La Résurrection


Lève-toi et marche !

La résurrection ne peut se comprendre qu'avec les yeux de la foi, fait ressortir le père Jean-Claude Véder. Il rappelle que le mois du carême nous donne l'occasion de vivre davantage l'amour, la paix, la prière pour qu'à Pâques il y ait un plus dans notre vie. Le Christ ressuscité nous apporte la vie en abondance, précise-t-il.

Durant sa vie, Jésus a démontré que la mort lui obéit : en faisant Lazare retrouver la vie. En revanche, sa résurrection ne doit pas être confondue avec la simple réanimation physique, mais bien plus que cela : c'est l'esprit de Jésus. Comment se définit la résurrection ?

La résurrection n'est pas une réanimation physique. Lazare a été, certes ramené à la vie, mais il est mort après. Contrairement à Lazare, Jésus est levé d'entre les morts. Il est passé de la mort à la vie. Il est ressuscité. A travers les récits des apparitions, les disciples le voient, le touchent. La réponse de Jésus à Marie-Madeleine ­ «Ne me touche pas» ­ explique un nouveau mode de présence de Jésus ­ pas physique. Par la résurrection, Jésus entre dans la gloire du Père. Son corps devient glorieux. On ne peut pas comprendre la résurrection sans la foi. Comme pour les disciples, c'est l'expérience de la foi qui a été capitale. Ils n'ont vu qu'un tombeau vide et non pas Jésus en train de ressusciter. Tout de suite, ils ont cru que Jésus est ressuscité. Jésus est réellement vivant.

Quand on voit tous les hommes et femmes de bonne volonté se mobiliser derrière
les mots : «Paix, justice, solidarité, respect des droits de l'homme,
respect de la vie.», n'est-ce pas cela la résurrection qui se traduit dans notre vie ?

Il y a d'abord une donnée fondamentale de la foi chrétienne qui est la résurrection du Christ. Saint Paul dit : «Si le Christ n'est pas ressuscité, notre foi est vaine.» Et nous croyons, nous chrétiens, que le Christ est bien vivant et présent parmi nous. Dans notre vie, la résurrection se traduit quand un chrétien choisit la vie à chaque instant de sa vie. Dans le livre du Deutéronome, Dieu dit à Moïse : «Je mets devant toi la vie et la mort, choisis la vie». Dieu veut que tout le monde soit debout. Chaque fois qu'un homme, une femme, un enfant sont debout... la résurrection est là. Dieu agit par une personne, une parole, un événement. Cependant, une expérience de résurrection ne doit pas être confondue avec la résurrection, qui est la donnée principale de notre foi.

A Pâques, c'est l'espérance qui fait renaître. Comment cette espérance chrétienne
peut-elle aussi nous aider à mener un combat pour remettre l'homme debout ?

Dans le contexte difficile que nous traversons ­ notre pays, notre Eglise ­ je crois que la résurrection du Christ nous invite à une espérance et non à un optimisme. L'espérance, c'est de croire que le Christ agit encore, même dans les situations les plus désespérées. Les épreuves peuvent être comme un brouillard épais nous évitant d'avancer, mais l'espérance nous aide à nous repérer dans ce brouillard. L'espérance chrétienne, c'est de pouvoir déceler dans notre vie des signes positifs qui ne sont pas toujours évidents.

Le Nouveau Testament ne dit jamais que Jésus est ressuscité. Mais que c'est Dieu
qui l'a ressuscité, rendant ainsi justice à sa totale fidélité à sa mission.
Comment expliquer cela ?

Il y a d'abord la mission du Christ, c'est-à-dire que Dieu l'a envoyé sur la terre pour sauver l'humanité. Dieu a dit dès le départ : «Tu es mon fils, je t'ai engendré». Et tout au long de la vie de Jésus, il y a eu ce constant amour du Père qui était là. De l'autre côté, il y a la réponse de Jésus à son Père dans la confiance la plus totale. Il ne faut pas croire que Jésus a joué le jeu. Au contraire, il est passé par des moments difficiles, des

moments de doute, voire des crises. Grâce à sa confiance jusqu'au bout, son Père ne l'a pas abandonné au pouvoir de la mort. C'est pour cela que Dieu l'a ressuscité. De même, pour nous aussi, si on accepte de mettre notre confiance totale en Dieu, Il ne nous abandonnera jamais.

Et pour pouvoir ressusciter, le Christ a dû passer par la croix.

Que nous révèle le Christ en croix ?

Le Christ en croix a un double sens. La croix nous montre d'abord un Dieu qui ne fait pas semblant. Un Dieu qui accepte de passer par la souffrance. Les pires souffrances de l'époque étaient la croix, qui a été pendant longtemps l'objet de scandale. Quelqu'un qui meurt en croix connaît la mort la plus infâme... l'horreur dans son extrême. La mort du Christ sur la croix nous exprime aussi la méchanceté de l'homme jusqu'à détruire un homme innocent. Mais la croix nous révèle surtout l'amour de Dieu. Un Dieu qui devant la bêtise de l'homme ne se venge pas. La croix nous démontre un Dieu qui nous a tellement aimés jusqu'à nous donner son fils unique, ce qu'il a de plus précieux. Un Dieu qui veut sauver l'humanité par amour.

Au cœur de chaque croix, le Christ nous rassure qu'il y a une grâce de résurrection nous préparant des lendemains nouveaux. Comment doit être
le regard du chrétien sur les croix dans sa vie ?

Il ne faut pas contempler la croix sans la résurrection. Il faut regarder la croix comme le signe de l'amour rédempteur de notre Dieu ­ l'amour qui sauve l'humanité. Il ne faut pas tomber dans une spiritualité doloriste (de douleur). C'est un piège que de dire que Dieu nous envoie des souffrances pour vérifier notre foi. Dieu souffre devant la souffrance des hommes. Dieu n'a pas voulu la mort et la souffrance. Il aime trop la vie. Sur la croix, le Christ porte toutes nos souffrances. Mais, à travers la souffrance, l'homme peut rejoindre Dieu. Car, Dieu parle au cœur de nos souffrances. Et c'est là, qu'on doit être attentif à ce qu'Il nous dit. Les souffrances peuvent aussi nous conduire à une conversion, voire à une fortification de notre foi. A l'exemple de sainte Thérèse de Lisieux, qui a été transformée grâce à sa foi pendant sa souffrance.

A la suite de Pierre, nous sommes chargés d'annoncer la résurrection du Seigneur
autour de nous. Comment nos actes et nos paroles peuvent-ils être porteurs de vie ?

Etre chrétien, ce n'est pas croire en un dogme. Etre chrétien, c'est une vie ­ une manière de vivre, une manière de parler, une manière de prendre position, une manière d'agir. C'est ainsi que je suis témoin de ce Dieu. Je ne peux pas croire en la résurrection si je ne vis pas selon les actes qui donnent la vie. Par exemple, tout le débat autour de l'avortement n'est pas de la propagande chrétienne. C'est quelque chose de fondamental. Un chrétien est fait pour la vie. Il croit en la résurrection. Il ne peut pas détruire la vie. Il ne peut pas entrer dans une culture de mort. Or, notre société produit aujourd'hui une culture de mort ­ avortement, communalisme, corruption, injustice - entre autres. Le chrétien doit toujours lutter contre le courant de la mort.

N'est-il pas difficile de vivre cela aujourd'hui ?

Je dis toujours que la foi chrétienne est une foi exigeante. Etre chrétien, n'est pas simplement d'obéir à un dogme, ni d'observer des commandements. C'est un mode de vie, une manière de vivre. Sa vie entière doit être imprégnée de ce style conforme à l'évangile.

Propos recueillis par


Sandra Potié


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