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Le Fils de l'homme

Les Juifs attendaient un Messie qui allait être le libérateur national, qui allait les venger de la persécution. Ils attendaient le héros, le guerrier, le véritable redresseur de torts qui allait chasser l'occupant romain.

Et grande a été leur déconvenue de découvrir quelqu'un de humble venant prêcher l'amour du prochain et de son ennemi. Alors que l'empereur était adulé et craint pour ses conquêtes et ses prouesses guerrières, la vie de Jésus est dès sa naissance placée sous le signe de l'humilité. Il voit le jour dans une étable, parmi les bergers, vaches et moutons. Son père est charpentier. Adulte, cette humilité sera sa «marque» : c'est sur un âne qu'il fera son entrée triomphale à Jérusalem ! Avant de finir crucifié...

Au début de sa Passion, Jésus le Nazaréen nous apparaît parfaitement homme, profondément humble et vulnérable. Ainsi, l'évangéliste Luc nous le montre «pris d'angoisse» et demandant même à son «Père [d'écarter de lui] cette coupe» (Lc 22, 42-44). Angoisse et humilité qui peuvent surprendre chez quelqu'un se proclamant Fils de Dieu et qui avait déjà fait montre de ses pouvoirs miraculeux.

Une chose est sûre : si nous sommes toujours émus devant la passion du Christ, c'est parce que nous savons que ce n'est pas le Fils de Dieu, mais le Fils de Dieu fait homme qui est crucifié. Si la torture physique que subit Jésus nous choque, nous sommes sidérés par l'intensité des provocations, du mépris qu'il endure sans rien faire. Il n'a pas recours à ses pouvoirs, mais fait la volonté de son Père.

Ce qui frappe également chez lui : face à toute la violence et l'humiliation dont il fait l'objet, c'est qu'il demeure stoîque. C'est un homme pour qui la haine est inconnue. D'ailleurs, la dernière fois où il fait appel à ses «pouvoirs», c'est pour guérir un des soldats venus l'arrêter et à qui

l'un des disciples avait arraché une oreille: «Lui touchant l'oreille, il le guérit.» (Lc 22, 51) C'est un homme qui demande pardon à son Père pour ceux qui lui font du mal : «Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu'ils font.» (Lc 23, 34)

Ces exemples montrent la richesse de l'enseignement de la Passion : Jésus, avec toute son humanité, transcende sa peur et ses angoisses. A aucun moment ne se laisse-t-il aller à la haine. D'où l'appel à la sainteté qui sous-tend la Passion : ce qu'endure Jésus sur la croix, nous, chrétiens, sommes également appelés à faire nôtre son attitude. Car souvent, face à la provocation, par orgueil, pour ne pas passer pour des faibles, nous laissons la haine prendre le dessus.

Jésus se retrouve crucifié comme un vulgaire criminel. Et, fait déroutant là, il a une pensée affectueuse pour un des malfaiteurs crucifiés avec lui : «Aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis.» (Lc 23, 43). Et Jésus meurt sur la croix pour nous sauver, croix représentant cet amour salvateur!

Nous ne devons pas oublier que celui qui meurt sur la croix est avant tout un homme. Un Dieu ne ressuscite pas ; un homme si ! La résurrection, qui est le fondement même de notre foi, est la Bonne Nouvelle par excellence... Jésus est présent dans le cœur de chaque homme. C'est lui qui nous aide à construire le Royaume de Dieu. Et comme le Fils de l'homme, nous sommes appelés à ressusciter : «Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des temps.» Joyeuses Pâques !

Erick Brelu-Brelu


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