Jeunesses et engagement

Notre jeunesse est traversée par tant de courants différents qu'il nous faudrait parler plutôt de «jeunesses», au pluriel. Nécessitant des balises, capable d'aspirer à des idéaux - et ce ne sont pas des clichés -, la jeunesse est à la fois une étape et un état où le cœur s'ouvre, l'esprit prend conscience et le calendrier s'accommode : comme résultat, nous trouvons pas mal de jeunes - j'entends ici les jeunes par âge - s'occuper, voire s'engager, tantôt dans certaines activités, tantôt dans l'action. C'est ainsi que l'on voit une pléiade de mouvements, de communautés et de services pour, par et avec les jeunes au sein de notre Eglise. Et allons plus loin : les centres de jeunesse, les associations sportives, les Students' Councils, les clubs au collège, les sociétés universitaires en sont d'autres exemples flagrants; le monde autrement croyant connaît lui aussi leur présence et participation tandis que le monde associatif ne peut fonctionner désormais sans eux.

Cependant, au-delà de cet engagement apparent, il faut bousculer les acquis, entamer des processus dynamiques de remise en forme des rouages de nos systèmes et des mentalités qui les fécondent et (se) poser davantage les bonnes questions : comment les prévenir du show off, de la médiocrité et de l'embourgeoisement ? Comment susciter une culture d'engagement durable chez eux ? Comment réussir à faire comprendre que l'autre, de coin, culture et croyance différents, peut lui aussi aspirer à la Vérité ? Et comment toucher cette masse collégienne et estudiantine aux abords de nos gares chaque après-midi, à la merci d'une very short life vision, et leur transmettre l'incommensurabilité d'une Vie de valeurs et de plénitude?

Mais, dans toute cette effervescence, il est fondamental de s'interroger, de se concentrer et de se recentrer sur les sources premières pouvant motiver l'engagement chez les jeunes : bon sens, éthique, règle d'or ou encore philanthropie découlant des droits humains ou/et des Ecritures saintes et sacrées... Ce genre de cocktail détonnant existe aussi, sous-entendant, d'une part, la non-indifférence face aux souffrances et à l'injustice, et, d'autre part, la recherche du bonheur, de la réussite dans la vie, voire de la réussite de sa vie ! Et quelle belle arme face à une société qui a tendance à glorifier le petit confort tranquille chez soi ou la petite vie simple et à restreindre la hiérarchie de valeurs des jeunes pour n'assurer aux uns et aux autres qu'une existence matérialiste et léthargique, face à laquelle d'autres se conforment ou s'essoufflent : l'absence ou le refus de l'engagement suivra. Heureusement qu'il reste à ceux-là des loisirs en tous genres, expression de l'envie de jouir pleinement de sa jeunesse...

N'oublions pas dans cette réflexion ceux qui se disent jeunes par l'âme. Mon appel aux jeunes par l'âge et par l'âme : de leur complémentarité naîtra une re-conception de la jeunesse où, bannissant le «boulot-disco-dodo», germeront un sens du devoir, une culture de solidarité, une prédisposition aux Rêves... Ce qui nous ramènera constamment vers tout ce qu'il y a de plus profond et de meilleur en chacun et en tous. Et le jeune ne sera pas moins jeune... Alors, n'ayons pas peur : au delà du discours purement stéréotype, l'édification d'un mieux-être mauricien, d'une société constructrice d'humanité nous attend !

Jonathan Ravat


Line

Om Nath Varma, Associate professor au MIE


«Les jeunes doivent être plus sérieux»

Le sociologue Om Nath Varma, chargé de cours à l'institut de Pédagogie (MIE), estime que les jeunes qui ont manifesté contre l'abolition des subventions pour les frais d'examens du SC et du HSC n'ont pas compris que les riches ne doivent pas bénéficier de la même aide que les moins favorisés. Il estime que les jeunes manifestants peuvent être manipulés.

Avec la forte présence des jeunes lors des diverses manifestations pour le rétablissement des
subventions pour les examens du SC/HSC, a-t-on assisté au réveil de leur militantisme ?

Les jeunes cherchent en général des occasions pour s'exprimer. Demander le rétablissement des subventions a été une opportunité pour eux. Mais je note que dans les années 70, il était plus facile de mobiliser les jeunes derrière une cause. Aujourd'hui, avec les nombreuses distractions qu'ils ont, la nature d'expression des jeunes a changé - ce qui fait qu'on a l'impression qu'ils sont passifs.

Cela pourrait-il expliquer qu'ils ne se sont pas mobilisés pour d'autres causes, comme pour dire
non à l'augmentation des prix, par exemple ?

Nous n'avons pas d'organisations bien structurées pour sensibiliser les gens et les mobiliser pour militer contre les augmentations ou pour d'autres raisons. Quand on parle du réveil des jeunes, il faut savoir de quel genre de réveil on parle, car les gens ont différentes façons de s'exprimer. Ce n'est pas nécessairement descendre dans la rue. Notre système éducatif est tel qu'il ne crée pas des possibilités pour permettre aux jeunes de s'exprimer. L'important : qu'ils soient scolarisés et passent leurs examens. C'est le côté académique qui prime. Mais cela ne veut pas dire que les jeunes sont sans opinions, cela voudrait dire qu'ils doivent obligatoirement descendre dans la rue pour s'exprimer pour n'importe quelle raison. Il est facile de manipuler les jeunes et il est difficile d'empêcher que ce soit ainsi et qu'un petit groupe de personnes puisse faire passer leur message ou leurs opinions à travers eux.

Croyez-vous que les jeunes ont été manipulés lors des manifestations de Port-Louis, Rose-Hill et Centre-de-Flacq ?

Un bon orateur peut facilement avoir des gens acquis à sa cause et amener une foule à prendre des décisions sans une profonde réflexion. C'est ce qui semble être le cas dans cette situation, car dans une manifestation, les gens ont tendance à faire comme les autres, car dans ces mouvements de foule, on n'a pas le temps de s'asseoir, réfléchir et discuter - contrairement à un forum, où chacun donne son opinion. On devrait créer des plateformes - au collège ou à l'université - pour aider les jeunes à appréhender la situation dans sa globalité et les inviter à prendre une décision qu'après avoir entendu les diverses opinions.

Dans les récentes manifestations, même ceux qui ont les moyens ont tendance à croire qu'ils doivent continuer à tout avoir gratuitement, comme ceux qui sont dans le besoin. Les jeunes qui ont manifesté ne sont pas nécessairement issus de couches sociales défavorisées. Une question : quand on a manifesté, est-on allé dans le sens où les possédants ont été invités à aider ceux qui n'ont pas les moyens ou bien ont-ils manifesté just for the sake of it, afin que tout le monde bénéficie des subventions. Si on a une revendication à faire, elle doit être pour ceux qui sont défavorisés. Dans le contexte actuel, on a utilisé les jeunes pour faire du tapage.

Ces manifestations ne sont-elles pas le signe du sentiment de ras-le-bol des jeunes devant la souffrance de leurs parents ?

Ils sont certes les témoins de cette souffrance, mais n'a-t-on pas entendu les mesures prises par certaines compagnies pour aider les parents dont les enfants vont passer les examens de SC/HSC ? Il serait important que les collèges fassent un état de la situation pour identifier ceux qui peuvent bénéficier de ces mesures et ceux qui ne vont pas en bénéficier ou même aider les élèves nécessiteux, comme l'a fait un collège privé de Rose-Hill. De la manière dont certains jeunes prennent conscience de leur éducation, les faire payer les frais d'examen n'est-ce pas une façon de les faire prendre conscience qu'ils doivent être plus sérieux dans leurs études et avoir un comportement plus responsable ?

Une remarque : à force d'avoir tout facilement, les jeunes ont développé une mentalité de je-m'en-foutisme. En incitant les parents à faire un effort pour payer les frais d'examens, ils seront très certainement plus concernés par l'éducation de leurs enfants et feront un meilleur suivi du travail fait à l'école et exigeront que ces derniers réussissent dès le premier coup, car ils n'auront pas les moyens de payer pour une deuxième tentative.

Vous dites que les jeunes Mauriciens bénéficient de nombreuses facilités. Pourtant, nombre d'entre eux ne pensent qu'à entreprendre
des études à l'étranger et y demeurer ensuite...

Avec la mondialisation, ceci est inévitable, vu les opportunités offertes par divers pays. A Maurice, il nous faut créer des opportunités pour nos jeunes pour les inviter à revenir au pays et éviter ainsi l'exode massif. On reproche souvent aux lauréats de ne pas revenir au pays une fois leurs études terminées, mais ne doit-on pas revoir le système de sorte de leur donner la possibilité de travailler pendant quelque temps à l'étranger pour acquérir de l'expérience avant de rentrer au pays ? On pourrait alors leur demander que s'ils ne rentrent pas, de rembourser tout ce que l'Etat aura payé pour eux.

Qu'est-ce qui pourrait motiver davantage les jeunes à s'engager au développement du pays ?

En général, les jeunes ont pour responsabilité de réussir leur scolarité et d'être performants. Ils ont le devoir d'innover et de penser au modèle de société qu'ils voudraient avoir. C'est à eux de conscientiser leurs pairs pour le système d'éducation qu'ils auraient aimé avoir, les compétences que le pays devrait posséder à l'avenir, le modèle économique et de développement souhaitable pour le pays... Au cas contraire, ils vont continuer à faire le jeu des politiciens. Ce n'est pas de cette façon qu'ils pourront interpeller la génération suivante et leur demander de participer avec eux au développement du pays. Toute société dépend de la prise de responsabilité de chacun pour survivre.

retour aller