Le Bouchon ou le village des oubliés

A quelques kilomètres du village de Plaine-Magnien, non loin de la propriété sucrière Mon Désert, se trouve le village de Le Bouchon. Si les localités avoisinantes sont pourvues de diverses facilités, le développement semble avoir oublié ce petit village. Du coup, sauf la mer et les activités paroissiales, les habitants n'ont quasiment rien pour s'occuper.

Trois cent cinquante familles... Environ mille cinq cents citoyens mauriciens aujourd'hui résignés à ne plus voir leur village se développer. Le Bouchon, souvent reconnu pour sa plage, n'a que cela d'ailleurs comme «distraction». Ici, pas de terrains de foot, de volley-ball, de pétanque ou autres. Pour se distraire, chacun se débrouille comme il peut. Certains jeunes se fabriquent un panier de basket-ball, d'autres jouent au foot au milieu de la route et pour s'entraîner pour les matchs de foot intervillages, les jeunes de cette localité n'ont que le banc de sable à la plage. Et, pour en profiter, il faut évidemment surveiller quand c'est marée basse.

Avec une seule petite tabagie comme commerce du village, les habitants sont forcés d'aller plus loin pour faire leurs courses. Le supermarché le plus proche se trouve à Plaine-Magnien, alors que pour les légumes, autant aller à Mahébourg. «Heureusement que maintenant nous avons le transport. Ce n'est que depuis 13-14 ans que les bus passent ici régulièrement», raconte S.

En ce qu'il s'agit du service de santé, les habitants ont droit à la visite d'une caravane du ministère de la Santé chaque mardi. Des calmants, des médicaments pour la toux, etc sont alors distribués. Pour toute consultation, les habitants sont priés de se rendre au centre de santé de Plaine-Magnien ou aux hôpitaux de Mahébourg et de Rose-Belle.

«Nous n'avons rien»

«Ici, nous n'avons absolument rien», s'indigne N.L, un habitant du village. Pourtant, lui qui a vécu ici toute sa vie, dit avoir «vu plusieurs de ces politiciens faire du porte à porte, la bouche débordante de promesses les unes plus alléchantes que les autres». Mais en vain. «Nous sommes oubliés. Nous nous sentons marginalisés.» Et de s'interroger pourquoi l'Etat n'utiliserait pas les terrains qu'il possède à Le Bouchon pour apporter «certains développements» dans la région. «Nous avions eu des dons de jeux pour enfants (carrousels, toboggans,..), mais comme nous n'avons pas trouvé de lieu où les installer, ils sont en train de pourrir dans un coin», déplore-t-il.

Finalement, mis à part leur plage, leur fierté, les habitants se réfugient dans la vie paroissiale. Dans cette petite communauté chrétienne, plusieurs mouvements ont pu s'implanter : Rosaire, Equipe franciscaine, Famille du Sacré-Cœur. La chapelle du Sacré-Cœur possède même trois chorales - celle des enfants, des jeunes et des adultes. La salle-d'œuvre ne sert pas uniquement pour les réunions paroissiales, mais elle est aussi un lieu de rencontres pour les habitants. Et cette vie active est source de réconfort pour de nombreux paroissiens. L'investissement du père Dorai Raj est, selon les habitants, pour beaucoup dans cette vie paroissiale pétillante.

Martine Théodore

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