Lucien Finette, directeur du MES


«Etre plus autonome sans se débarrasser de Cambridge»

En ces temps de turbulences dans le secteur éducatif suite à l'enlèvement des subventions pour les frais d'examens du SC et du HSC, et alors que de nombreux parents commencent à payer (pas toujours de bon cœur) pour ces examens, Lucien Finette, directeur du Mauritius Examination Syndicate (MES), nous éclaire sur les processus entourant ces paiements et nous parle des possibilités à venir.

Les parents ont commencé à s'acquitter des frais d'examens. Cependant, des questions fusent de toute part : quelles sont les dates limites pour les paiements ; y a-t-il une pénalité en cas de retard,... Qu'en est-il exactement ?

Au MES, nous traitons avec les collèges. Nous avons établi un calendrier pour recevoir les entrées et les frais. Ainsi, d'avance, chaque collège sait quand il doit se présenter au MES avec les documents appropriés et l'argent. Toute une équipe est mobilisée pour accueillir les recteurs ou leurs représentants. Nous avons prévu une trentaine de collèges par jour.

Au départ, nous avions décidé que nous allions recueillir les entrées du 26 mars au 2 avril. Cependant, comme beaucoup de parents nous ont contactés pour nous faire part de leurs difficultés et qu'il est vrai qu'ils n'ont pas encore reçu leurs salaires au moment où ils sont supposés faire leur paiement au collège, nous avons repoussé notre date. Ainsi, les responsables de collèges auront à se présenter au MES du 2 au 9 avril.

En ce qu'il s'agit de la date limite du paiement pour les parents, c'est le collège qui décide. Pour notre part, nous imposons une pénalité de 5% aux collèges si jamais ils ne se présentent pas au MES, munis de tous les documents nécessaires, à la date indiquée. C'est plus une mesure dissuasive qu'autre chose. Nous faisons cela parce qu'il y a toute une organisation pour accueillir tous ces collèges ­ nous parlons là de quelques trente mille élèves ­ et qu'il y a tout un travail minutieux à faire après la réception de l'argent et des documents.

Depuis quelque temps, nous donnons à chaque collège un CD où il inscrit le nom de ses candidats et les informations nécessaires. Quand il nous remet ces CD, en même temps qu'il dépose l'argent au MES, nous travaillons ces données et faisons les entrées dans notre système informatique. Puis nous renvoyons ces données au collège pour vérification. Il nous les renvoie par la suite. Tout cela prend environ un mois, Nous envoyons l'argent et les documents à Cambridge à la fin de mai, début de juin. Cet envoi se fait par lots.

Comment est calculé le coût des examens ?

Je ne sais pas exactement tous les détails. Cambridge demande un Entry Fee et une somme spécifique par sujet. Il est difficile de dire exactement quelle est la somme allouée à la correction, à la conception du questionnaire, aux frais de transport.

Ceci dit, il faut noter que l'université de Cambridge est la moins coûteuse. Le baccalauréat international d'autres universités, à l'exemple de celui de Londres, est bien plus cher. D'autre part, pour des raisons historiques (cela fait bien longtemps depuis que nous sommes partenaires), Cambridge nous donne quelques privilèges. Il y a des choses que nous ne payons pas et d'autres sur lesquelles nous bénéficions de remises.

Avec l'envolée de la livre, les examens sont appelés, année après année, à être encore plus onéreux. Comment faire pour maintenir l'accès à ces examens au plus grand nombre d'élèves?

Pour le School Certificate, nous allons vers un Joint Cambridge-Mauritius School Certificate. Nous allons essayer de nous approprier davantage de syllabus, de paper setting, de marking. Cela peut éventuellement diminuer les coûts, mais il y a aussi le facteur d'économie d'échelle. Il faudra bien calculer et voir ce qui nous avantage.

D'autre part, nous n'avons pas, pour l'heure, les ressources nécessaires pour mettre toutes ces choses en œuvre. Donc, si nous voulons prendre de plus grandes responsabilités en ce qu'il s'agit de ces examens, il

nous faudra former des gens. Tout le monde ne possède pas les aptitudes nécessaires pour préparer des questionnaires. Il faut aussi trouver des lieux appropriés pour les exercices de corrections. Nous avons plusieurs contraintes.

Nous voulons certes prendre une plus grande part dans la gestion des examens du School Certificate, mais il n'est pas souhaitable que nous nous débarrassions de Cambridge pour la simple raison que, son diplôme est reconnu de par le monde. Un certificat émis uniquement par Maurice n'aura pas une telle reconnaissance.

Il y a aussi tout un processus de mise en confiance qui doit être pris en considération. Nous nous rendons compte aujourd'hui que les Mauriciens sont prêts à faire confiance pour que nous nous occupions d'une plus grande part de ces examens, ceci toute en gardant Cambridge pour la validation.

Quelles sont les matières qui sont actuellement traitées à Maurice ?

Cela fait un bon moment depuis que nous avons commencé cette appropriation. Par exemple, nous avons les questionnaires de français et de littérature française qui sont soit préparés à Maurice et validés par Cambridge ou vice-versa.

Nous avons aussi plusieurs questionnaires qui sont corrigés à Maurice : le français, la littérature française, les mathématiques, l'économie, l'hindouisme... Nous envisageons de corriger également les questionnaires de comptabilité, d'additional-maths et d'études islamiques.

Pour l'heure, un tiers des examens du SC sont sous la responsabilité du MES. Nous souhaitons aussi mauricianiser les questionnaires : qu'ils soient tournés vers les problèmes qui se vivent à Maurice.

Parlez-nous du «HSC Professional».

Le HSC Professional est encore au stade de suggestion. L'idée fait suite à des travaux de réflexion que nous avons entrepris concernant le HSC, l'économie et les besoins du pays. Combien d'élèves réussissent leur SC mais ne poursuivent pas leurs études ? Combien font le HSC mais ne réussissent pas ? Combien réussissent leur HSC mais ne savent pas quoi faire après ? Je voudrais récupérer ces trois catégories.

J'ai l'impression que ceux qui réussissent le HSC ne sont pas prêts pour le marché du travail et qu'ils sont en conséquence en attente de quelque chose. Le HSC, quoi que l'on dise, demeure très académique et ne débouche pas sur une profession. Les détenteurs du HSC sont souvent dans un no man's land.

Il faut utiliser les acquis du HSC (une solide formation académique) et combler les lacunes. Il faut que les élèves aient une base qui leur permette de s'adapter au marché du travail. A travers le HSC Professional, nous souhaiterions former des cadres moyens qui pourront évoluer professionnellement.

Nous pensons ajouter une année au HSC pour un temps de formation en entreprise. L'examen pourrait être pris en modules aux mois de juin et de décembre. Il faut profiter des avantages que nous offre Cambridge. J'ai discuté de tout cela avec Cambridge, qui trouve que c'est une bonne idée. Cette formule a aussi été adaptée dans d'autres pays. Nous avons commencé une ébauche du modèle et allons discuter de cela au ministère en mai.

Quelles sont vos réactions face à toute la mobilisation contre la fin des subventions sur les frais d'examens du SC et du HSC ?

Cela ne concerne pas le MES. Il s'agit d'une politique gouvernementale et nous n'avons pas à réfléchir dessus. Nous appliquons ce qu'on nous demande d'appliquer, mais nous essayons aussi d'aider en même temps. Nous sommes à l'écoute et si nous pouvons aider, pourquoi pas ? Le MES est là pour essayer de faciliter la vie de tout le monde.

Martine Théodore


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