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La messe (II)

Le texte d'un prêtre liturgiste aborde trois questions : abondance de paroles, chants, manque d'unité. Je vais donc essayer de faire de même.

Mais je voudrais d'abord ajouter quelques lignes à ma réflexion sur le langage. Je terminais mon dernier article en citant trois termes difficiles: «récrimiher, sacrifice de louange, Lieuzarid.» Devant ce mot inexistant, La Vie Catholique a jugé bon de le supprimer. Ne se doutant pas qu'il m'offrait la preuve de ce que je disais : «lieuzarid» est incompréhensible !

J'ai trouvé ce passage d'une lecture véritable morceau de bravoure : «L'ange du Seigneur vint s'asseoir sous le térébinthe. D'Ophra qui appartenait à Joas de la famille d'Abezer.

Gédéon, son fils...» (Livre des Juges 6, 11).

Interview d'un prêtre

(Je n'ai pas noté l'origine du texte que j'ai photocopié)

C'est la faim eucharistique et la joie de célébrer ensemble qui doivent faire jaillir les chants, et non pas l'inverse, c'est-à-dire ces tentatives assez vaines qui consistent à «animer» par des chants une liturgie insuffisamment intériorisée, mal préparée, peu vécue.

La part de la parole est maintenant excessive, on parle, on parle. Certes, il faut construire du nouveau, mais en tenant compte d'un principe fondamental : la célebration n'est pas que parole, ce n'est pas le moment des discours.

Il me semble qu'on chante aussi beaucoup?

­ Encore des paroles, et qui souvent brisent l'unité de la célébration. C'est le gros reproche que je fais à nos célébrations : elles manquent d'unité.

Trop d'éléments ?

­ Il n'y en a peut-être pas trop, mais ils se succèdent sans unité profonde, et trop vite. On n'a jamais le temps de digérer ce qu'on est en train de faire ou de dire. à peine entré dans l'église, répétition des chants, chant d'entrée, salutation du célébrant, Seigneur prends pitié, Gloria ­ puis on se jette sur une courte prière, et on va avaler trois lectures, plus une homélié tout cela juxtaposé.

Le moyen de faire autrement ?

­ Respirer ! Ce n'est pas humain de faire passer brutalement du rite péritentiel au Gloria. Entrer plus lentement dans le rite péritentiel, puis bien prendre le virage pour entrer dans la louange du gloria. Faire un peu de silence, respirer. Il faut savoir amener un vrai silence.

Qu'est-ce que c'est un vrai silence?

Les silences habités par ce qu'on a fait où ce qu'on va faire. Les silences qui permettent de vivre toute la célébration plus intérieurement. C'est à une certaine profondeur paisible que les sentiments religieux se rejoignent, naissent les uns des autres.

Comment faire pour amener de vrais silences ?

Par exemple, après une lecture, faire jouer l'orgue ou la guitare. Si on coagule trois lectures plus une homélie, les gens sont égarés, étouffés, ils ne profitent de rien. Le «Seigneur, prends pitié» : on expédie. Cela machinalement, ou bien on écrase les gens sous un fatras de culpabilité. Si le lecteur se jette sur son texte, lit

mal, si on embraye trop vite sur un chant, on tue la lecture. On peut, au contraire, créer des silences habités quand le lecteur ne se presse pas, quand on reprend ensuite deux ou trois phrases clés, lues par une autre voix. Si personne n'a l'air pressé, les gens comprendront qu'on veut vraiment prier, qu'on ne sera pas en perpétuel état de dispersion.

Revenez sur l'unité.

Je sens souvent qu'on me disperse.

C'est quand on chante pour chanter, sans même se rendre compte que tel chant fait double emploi, ou, à l'inverse, n'a vraiment aucun lien avec la parole. Alors on se disperse d'une chose à l'autre. Rares sont les célébrants qui reprennent telle phrase d'un chant pour en faire la prière. Ou qui savent utiliser le même chant pour toute une célébration.

On n'a pas compris la réforme liturgique ; on a remplacé un système rituel par un autre système
rituel. Et on n'a pas trouvé ce qu'on cherchait : la vie

Durée

Pour le moment, vu notre capacité de compréhension, vu notre taux de foi, je crois que la messe ne devrait pas durer plus d'une heure. Commencer l'offertoire 40 minutes après le début de la messe, ça veut dire qu'il y a eu des longueurs, qu'on a perdu du temps. A voir la tête des gens, il est difficile de croire qu'ils sont intéressés.

Il n'y a aucune raison qu'un comité liturgique ou un prêtre impose de lire les deux textes avant l'évangile. Le Vatican ne l'impose pas. On peut parfois ­ mais assez rarement ­ prendre les deux textes, mais systématiquement non.

La même question se pose : beaucoup de paroles ou des paroles signifiantes ?

Il y a des couplets de Psaume qui durent 22 secondes et le refrain chanté, 50 secondes. Il faut regrouper le texte : 4 lignes et pas 2.

Il n'y a aucune raison d'imposer à l'assemblée des anniversaires de mariage après l'homelie. Après la liturgie, oui, en demandant aux gens de participer à l'événement. Et beaucoup l'accepteraient.

Il arrive que la liturgie de la parole dure 40 minutes et la liturgie de l'Eucharistie dure 20 minutes. Il y a disproportion.

Homélie

Elle est trop longue... Même quand on l'apprécie, on ajoute : «Mais c'était long.»

Je crois que tout le monde demande des homélies plus courtes ­ 10 mimutes semblent un maximum. Il ne faut pas oublier qu'elle arrive après trois textes lus, plus le psaume. On est déjà saoulé de paroles. Si on veut que l'homélie soit une parole pour la vie spirituelle, il faudrait qu'elle s'arrête à une idée, qu'elle la developpe. Qu'elle la creuse, qu'elle l'approfondisse. Ce serait beaucoup plus profitable que de vouloir tout dire, de faire des raccords entre les textes, pas toujours évidents.

Qu'est ce qui est important : beaucoup de paroles ou des paroles signifiantes ?

Je crois que trop souvent les homélies parlent du chrétien : ses devoirs, ses manquements (multiples !), son indifférence, son peu d'engagement, etc, etc. D'où

l'homélie se termine par un examen de conscience sous forme de questions ­ de quoi laisser anéanti le malheureux croyant ... Si l'homélie parlait davantage de Dieu (le cœur de Père, sa tendresse, sa miséricorde); du Fils (chemin de vérité); de l'Esprit (qui inspire et enthousiasme pour transformer le monde), peut-être serions-nous plus motivés à sortir de nos tanières.

La messe peut-être une occasion d'intensifier sa foi, d'alimenter sa foi. C'est la foi qui produit le désir de s'engager dans un service, et non des efforts de conscientisation. C'est la foi qui guette des hommes et des femmes sur les routes du monde. C'est la foi qui fait les témoins et les martyrs.

Chorale

Il y a des paroises où l'assemblée n'a aucune chance de chanter : la chorale chante si fort qu'elle décourage de chanter ­ on n'entendrait même pas sa propore voix. Ceci est vrai de beaucoup de paroisses du pays. Et aussi des cérémonies diocésaines. On pense que plus la chorale, chante et chante fort, plus la messe est animée. Plus la fête est solennelle, plus la chorale, chante fort, et plus l'assemblée est muette et passive. Il faut apprendre aux choristes à chanter à mi-voix.

Il est indispensable de former des animateurs d'assemblée et qui soient independants de toute chorale. Attention à ce que l'animateur ne se reserve pas de chants : anamnèse, agnus, communion, offertoire.

Les gens demandent un peu de calme à la communion ­ musique enregistrée non chantée.

Que leur répond-on?

«Liturgiquement pas correct ! La prière individuelle n'a pas de place ici. Ici, prière communautaire.» C'est comme si on leur disait : Ce n'est pas la liturgie qui est faite pour vous. C'est vous qui êtes faits pour la liturgie ­ la vieille histoire du sabbat et de l'homme.

Si on ajoute langage difficile, abondances de parole, chorale trop présente, ne peut-on comprendre la passivité de l'assemblée ?

Ce qui a fait le formidable succès du père Locati ­ les gens venaient de partout à ses messes ­, c'est sa grande liberté par rapport aux rubriques 1, sa créativité pour que ce ne soit pas toujours pareil et rigide, et en même temps pour que les gens participent au mieux. Par exemple, le jeudi saint, il a dispersé les 12 hommes à qui il devait laver les pieds : ils se trouvaient à quatre endroits différents. Il ne restait pas au pupitre pour l'homélie, il était dans la nef, marchant. Il avait un grand souci de l'unité : il remplaçait les oraisons du missel par des prières qu'il composait, en lien avec les lectures, les prières penitentielles, les chants. Pour lui, la liturgie de la mese était un acte de communication et on le sentait bien, et c'était intéressant à vivre. Malheureusement je ne crois pas qu'on lui ait demandé d'animer une session de liturgie.

Solange Jauffret

1. Rubriques : Les indications
en rouge dans le missel

pour dire quoi et comment faire.

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