Extraits du discours de Mgr Maurice E. Piat

Il est certain que les femmes victimes de viol ou d'inceste et qui, soit désirent se faire avorter, soit sont poussées à le faire par leur entourage, sont dans des situations de détresse. Si, première hypothèse, nous leur proposons un avortement « médicalisé » comme «solution», nous pensons peut-être résoudre leur problème rapidement. Et de fait, dans un premier temps, ces femmes connaîtront un certain soulagement. Mais les aurons-nous vraiment aidées ? Les conséquences de l'avortement comme «solution» rapide au problème d'une femme en détresse doivent être considérées attentivement.

(...) Le fait que l'avortement qu'on leur a proposé est en réalité la suppression d'une vie humaine, expose ces femmes déjà traumatisées par leur expérience de viol ou d'inceste à une détresse supplémentaire (...)

Est-ce vraiment aider des femmes en détresse que de leur proposer une solution de facilité qui est tentante parce qu'elle semble résoudre leur problème dans l'immédiat, mais qui en réalité entraîne des troubles psychologiques profonds. Ces troubles sont d'autant plus accablants que les femmes qui en souffrent ont beaucoup de peine à en parler ouvertement, vu la pression d'une certaine opinion publique qui insiste sur les «bienfaits» de l'avortement médicalisé.

(...) D'après une enquête effectuée par la MFPA en 1993, seulement 5.3% des avortements recensés à Maurice proviennent de cas de détresse. En se focalisant ainsi sur le petit nombre de cas de détresse, on passe à côté du vrai problème révélé par l'enquête de la MFPA : lorsqu'il s'avère que 94.7% des femmes qui se font avorter sont des femmes mariées, il faut reconnaître que l'avortement est en train de devenir un moyen de contraception.

En légiférant pour faciliter l'avortement comme seule réponse à sa prolifération, on ne fait qu'agir sur les conséquences d'un problème humain grave et on néglige l'action long terme sur les causes, seule capable d'ouvrir un chemin vers une humanisation de la sexualité et vers une parenté responsable.

Si maintenant l'Etat légifère malgré tout pour permettre l'avortement pour ce petit pourcentage de cas de détresse, quelles en seront les conséquences ? L'expérience d'autres pays qui l'ont fait, comme les Etats Unis et la France, montre que ce type de légalisation «ciblée» devient vite caduc. La pression est tellement forte que le législateur étend de plus en plus les cas d'exception et les dispositions de départ qui limitaient l'avortement à certains cas précis sont vite dépassées.

Qu'en est-il du droit de la femme à avoir accès à un «avortement médicalisé» ? Derrière cet argument il y a la revendication du droit à la liberté de conscience. L'Etat ne devrait pas, dit-on, imposer un point de vue sur l'avortement. Il devrait plutôt rester neutre et respecter le pluralisme comme il se doit dans une société laïque. Il est entendu que chacun a droit à sa liberté d'opinion ou de pensée. Mais quand il
s'agit de passer à l'action, personne n'est libre de faire ce qu'il veut.

L'Etat ne peut invoquer le respect de la liberté de conscience des citoyens pour renoncer à son devoir de protéger les droits des plus faibles. (...) L'Etat a le devoir d'intervenir pour protéger le droit à la vie de l'enfant qui vit déjà dans le sein de sa mère. De plus, l'Etat a aussi le devoir de donner à la femme en détresse les moyens, le soutien dont elle a besoin pour respecter la vie qu'elle porte en elle.

(...) Saurons-nous construire une société qui soit «respectueuse de la vie humaine dès ses débuts» et en même temps très attentive à la détresse des femmes qui vivent des grossesses non désirées ?

Saurons-nous éviter d'offrir aux femmes en détresse des solutions de facilité qui ne les soulagent qu'en apparence, mais qui en réalité les entraînent dans des traumatismes psychologiques dont elles se relèvent difficilement?

Saurons-nous promouvoir la mise en place d'un dispositif de soutien et d'accompagnement des femmes en détresse ? Saurons-nous nous engager personnellement pour permettre à nos sœurs, nos amies, nos voisines de vivre leur maternité dans la dignité même si elles ont conçu l'enfant qu'elles portent dans des circonstances pénibles ?»

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