère. «Chaque fois qu'un bateau jette l'ancre, c'est un mètre carré de corail qui meurt» : constat d'un écologiste.

L'eau limpide, le sable blanc, les pailles-en-queue peuplent le ciel tout bleu, les geckos aux couleurs chatoyantes qui flânent sur les troncs des filaos, l'air pur, vierge de toute construction d'hôtel... l'île Plate est magique. Ironiquement pourtant, sa beauté risque de lui être fatale. Le flot de touristes qui foule l'île chaque jour, ajouté à un sérieux problème d'érosion peuvent lui faire perdre tout son charme.

Reef Mauritius, une ONG écologique, l'affirme : l'île Plate est en danger. La dégradation de la barrière de corail provoque un grave problème d'érosion. Si des mesures adéquates ne sont pas entreprises, ce sable blanc, tant goûté par les pique-niqueurs, sera emporté par les flots. Il ne restera alors que ces étendues de coraux morts, qui peuvent d'ailleurs déjà être aperçues dans quelques coins de l'île.

«Les principaux responsables sont les hommes», accuse sans passer par quatre chemins Iain Watt, responsable de Reef Mauritius. Depuis que l'homme a été séduit par la pureté de cette île, ils sont des centaines à s'y prélasser, sept jours sur sept. «L'île accueille chaque jour une moyenne de 150 à 200 personnes, principalement des touristes», explique Benjamin Rose, opérateur de trimaran depuis une douzaine d'années. Du coup, cette zone marine est intensément fréquentée, au péril des espèces qui peuplent ses eaux.

«Bouées d'amarrage»

«Chaque fois qu'un bateau jette l'ancre, c'est un mètre carré de corail qui meurt», constate Jennifer Ah-King, écologiste. Et si quelques secondes suffisent pour détruire ces coraux, il faut compter des années avant que ceux-ci repoussent et atteignent la bonne dimension pour abriter les poissons et être d'efficaces barrières. «Les coraux les plus rapides poussent en moyenne de 1 à 1,5 cm par an. Un corail patate ne pousse que de 1 mm par an», explique l'écologiste.

Reef Mauritius en est convaincu. Si la mer balaie peu à peu la plage de l'île Plate, c'est à cause des vagues puissantes qui s'écrasent sur ses côtes ­ et ce en l'absence d'une barrière de corail

solide, capable de briser la force des flots.

Au lieu d'essayer de faire pousser des arbres pour retenir le sol ou de construire des barrages constitués de roches et de fil métallique qui longeraient la plage, Reef Mauritius mise sur la conservation et la protection des coraux à travers un projet de «bouées d'amarrage».

S'inspirant d'une méthode déjà utilisée dans d'autres pays, l'organisation a placé des bouées à divers endroits stratégiques dans les eaux entourant Maurice, évitant ainsi aux bateaux de jeter l'ancre et de mutiler les fonds marins. Trois bateaux peuvent s'accrocher à une bouée. Des contrôles pour s'assurer de l'efficacité de ce projet sont aussi effectués. «Nous avons constaté qu'il y avait plus de coraux et de poissons dans les lieux où nous avons aménagé des bouées», raconte Jennifer Ah-King. A ce jour, Reef Mauritius a placé plus d'une vingtaine de bouées en mer. L'organisation fait aussi de la sensibilisation et de la formation afin d'atteindre un maximum de personnes.

Agrandir la passe

Une autre menace guette l'île Plate. «Nous avons eu vent que les autorités songent à ouvrir la passe pour permettre à de plus gros catamarans d'accoster l'île, à l'exemple de ceux qui vont à l'îlot Gabriel», explique Benjamin Rose. «Quelques personnes sont d'ailleurs venues en repérage mercredi 21 mars dernier», croit-il pouvoir affirmer.

La perspective de tels travaux ne réjouit pas l'opérateur de trimaran et encore moins les écologistes. «Pour agrandir la passe, il faudra détruire une partie de la barrière de corail. Il faudra aussi creuser», explique Jennifer Ah-King.

Si ce projet se concrétise, ils seront plus d'une dizaine de gros catamarans à débarquer leur marée de touristes sur l'île chaque jour. Les différentes espèces de lézards, dont le Orange Tail Skink (un lézard à queue orange, unique au monde), les pailles-en-queue, les crabes et autres crustacés, les tortues qui viennent y pondre et les nombreux poissons qui peuplent ces eaux pourront dire adieu à leur quiétude.

Iain Watt reste cependant optimiste. Selon lui, il y a de fortes chances que le projet n'aboutisse pas parce que «la destruction de coraux est un problème international. C'est interdit dans le monde».

Martine Théodore

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