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Une foi qui doute et sauve

Nous entendons souvent des gens autour de nous dire que quand ils prient, ils se heurtent à un mur. Selon eux, ils n'ont pas la foi, car ils ne «sentent» rien, même pas la «présence» de Dieu. Et c'est là où ils se trompent, car la foi n'est pas un sentiment et n'a rien à voir avec un coup de cœur. Et s'il en était ainsi, ce serait dangereux, car, les sentiments, telles la peur ou la colère, ne sont qu'éphémères.

Qu'est-ce donc que la foi ? «La foi est un moyen de connaître des réalités que l'on ne voit pas», peut-on lire dans l'Epître aux Hébreux (He 11, 1) Mais, en tant qu'êtres humains, nous cédons souvent à la tentation de devoir voir pour croire. Face à l'épreuve, notre foi disparaît souvent. Et, comme les disciples qui se voient déjà morts quand «un tourbillon de vent s'abattit sur le lac», Jésus nous demande : «Où est votre foi ?» (Lc 8, 22-25)

Comme les disciples, nous doutons souvent. Qui dit foi, dit également doutes. Etre croyant ne signifie nullement ne jamais être assailli de doutes. Comme saint Pierre, que Jésus traite d'«homme de peu de foi», nous avons toujours la foi, même si elle est chancelante.

«Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira», nous dit Jésus (Mt 7, 7). Souvent mal comprise, cette phrase ne veut nullement signifier que Dieu répond à toutes nos demandes. Le monde serait un véritable paradis si l'on obtenait de Dieu tout ce qu'on demandait. Prier, ce n'est pas comme si nous faisions nos courses, munis d'une liste, au supermarché. La Bible est remplie d'exemples de personnes qui ont fait face à une multitude d'épreuves et cela malgré ou à cause de leur foi immense. Et même s'ils n'ont pas toujours obtenu ce qu'ils espéraient, Dieu a toujours réalisé, à travers eux, des actes libérateurs, comme Abraham, Sara, Isaac, Moïse... (He

11, 1-40) «Dans la foi, ils moururent tous, sans avoir obtenu la réalisation des promesses, mais après les avoir vues et saluées de loin», peut-on lire dans l'Epître aux Hébreux (He 11, 13) Comme Moïse, qui meurt à l'entrée de la Terre Promise.

Car Dieu «fait» toujours pour nous, souvent malgré nous, des choses qui, avec du recul, s'avèrent le mieux pour nous. Il est vrai qu'il nous est difficile d'accepter certaines épreuves, comme la maladie ou la mort d'un être qui nous est cher. Et c'est dans des moments pareils que Dieu nous fait la grâce de nous accompagner.

Le chrétien devrait faire sienne cette prière attribuée à saint François d'Assise face aux difficultés de la vie : «Donne-moi le courage de changer ce que je peux changer et la sérénité d'accepter ce que je ne peux changer.»

L'attitude de Job face à toutes ses épreuves illustre bien cette vie où, malgré ses doutes et ses «rébellions», il va finalement accepter sa condition d'homme. A partir du moment où il réalise qu'il ne peut tout maîtriser, il place tout entre les mains de Dieu, lui faisant entière confiance : «Je sais que tu peux tout et qu'aucun projet n'échappe à tes prises.» (Jb 42, 2).

Dans ce monde de plus en plus sécularisé où le «mal» semble être partout ­ famines, guerres, conflits, violences... ­, nous ne devons pas remettre en question la sainteté de Dieu. Comme Job, faisons preuve d'humilité : «J'ai abordé, sans le savoir, des mystères qui me confondent.» (Jb 42, 3).

Erick Brelu-Brelu


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