En marge de la rencontre du 1er avril au Thabor


Avoir foi en nos jeunes

Il est beaucoup question d'eux ces temps-ci. Eux ? Les jeunes. Souvent, quand on parle de la jeunesse mauricienne contemporaine, on l'associe à décadence, violence, désordres, indifférence, individualisme... Quels sont les attentes et les espoirs des jeunes et leurs sentiments par rapport à ce qui se passe dans la société ? Alors que Mgr Maurice E Piat les rencontre le 1er avril, quelques jeunes ont bien voulu répondre aux questions de «La Vie Catholique».

Commentant ses attentes et espoir, Roxanne, 19 ans, de Vacoas, se dit choquée que des décisions soient prises en fonction de l'appartenance ethnique d'une personne - et cela qu'importe le domaine : pour l'embauche d'une personne ou pour les élections, où l'appartenance communautaire est bien souvent mise en avant. «Est-ce logique qu'à Maurice les choses soient ainsi ?», s'interroge la jeune fille, qui vient de terminer son HSC. Pour elle, chacun devrait être jugé selon ses mérites.

Méritocratie

Avis que partage Yakshinee, 18 ans, de Port-Louis. Tout en déplorant que la méritocratie ne soit pas la norme, il y a aussi, affirme-t-elle, la cherté de la vie et les salaires de misère qui poussent les jeunes à vouloir quitter le pays - cela même s'ils sont éloignés de leurs proches. Cependant, Yakshinee est d'avis que «travailler à l'étranger c'est bien, mais il faut aussi penser à rentrer au pays - compte tenu de l'argent que le gouvernement a investi dans l'éducation. Il serait alors plus juste de travailler pour le pays en signe de reconnaissance, car l'avenir est quand même prometteur à Maurice». Néanmoins, elle note que les jeunes voulant travailler à l'étranger sont motivés par le désir d'avoir un meilleur niveau de vie.

Kevin, 16 ans, est élève au collège Victoria, Rose-Hill. Croyant et pratiquant, il explique qu'il apprécie beaucoup la pratique du sport et la lecture et se dit sidéré que d'autres jeunes de son âge ne profitent pas de la vie sainement. Il dit compter dans son entourage des amis qui fument ou qui se sont laissé embarquer dans des fléaux divers et qu'il a essayés de raisonner, mais «peine perdue».

Selon Pascal, 21 ans, de Ste-Croix, étudiant à l'université de Technologie, les jeunes dans leur ensemble veulent avoir une situation stable, avec un bon emploi. Même s'il note que la majorité des jeunes est optimiste, il est d'avis qu'une minorité veulent quitter le pays, estimant qu'ils auront un meilleur avenir ailleurs.

C'est ce que pense aussi Astride, 18 ans, de Ste-Croix, et élève de la SSS Droopnath Ramphul. Selon elle, les jeunes ne cherchent qu'à être compris tels qu'ils sont et souhaitent que les habitudes du passé ne leur soient pas imposées. «Les jeunes ne demandent qu'à intégrer la société comme ils sont et avec leur manière d'être, qui est bien évidemment différente de celles des générations précédentes.» Elle ne rejette cependant pas les conseils des aînés de la société qui pourraient agir comme guides pour les plus jeunes car, précise-t-elle, «il est difficile d'avancer sans les avis éclairés des parents. Nous avons besoin de conseils, mais non d'ordres».

Coup dur

Réagissant aux mesures gouvernementales d'enlever les subventions sur les frais d'examens du SC et du HSC, les avis sont, encore une fois, partagés. Roxanne éprouve un sentiment mitigé concernant les 25% de subventions que le gouvernement a accordées, et cela à certaines conditions. «J'ai bénéficié de la mesure de 50 % l'an dernier- tel n'est pas le cas pour ceux qui vont prendre part aux examens cette année. Dans un cas pareil, il aurait mieux fallu que les élèves paient leur transport pour aller à l'école

que d'avoir à débourser plus de Rs 10 000 d'un seul coup pour payer les frais d'examen.» Elle explique que c'est le besoin de ces subventions qui a poussé tant de jeunes à se mobiliser et à s'élever contre cette décision impopulaire. C'est ce que pense aussi Yakshinee, qui trouve que payer une telle somme d'argent d'un seul coup est exorbitant.

Ciblage

Même s'il apprécie que les jeunes ont participé aux différentes manifestations pour protester contre cette mesure, Kevin considère que de telles choses ne sont pas faisables et déplore même le comportement excessif de certains, qui en ont profité pour se saouler et s'amuser. Constatation que fait également Yakshinee, mais avis que ne partage pas Astride, pour qui il est naturel que les jeunes aient manifesté pour exprimer leur opinion.

Mais Kevin dit apprécier davantage que le gouvernement se soit rétracté sur la question en accordant une subvention de 25%. «Mes parents vont éprouver des difficultés en payant mes frais d'examen de HSC. Cette capitulation est une bonne chose dans la mesure où elle va amener une certaine stabilité dans le pays et mettre fin au soulèvement po-pulaire qu'a occasionné l'abolition des subventions». Il se dit en faveur du ciblage car, selon lui, si nombreux sont ceux qui peuvent s'acquitter de ces frais d'examen, tel n'est pas le cas pour tout le monde. «Il ne faut pas négliger les pauvres».

Pour Pascal, c'est la difficulté de leurs parents qui a incité les jeunes à manifester ainsi. Mais, «on ne peut éternellement accorder des subventions à tout le monde. Il aurait été mieux si l'abolition des subventions avait été appliquée au fur et à mesure au lieu d'un seul coup. Cela aurait permis aux parents de prendre leurs dispositions. Là, ils ont été pris au dépourvu». Yakshinee est aussi en faveur du ciblage pour discerner ceux qui méritent de bénéficier de subventions et ceux qui n'en n'ont pas besoin. «Cette mesure d'enlever les subventions est bien pensée, mais sa mise en pratique a été trop précipitée.»

Les 3 V

Il est temps de mettre fin au trois «V» (vol, viol, violence), dit Yakshinee, qui estime que les lois ne sont pas assez sévères. «Il est inadmissible que dans les cas de viol, par exemple, le violeur se retrouve en liberté au bout de quelque temps. C'est traumatisant pour la victime.» Astride trouve malheureux que les jeunes se laissent tenter par les différents fléaux tandis que Pascal est d'avis que les jeunes savent ce qui est bon pour eux et ce qui ne l'est pas. «Avec le travail de conscientisation que les autorités et les ONG ont mené, un jeune ne peut pas dire qu'il ne savait pas le viol était quelque chose de mal.» Kevin trouve choquant le comportement de certains jeunes : une façon de se libé-rer et d'exprimer leur frustration. Roxanne est pour une protection plus prononcée des jeunes contre les différents fléaux en proposant plus d'activités de loisir.

Face à un tel état des lieux de nos jeunes témoins, il est évident que les clichés, même s'ils ont la vie dure, doivent être dépassés : on peut toujours avoir foi en nos jeunes.

Jean-Marie St-Cyr

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