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Jacqueline Momplé


Retrouver la paix intérieure

en accompagnant les cancéreux

Le bonheur, Jacqueline Momplé le retrouve désormais auprès des cancéreux qu'elle accompagne. Ayant suivi son frère Jocelyn et son mari Hervé durant leur maladie, être près des malades est devenu comme une vocation pour Jacqueline Momplé. Rencontre.

Dès son plus jeune âge Jacqueline Momplé, née Lebrasse, a dû confronter les souffrances de la vie. Quand sa sœur aînée, Ghislaine, décède d'une diphtérie, Jacqueline avait à peine deux ans. Elle est tout de suite reconnue comme l'aînée de la famille, son frère Jocelyn, une année de plus qu'elle, souffrant d'une hydrocéphalie (paralysé en raison de l'eau à la tête et dépourvu de la vue) passe tout son temps au lit. Jacqueline garde encore le souvenir de ses parents s'occupant de leur unique fils avec beaucoup d'amour. Ce dernier meurt à 17 ans. Ces expériences de vie l'ont aidée à comprendre la souffrance des malades ; l'importance d'être réconfortés ; et la façon d'atténuer l'angoisse des malades.

Atmosphère conviviale

Cependant, l'amour était plus éminent que la souffrance dans la grande maison familiale à la rue Condé, Port-Louis, habitée aussi par les tantes. Une atmosphère conviviale y régnait entre les quatre filles : Jacqueline, Josie, Roseline et Maryline (les prunelles des yeux des parents ­ Marthe et Yves). Très jeune, Jacqueline est ouverte aux autres cultures. «Mes amies étaient Fazila aussi bien que Veena.» Au couvent de Lorette de Saint-Pierre, elle est marquée par la discipline et la rigueur des sœurs. Le sens de leadership était inné en elle. Malgré sa petite taille (prénommée Ti-microbe par les religieuses), elle était le Prefect de la classe. Cependant, elle se dit beaucoup plus pour une intelligence pratique que livresque.

A 22 ans, c'est le coup de foudre et dix mois plus tard, elle épouse Hervé, cadre sur la propriété de Saint-Antoine, où les nouveaux mariés s'installent après le mariage. Là, le couple partage vingt-quatre belles années aux côtés de leurs deux enfants: Mélissa, aujourd'hui âgée de 31 ans (styliste à Hong-Kong), et Damien, 26 ans, qui poursuit des études à Paris. Après un bref passage à Beau-Bassin, ils s'installent dans leur maison construite avec beaucoup d'amour et de goût à Phoenix.

Tournant dans sa vie

31 juillet 1998 alors qu'elle rentrait du bureau, elle est victime d'un accident. L'IRM (imagerie à résonance magnétique) vient confirmer une compression des vertèbres. Son médecin lui révèle que c'est inopérable à Maurice. Malheureusement, Jacqueline a dû se mettre en veilleuse pour s'occuper de son mari, qui avait des douleurs atroces. Lorsque Hervé subit une opération en octobre 1998, son médecin découvre une péritonite (inflammation du péritoine). Dès lors, il fait le va-et-vient entre l'hôpital et la maison. Il subit une deuxième intervention le 8 février 1999 et décède trois jours plus tard.

La vie de Jacqueline se voit transformée. «J'ai dû puiser mes forces de lui quand il décède. J'avais ma fille, 23 ans, et mon fils 18 ans, sous ma responsabilité.» D'autre part, sa santé se dégrade. Elle part pour Paris, où on décèle une amputation radiculaire (vertèbres sectionnées). Elle cesse de travailler en

avril 2001. Cela va être un tournant dans sa vie. «J'avais la paix d'esprit de vivre à mon rythme.» Elle vit très détachée des biens matériels, jusqu'au point de vendre sa belle maison à une bonzesse bouddhiste.

Elle ressent un appel au plus profond d'elle. L'accompagnement de son mari et de son frère pendant leur maladie la pousse à accompagner d'autres malades. Après une formation sur l'accompagnement des malades donné par l'Ecole de théologie et des sciences humaines et un entretien avec Sr Assumpta, elle assiste aux réunions avec le comité Palliative Care (Mtius), en marge de l'ouverture de Clos-de l'Espérance (centre s'occupant des cancéreux), inauguré le 12 octobre 2005. Jacqueline est nommée responsable du centre.

Depuis, Clos-de l'Espérance est un grand espoir pour elle. L'accompagnement fait désormais partie intégrante de sa vie. Chaque mercredi, elle accompagne les cancéreuses de 9h00 à 15h30. Elle les aide à briser leur angoisse, soit autour d'un thème ou autour d'un déjeuner ou une partie de peinture ou de laine. Elle fait aussi partie de l'association Link to Life, qui milite pour les cancéreux. Les lundi, elle visite les cancéreux à l'hôpital Candos et les vendredis, à la Clinique Bon Pasteur. Ses visites s'étendent aussi à domicile. Pour elle, tout être humain, malade ou pas, possède des mécanismes internes qu'on doit aider à chercher pour rebondir. Ils possèdent toutes ces ressources, mais des fois ils sont aveuglés et se retrouvent au fond du gouffre. D'où son rôle de les remettre debout. «C'est tellement gratifiant de redonner le goût de vivre aux malades. Le plus beau cadeau que je puisse recevoir, c'est cette lueur dans le regard d'un malade.»

Son secret

Quel est son secret quand elle accompagne? A cette question, elle répond qu'il est important de se libérer d'abord pour «emmagasiner ce que le malade va te confier». L'empathie est très importante pour mieux comprendre la souffrance de l'autre. «C'est aussi important d'être en osmose avec la personne. Tenir sa main, par exemple. Parfois, l'accompagnement se fait sans se parler : une rencontre sans parole. Par un simple regard, on sait que la personne est apaisée.» Et, précise Jacqueline : «Il est important de tout quitter derrière soi pour pouvoir regagner son espace de vie.»

Pour pouvoir mener à bien sa mission, Jacqueline puise dans les livres du Dalaï Lama, d'Elisabeth Kubler-Ross ou de Deepak Chopra, entre autres. Elle est aussi abonnée à la revue Psychologie. La musique l'aide aussi... le style Buddha Bar ­ jazziste smooth, qu'elle partage à ses malades pour qu'ils se détendent et retrouvent la paix intérieure. «Toutes les musiques qui nous transportent les yeux fermés», lâche-t-elle.

Sa philosophie : la vie est viable si l'être humain sait tirer profit de tous les petits plaisirs quotidiens que cette même vie lui offre.

Sandra Potié

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