p.11foto1

Jean-Claude de L'Estrac : «Aide-toi, l'Empowerment Programme t'aidera»

Créé en juin dernier, l'Empowerment Fund (EF), présidé par Jean-Claude de l'Estrac, a récemment présenté un bilan. «L'empowerment est à l'opposé de l'assistanat, explique-t-il. C'est un programme extrêmement ambitieux qui s'appuie sur la volonté des gens de sortir de leur misère, leurs difficultés.»

Quels sont les grands axes d'intervention de l' l'Empowerment Fund (EP) ?

Ils sont la formation de différentes catégories de chômeurs enregistrés : des universitaires aux licenciés du textile et de l'agriculture... Nombre d'employeurs se sont manifestés et nombre de chômeurs ont pris avantage de ces opportunités.

Différents cours de formation sont aussi en train d'être offerts et ce, dans différents secteurs. Une formation dont l'objectif est de rendre employables les gens et qui leur garantisse un emploi, à condition ils aient mené la formation à la satisfaction de l'employeur. Soulignons que dans le cadre de cette formation, ils bénéficient d'une allocation, moitié payée par l'EP et moitié par l'entreprise.

Il y a aussi le soutien au PME dont l'agence d'exécution est Entreprise Mauritius. Ce programme concerne, une fois encore, différentes catégories de PME : textile, artisanat, bijouterie, menuiserie.... Des projets qui visent à empowered les PME qui, trop souvent, pêchent par manque d'expertise, d'organisation du travail... La raison de ce soutien, de cet encadrement est de sauvegarder les PME qui ont la volonté et le potentiel. De leur donner les moyens de se développer, d'assurer leur croissance et de créer des emplois.

Il y a aussi les projets spécifiques aux femmes, plus particulièrement aux licenciées de la zone franche. Ces projets bénéficient, entre autres, du soutien technique du PNUD, notamment à travers l'embauche d'un Projet Management Unit, d'un Project Coordinator et d'un réseau de facilitateurs. Et puis il y a le relogement de 200 familles.

... Dont 76 sont des ex-squatters de Camp-Levieux 

Oui. Un terrain de 20 arpents a été identifié à Bambous, à l'arrière de Winners. L'aspect intéressant du projet est qu'il financé certes par EP, mais géré conjointement avec une fédération d'ONG. C'est à elle de proposer l'encadrement scolaire pour les enfants, identification des besoins de formation avec comme perspective un emploi sûr et stable... Les ONG seront donc des partenaires de l'Etat dans la réalisation du volet social. Ce projet intégré est beaucoup plus large qu'un simple relogement.

Lors de la conférence de presse du comité directeur de l'EP, il a été question d'opportunités d'emplois que semblent ignorer les demandeurs d'emplois. Qu'en est-il au juste ?

Le comité directeur a pour mandat de chercher à trouver des emplois pour les chômeurs. Le point de départ étant : si les chômeurs ne trouvent pas du travail, c'est peut-être parce qu'ils ne sont pas qualifiés, pas suffisamment informés et qu'il y a donc nécessité de mieux les orienter.

Mais, il est également vrai que nous sommes en train de nous heurter à une autre difficulté : trouver des chômeurs pour des emplois existants. Nous constatons que dans certains secteurs, il y a de fortes demandes. C'est le cas pour la construction ; la fédération des constructeurs faisait récemment état de 1 300 postes vacants et ce, pour une période relativement longue : 2 à 3 ans.

Dans le textile, il y a des perspectives de plus en plus valorisantes qui se développent. Il y a aura des besoins que l'on estime à 3 000 dans l'hôtellerie pour faire face à l'augmentation du nombre de chambres des nouveaux hôtels et l'on constate que l'on ne trouve pas de main-d'œuvre. Il en est de même dans les call centres.

Il ne s'agit pas seulement d'aller chercher des opportunités d'emplois, mais il faut aussi trouver des hommes et des femmes qui acceptent d'en prendre avantage, C'est clair que nous avons là un problème de mentalité et qu'il faut pouvoir convaincre le Mauricien que les emplois proposés sont ceux qui existent et non pas ceux qu'ils s'inventent ou qu'ils rêvent. L'Etat et le pays ne peuvent offrir que ce qui est possible au jour d'aujourd'hui.

Comment changer cette mentalité, faire ce «paradigm shift» ?

Pour essayer de décoincer un peu la situation, nous allons démarrer bientôt une campagne qui vise à apporter l'information aux chômeurs, mais qui veut aussi bousculer les mentalités. Nous travaillons avec l'Association of Advertising Agencies autour de cette campagne.

Par ailleurs, concrètement, au-delà d'une campagne de communication et de conscientisation, nous organiserons une Job Fair du 19 au 22 mai, à l'auditorium Octave-Wiehe, Réduit. Une Job Fair dont la devise est «Job providers meet job seekers». Et qui vise à mettre en contact l'employeur, le demandeur de main-d'œuvre, et les demandeurs d'emplois. Avec comme objectifs d'expliquer aux uns et aux autres quelles sont les opportunités qui existent, de répondre aux interrogations, de favoriser la rencontre et l'interagir. Ce salon permettra aussi de mieux comprendre quelle est la configuration du marché de l'emploi. Tous les chômeurs enregistrés seront individuellement invités à se rendre compte des opportunités.

«Empower» ? Comment comprendre mot assez nouveau dans notre vocabulaire fait surtout de subventions, d'aides ?

L'empowerment est à l'opposé de l'assistanat, dont on a bien vu les limites financières : l'Etat ne peut éternellement soutenir tous ceux qui en ont besoin. Et sociales, avec le phénomène de dépendance. Le mot est certes nouveau, mais l'idée n'est pas nouvelle. C'est une nouvelle manière de dire : plutôt que de donner à manger à celui qui a faim, il faut lui apprendre à pêcher. Certains pays ont eu des résultats assez probants avec cette stratégie. C'est un programme extrêmement ambitieux qui s'appuie sur la volonté des gens de sortir de leur misère, de leurs difficultés. D'où la formule : «Aide-toi, l'EP t'aidera.»

Quid du budget de l'EP ?

Nous n'aurons pas de problèmes budgétaires. Et il est fort probable que pour cette première année financière, nous ne dépasserons même pas ce qui a été prévu. Car 2006/07 a été essentiellement l'année de la mise en place, de la philosophie, de l'encadrement technique, d'une politique de transparence... Le programme passe maintenant à sa vitesse de croisière. Il sera jugé sur le moyen et le long termes. J'insiste : ce n'est pas à sa capacité à dépenser de l'argent qu'il sera jugé, mais à celle d'avoir vraiment aidé les Mauriciens à se mettre debout, à se tenir sur leurs jambes.

Propos recueillis par


Danièle Babooram


retour