Antoinette fut plébiscitée et nommée responsable de l'ACE naissante.

Dés le départ, je fus frappé par son esprit très vif qui captait tout et son désir trés fort de servir les enfants. De 1977 à 1984, je fus envoyé à Rodrigues comme curé de St-Gabriel et pendant ces 7 années, j'eus le bonheur de travailler avec Antoinette à la consolidation de l'ACE: lancement de Jolicop et Copain/Copine, journaux des enfants, reconnaissance de l'ACE rodriguaise comme membre à part entière du MIDADE. C'est Antoinette qui mena la délégation, composée par ailleurs de Bénilde et Lucie Parmasse, à Escorial en Espagne, en 1978 pour cette reconnaissance, l'année internationale des enfants en 1979....avec je me rappelle, entre autres, activités composition de chants.... On avait même composé des chants pour la messe du Rallye de cette année-là.

Durant ces années, j'avais pu apprécier la générosité et le dévouement d'Antoinette. Je crois que sa devise devait être: «Si on n'a pas tout donné, on n'a rien donné.»

Antoinette aimait son pays, son peuple et, pardessus tout, son Eglise. Eglise universelle d'abord: n'oublions pas qu'elle fut secrétaire générale du MIDADE de 1982 à 1986, succédant à Jocelyne Minerve, et présidentte du MIDADE de 1986 à 1990, et ces dernières années membre du Conseil pontifical pour les laics. Mais c'est à l'Eglise de Rodrigues surtout qu'elle dédia sa vie.

Son départ va laisser beaucoup de vide...mais les Rodriguais sont résilients et, devant la mort, ils ne se laissent pas abattre. La mort pour les croyants est passage à la vie, est aussi espérance de vie. «Si le grain de blé tombé en terre ne meurt il reste seul, mais s'il meurt il porte beaucoup de fruit....»

Ma prière pour Mgr Alain Harel, les membres de Carrefour, l'ACE et toute la famille Prudence.

Père Philippe Tam Im, secrétaire du MIDADE

Navin Ramgoolam :
«Perte d'une grande patriote»

Suite au décès d'Antoinette Prudence, le Premier ministre, Navin Ramgolam, a adressé ses condoléances à la mère d'Antoinette Prudence, Elise, et à toute sa famille: «Nous avons appris avec beaucoup de peine le décès prématuré de votre fille, Marie Antoinette Prudence , CSK.

Nous avons perdu en elle une grande patriote qui a œuvré pour le développement et le progrès de son île et pour le bien être de ses compatriotes.

En ces moments douloureux, je tiens à vous exprimer, en mon nom personnel et celui de mon épouse, notre profonde sympathie et vous prie de transmettre nos sincères condoléances à tous les membres de votre famille.»

Antoinette, une sainte
pour notre temps

Toutes les réactions d'ici et d'ailleurs à la mort d'Antoinette Prudence se résume à ceci: Cette Rodriguaise est un être d'exception, un rêve réalisé qui a marqué des hommes, des femmes et des enfants de beaucoup de pays. Elle n'est pas qu'une travailleuse sociale hors pair, une militante de la liberté et de la justice, quelqu'un qui a donné son vrai sens à l'engagement politique. Tout ce qu'elle a fait était animé par sa foi de chrétienne, sa foi en Jésus-Christ venu pour libérer et mettre debout les plus faibles.

La dernière fois que nous nous sommes rencontrés, elle était venue demander aux autorités de ne pas trop attendre pour les élections rodriguaises et, au milieu des arrangements pour les rendez-vous, nous avons passé un long moment à partager sur ce que pouvait être une célébration enracinée dans notre culture. Elle travaillait sur une liturgie de la messe rodriguaise. Elle est un phare, quelqu'un qui donne du courage, un rayon de lumière qui traverse nos «nuages lourds». Elle est pour moi une des incarnations de l'Espérance.

L'Église catholique reconnaît le rôle exceptionnel qu'une personne a joué et joue même après sa mort en la déclarent Bienheureuse, puis Sainte. Elle la donne ainsi en modèle aux autres chrétiens et chrétiennes, surtout ceux et celles qui vivent dans les mêmes conditions qu'elle.

Le diocèse de Port-Louis doit rapidement commencer à documenter sa vie et ouvrir le dossier de sa béatification. C'est maintenant que la communauté créole a besoin d'elle. Femme, Créole, Rodriguaise, Noire - commencer le procès de sa béatification est seul capable de déraciner ce racisme anti-africain qui continue de ronger bon nombre de descendants d'esclaves au sein même de notre Eglise. Ce procès ouvrira les yeux sur l'extraordinaire rôle des femmes de notre communauté et mettra aussi fin à la discrimination que beaucoup de rodriguais sont victimes de la part de créoles nés à Maurice.

Il faut faire campagne pour que ce travail commence rapidement. Il ne faut pas attendre que beaucoup de ceux et de celles qui l'ont connue et appréciée aillent la rejoindre. Mais il faut être aussi très vigilant. Qu'on ne vienne pas nous dire: elle appartient à tout le monde, il faut oublier qu'elle est créole rodriguaise. Qu'on ne fasse pas comme pour notre langue: on nous répète qu'elle n'est pas la langue d'une communauté, mais de tous les Mauriciens en niant que le kreol soit aussi la langue d'identité de notre communauté. Notre communauté créole est une communauté qui a toujours partagé sans hésiter ce qu'elle produit de bien. En retour, on nous dépouille. Après on vient nous dire que nous n'avons rien contribué à ce pays, que nous ne sommes que des mendiants.

Père Filip Fanchette

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