Ming Chen : Confiance et conviction

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Né à Pékin, Chine, Ming, enfant, retourne à Maurice, en compagnie de sa mère, alors que la révolution culturelle battait son plein. Son père, il ne le reverra que cinq bonnes années après. Il coule des jours paisibles entre ses parents, poursuivant ses études, d'abord à l'école N.-D.-des-Victoires RCA, puis au collège du St-Esprit, et baigné dans un environnement commercial prononcé : le restaurant Magic Lantern, la librairie Le Cygne...

Apres le collège, il s'engage dans la compagnie de pêche de son père. «C'était un créneau difficile. J'y ai connu des moments extrêmement pénibles : perte d'un bateau, mort d'hommes... J'ai vite réalisé que ce secteur n'était pas pour moi.» Ainsi, Ming lâche tout et s'embarque sur le tard pour un Advanced Diploma in Marketing en Grande-Bretagne. «Les voyages accumulés et la maturité ont fait que j'ai pris beaucoup de plaisir aux études. Mo inn byen tir zi bann profeser-la», se remémore-t-il, avec un large sourire.

Excellente qualité de vie

Toute une expérience qui l'amène, très jeune, à apprécier, à valoriser ce qu'il a. «Je n'ai jamais été tenté par l'émigration. J'ai eu la chance de visiter plus d'une trentaine de pays et la comparaison me fait toujours apprécier l'excellente qualité de vie à Maurice. Certes, ailleurs, j'aurais pu aspirer à un travail mieux rémunéré, mais je n'aurais été qu'une personne, un anonyme au sein d'une société.»

Sa force, Ming la puise dans les liens familiaux. D'ailleurs, ce fut lui l'initiateur de dîners réguliers réunissant des parents et sa belle-famille. «Je tenais à ce lien, aujourd'hui bien établi.» Tout comme il tient aussi à la communication. «C'est vraiment dommage qu'on n'y accorde pas toujours toute l'attention nécessaire. Combien de personnes, dotées de bonnes intentions, se mettent les autres à dos tout simplement à cause d'un déficit de communication ? Elles ne trouvent pas le mot, la phrase, le ton qu'il faut.» Une vérité qu'il retrouve aussi dans le domaine sportif, créneau où il est actif. Et qu'il a appris à aimer au collège, marqué par les belles prouesses sportives de son établissement.

Adulte, Ming répond positivement à l'invitation du Centre national de formation de football (CNFF). «Ce fut une belle découverte. J'y ai rencontré des gens simples : Jacques Malié, Akbar Patel, Désiré L'Enclume... Des gens de toutes communautés et de tous bords.»

Sa mission : dégager des stratégies de sponsoring. Et le voilà donc qui approche les firmes, cherchant du travail pour les «élèves» du CNFF, leur enlevant dans la mesure du possible le souci économique, travaillant avec la famille afin qu'elle soutienne le sportif... Les projets fourmillent dans la tête de Ming, mais la fermeture du CNFF vient y mettre un frein...

Son retour aux sports, Ming le fera à l'occasion des JIOI 2003. Il a la responsabilité de tout le volet accréditation : concevoir un système fiable, trouver les appareils, design de la carte, introduire le concept du code-barres, «liaiser» avec d'autres - Microsoft, FRCI - pour la création de logiciels spéciaux aptes à gérer les divers besoins...

Travail rondement mené

«Le tout n'a pas toujours été facile, mais le boulot a été mené à bon port», explique Ming. Au point que les autorités feront une fois de plus appel à ses services pour les CJSOI 2006 et les Championnats d'Afrique d'athlétisme de la même année. Pour la première activité, ses efforts sont vite réalisés et le budget de Rs 2 M passe à Rs 4 M (argent et dons) en un rien de temps.

Ici, Ming innove : point de mécénat. Il intègre les sponsors dans l'équipe de marketing, leur déléguant un pouvoir certain. «Ce fut une win-win situation, propice à la synergie entre entreprises de différentes tailles ; l'une s'appuyait sur l'autre pour véhiculer son image. C'est dans ce même souffle que j'ai imposé les back drops dans les stades.» Pour les Championnats d'Afrique d'athlétisme 2006, à la veille de l'arrivée des consultants, Ming est toujours dans le flou. Mais le soutien indéfectible de Michael Glover va le porter. Il retrousse ses manches et parachève comme un maître sa part de responsabilité : installation de la Press Room, de la téléphonie, mise en

place d'un réseau pour le data capture...

Compatriotes capables

«Si dir mwa zordi fer sanpionat du mond, mo kapav, s'exclame-t-il sans une once de vantardise. Même si cela signifie beaucoup de demandes, des tensions et une énergie énorme. Je suis convaincu de la capacité des Mauriciens à faire de belles choses. They've got the knowledge, but they do not always have the will.»

Membre du Managing Committee du Trust Fund for Excellency in Sports, Ming sera présent pour la préparation des JIOI 2007 et des Jeux d'Afrique.

Ici, Ming tient à rendre hommage à son épouse, à ses enfants, à ses parents et à ses employés. «Tous, d'une façon ou d'une autre, m'ont permis de me libérer et de mener plusieurs activités de front.» Décoré de la République pour services rendus dans le domaine sportif, Ming Chen y voit là une «reconnaissance» de l'Etat mauricien. Mais aussi un «exemple pour motiver les jeunes à s'impliquer» davantage. «Il y a dehors des gens valables, capables. But above all, we've got to change our mind-set.»

La vie trépidante de Ming repose sur la discipline, l'honnêteté, le franc-parler, même s'il s'avère brutal. La librairie Le Cygne n'a pas toujours été la préoccupation première de Ming. Ce, même si elle était fréquentée par de grandes personnalités, de gauche surtout, et qu'elle faisait vivre la famille. «Avec les problèmes de personnel au restaurant, nous avons opté pour sa fermeture et l'agrandissement de la librairie, raconte-t-il. Le personnel nous a suivis dans ce projet. Et en 1996, la librairie faisait 11 000 pieds carrés, renfermait plus de 44 000 items et employait 32 personnes. J'ai pleinement compris la valeur du travail de ma mère lorsque la vente a explosé par 60%. Nous y avons investi du nôtre, introduisant l'informatique, les gift items, les services de bureau...»

Promesse tenue

Mais le malheur frappe en septembre 2003, alors que Ming est à l'étranger. Un incendie réduit ce haut lieu rosehillien en un amas de cendres. «J'ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Mais à l'aéroport de Maurice, j'ai promis à ma mère de tout recommencer pour elle.» Promesse que Ming tient en 17 jours, puisque Le Cygne renaît de ses cendres quelques mètres plus loin. «Il a fallu tout faire rapidement : câblage, installation, électricité... Aménager 2 500 pieds carrés en 17 jours, c'est court ! Les revendeurs ont été d'un soutien extraordinaire. Et le staff s'est montré professionnel; chacun savait ce qu'il avait à faire... »

Les misères des uns et des autres ne découragent pas Ming dans l'objectif de réinstaller Le Cygne sur l'emplacement originel. Permis de développement qui traîne 9 mois durant sans qu'un iota y soit changé, paiement de l'eau pendant 10 mois avant qu'elle ne soit disponible....

«Ma fierté est de n'avoir pas donné un sou en bribe pour activer les choses, se réjouit Ming, heureux de sa bonne entente avec l'architecte. Il nous a bâti quelque chose sur laquelle nous continuons à bâtir. Le complexe est aujourd'hui un bâtiment vivant, avec des animations ponctuelles qui apportent un plus. Un complexe d'un bon niveau, propre, sécurisé et fréquenté à 75% par les femmes.»

Aujourd'hui que le business est bien sur les rails, Ming accorde davantage de temps à sa famille. «C'est la chose la plus importante et il n'y a pas à négocier. Je ne prends plus autant de commitment. I'm cooling down», conclut-il.

Daniel Babooram

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