Agaléens «bloqués» à Maurice


Déception et amertume

Ils sont une soixantaine d'Agaléens à Maurice, en attente de retourner sur leur île. Certains y sont depuis trois mois, d'autres depuis plus de six mois et quasiment sans ressource. «Certains sont à la recherche d'un petit boulot, pou bat-bate, mais ce n'est nullement aisé, surtout que l'on n'a pratiquement pas le moindre soutien de l'Etat», constate Laval Soopramanien, président de l'Association des amis d'Agalega (AMA).

Catherine Poullay et Joël, son époux, sont à Maurice depuis novembre dernier. La jeune femme attend son bébé pour début avril. Et il y a des possibilités que le couple ne puisse pas être du prochain voyage prévu pour la mi-avril.

Rousset Buckland, blessé au travail, souffre d'une rupture de ligament. «J'ai dû écrire lettre sur lettre pour obtenir un traitement adéquat à Maurice et me faire opérer ici.» Il est revenu à Maurice en janvier dernier pour une énième visite médicale. Retrouvera-t-il sa terre natale ce mois-ci ? «Ou konn ou ale, me ou pa konn ou retour», s'exclame Rousset Buckland.

Haydee Sababajee a accompagné son époux malade à Maurice. Cardiaque, ce dernier a été opéré il y a six mois. Et comme il ne pourra faire le trajet Maurice/Agalega de sitôt, le couple garde l'espoir de rentrer chez lui en septembre prochain.

Faire preuve de patience

Josiane Reka, elle, est ici pour traiter des douleurs aux reins : elle s'était blessée en triant les cocos. Ramon Radegonde, diagnostiqué pour un ulcère à l'esto-mac, souffre en fin de compte de pierres ­ ce que des médecins en poste à Maurice ont confirmé récemment. D'autres Agaléens, venus à Maurice, pour des raisons essentiellement administratives, sont eux aussi obligés de faire preuve de patience en attendant de mettre le cap sur leur archipel.

Aussi, il n'est guère étonnant que tous nos interlocuteurs se plaignent unanimement de la difficulté du transport entre nos deux îles. «Qu'est-ce qu'on ne nous a pas promis et ce, devant les caméras de la MBC TV ? La piste d'atterrissage devait être prête pour avril 2007, mais nous n'avons pas vu le moindre drum de coaltar y être entreposé!»

Exilés

Et d'enchaîner immédiatement sur les lacunes du service de santé, qui n'a pas connu la moindre amélioration, ainsi que sur les grosses difficultés auxquelles ils font face. «Nous ne nous expliquons pas cette politique de deux poids et deux mesures à l'égard des citoyens d'une même République. Nous n'avons pas de salaire, notre contrat de travail étant en quelque sorte interrompu. Nous n'avons pas demandé à rester autant ici. Nos sick leaves, local leaves et boni sont déduits sans que nous ayons notre mot à dire.»

L'aide de la Sécurité sociale leur est octroyée après mille et une démarches. Ainsi, Haydee Sababajee a dû longtemps compter sur le «tikas ki sorti depi mo fami dan Agalega». Joël, lui, travaille un jour et l'autre pas. «Pa fasil sa lavi-la dan Maurice», soupire Catherine, sa femme, qui trouve toutefois l'occasion de se réjouir de la solidarité au niveau de la communauté agaléenne en ce qui concerne l'accueil et l'hébergement. «Nou tou koste-koste, nou trouv enn ti-plas.»

Indifférence des autorités

Des propos qui cèdent vite place à une amertume certaine face à la quasi-indifférence de l'Outer Island Development Corporation (OIDC) devant leur sort. «L'OIDC n'a pas à cœur la communauté agaléenne, constate Laval Soopramanien. Li guet zis prodiktivite, kas. La situation empire de jour en jour. L'administration tient la ligne dure, alors que nous ne demandons rien d'autre que les mêmes droits que les Mauriciens. Il nous semble qu'Agalega ne fait pas partie de la République de Maurice et que l'OIDC est un Etat dans l'Etat.»

Et Rousset Buckland, aussi membre du Agalega Island Council, de rajouter : «Tout ce que nous avons proposé depuis la création de cette instance a été tout bonnement ignoré. Konbyen letan sa pou al koumsa ? Nous ne voyons aucune lumière au bout du tunnel. Nous ne pouvons pas faire comme les Mauriciens et nous dire : «Anou al guet sa depite-la ou sa minis-la !» Nous comptons pour des clous et ce même si nous avons des représentants au sein du gouvernement.»

Déception et amertume se lisent dans la voix de nos interlocuteurs...

Danièle Babooram

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